‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 220 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

supplice, Fannie exilée, après avoir subi la confiscation de ses biens. Quant au livre qui avait été le corps du délit, bien que le sénat l'eût défendu et en eût ordonné la destruction, elle en sauva et garda soigneusement un exemplaire, qu'elle emporta dans son exil *. Il paraît que sa mère Arrie fut bannie avec elle, puisque Pline le Jeune mentionne le retour simultané de toutes les deux, après la mort de Domitien^. Il la dépeint comme une femme aussi pleine d'amabilité et de grâce que digne de vénération. Quelle est , demande-t-il , si elle vient à décéder, la femme que les maris pourront encore représenter comme modèle à leurs femmes ?

Ces données, nous l'avons déjà dit, concernent presque généralement des femmes lancées dans les hautes régions de la société, dont elles ne sauraient même offrir une image complète, à cause de l'incohérence et du mode fragmentaire de la transmission des faits, qui, ne montrant pas toutes les faces des choses, ne permettent d'en saisir que très-imparfaitement les rapports. Pour ce qui regarde les femmes du temps dans les couches moyennes et inférieures de la société, c'est à peine si l'on trouve à recueillir sur ce sujet, dans la littérature de l'époque, quelques indications éparses et fugitives. Il ne s'est conservé , pour l'étude de la vie privée des femmes appartenant à ces classes, que des pierres tumulaires, sur lesquelles les maris survivants font assez généralement l'éloge de leurs vertus. Une fois pourtant, il est vrai, un veuf ne recule pas devant l'expression d'un aveu fait avec une franchise naïve dans l'épitaphe de sa femme, conçue en ces termes : a Le jour de sa mort.

1 Pline le Jeune, Lettres, VII, 19.

- IMcL, IX. 13.

j'ai témoigné ma reconnaissance aux dieux et aux hommes ^ . » Dans le long panégyrique inscrit sur le tombeau d'une autre défunte, on dit expressément que, d'après la nature même des choses, les épitaphes des femmes doivent se ressembler beaucoup ^, « Comme l'éloge de toutes les braves femmes, » porte littéralement l'inscription dont il s'agit, « se formule d'ordinaire en termes simples et semblables, attendu que les vertus départies aux femmes par la nature, et qu'elles gardent le mieux en s'observant elles-mêmes, n'ont pas besoin de l'attrait piquant de la variété, mais qu'il suffit, pour les femmes, de justifier toutes également une bonne réputation par leur conduite passée ; comme, de plus, il est difficile, pour elles, d'acquérir une renommée sortant de cette ligne, leur vie n'étant pas sujette à tant de vicissitudes, il faut nécessairement qu'elles s'appliquent aux vertus regardées comme l'attribut général de leur sexe, de peur que l'inobservance de l'un des justes commandements auxquels elles doivent obéir ne flétrisse toutes leurs autres qualités. Aussi, ma trèschère mère a-t-elle joui d'une réputation d'autant plus belle qu'elle a égalé en modestie, probité, chasteté, obéissance , application aux travaux domestiques [lanificio) , soin et fidélité, toutes les honnêtes femmes, de manière âne le céder en rien à aucune d'elles. » Cette manière d'envisager le rôle et la condition des femmes est, à tout prendre, celle qui paraît avoir partout et toujours prédominé dans les cercles de la classe moyenne. On peut donc bien se permettre de fonder quelques appréciations sur le rapprochement de ces inscriptions tumulaires, malgré la diversité

1 Orelli, 4636 (Rome).

2 Ibid., 4860 (Rome).

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