‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 218 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

titier sa position ' . Peut-être aurions-nous appris des choses semblables sur Apollonius de Tyane, si celui-ci avait également eu pour biographe un Lucien. Mais Philostrate se borne à rapporter épisodiquement, comme un bruit, que son héros passait pour avoir eu Tamour d'une femme belle et beaucoup admirée à Séleucie, en Cilicie; que cette dame, après avoir éconduit d'autres soupirants, se serait donné à lui uniquement par le désir d'être bénie d'une postérité d'enfants parfaits, comme il fallait l'attendre de la nature divine d'un père doué d'avantages surnaturels, qui rélevaient audessus de rhumanité. Il paraît que le sophiste Alexandre , dit Péloplaton , qui fut lui-même un homme d'une beauté remarquable, était issu de cette liaison. Mais Philostrate ^ , comme de juste, déclare qu'il ne pense pas que ces bruits méritent créance.

Si nous nous sommes jusqu'ici particulièrement occupé des faiblesses et des fohes, des écarts et des vices des femmes, cela tient à ce que les contemporains euxmêmes se sont généralement étendus de préférence sur ce chapitre, et rarement arrêtés à des vertus qui, fuyant l'éclat et ne prêtant pas à la satire ou aux exercices de la rhétorique, n'offraient, en partie du moins, aux lettrés qu'un thème assez ingrat, à ce point de vue. Cependant, les portraits d'épouses et de mères qui furent a la lumière de leur maison ^ » en ce temps-là , ne manquent pas absolument. Le recueil des lettres" de Pline le Jeune fait notamment connaître toute une galerie de nobles et excellentes femmes. L'histoire aussi a conservé plus d'un lumineux exemple de grandeur d'âme et d'héroïsme

1 Lucien, Alexandre, 3. 11, 39, 42.

2 Vies des sophistes, II, 5.

'•' 4>ô; Tïjç oixîaç, lumen domus. C. I. Gr., III, 6184.

donné par des femmes, précisément à des époques n'offrant, prises en général, que le tableau repoussant de la plus profonde abjection et de la plus basse servilité. A ces époques néfastes des plus grands excès du terrorisme impérial, alors que la persécution s'étendait même aux femmes, allant jusqu'à leur demander compte des larmes qu'elles versaient au souvenir des leurs, victimes de cet affreux despotisme ^ , ce furent les femmes qui, plus d'une fois, donnèrent aux hommes l'exemple du courage, de la fidélité et du dévouement poussé jusqu'au sacrifice. Quand elles ne parvenaient pas à sauver les leurs, à force de prières, elles mouraient avec eux-. Des mères suivaient leurs fils, des épouses leurs maris dans l'exil ^. L'inscription d'un monument sépulcral taillé dans la roche, à Cagliari, raconte une touchante histoire. Un certain Cassius Phlhppe ayant été relégué dans l'île de Sardaigne, qui servait alors de lieu de déportation ^ , sa femme Atilia Pomptilla l'y avait suivi. Le mari tombe malade, peut-être par suite de Tinsalubrilé du climat; la femme, nouvelle Alceste, se dévoua pour lui à la mort et mourut en effet, après vingt et un ans de mariage, heureuse d'avoir conservé la vie à son époux "\ Parmi tant de femmes dont l'héroïsme aurait dû faire rougir le sexe fort, celle qui eut dans son lot la plus haute gloire, fut cette sublime Arria qui présenta le poignard, dont elle venait de se percer le sein, à ?on mari hésitant, avec ces mots immortels : « Tiens, Pétus, cela ne

1 Tacite, Annales, VI, 10.

2 Ibid., XV, 64; XVI, 10, etc., 30, etc. ■^ Le même, Hist., I, 3.

* C. J. Gr., III, 5757. — On ne sait point à quelle époque; peut-être en l'an 19, sous Tibère.

^ Une épitaphe en vers grecs dans l'Anthologie grecque, IV, p. 256 (epigr. adeop. C58), témoigne d'un autre dévouement pareil.

Page 1