LIVRE V. — LES FEMMES
des lieux et l'incertitude des dates, souvent aussi difficiles à déterminer que l'état et la condition des personnes en cause. Si, du reste, les inscriptions ne disent évidemment pas toujours la vérité sur les défuntes, elles servent du moins à faire ressorlir les qualités que l'on estimait le plus chez les femmes. On leur faisait honneur de n'avoir été mariées qu'une fois [univirœ), ce qui, vu les conditions de jeunesse dans lesquelles avait lieu le premier étahhssement de presque toutes les femmes, ainsi que la légèreté avec laquelle on divorçait et se remariait, n'était évidemment pas la réglée Un affranchi de la maison impériale dit à l'éloge de sa femme qu'elle a donné un magnifique exemple par sa chasteté et nourri ses fils du lait de son propre sein 2. 11 est douteux, cependant, que cette pratique maternelle ait pu jamais n'être qu'une exception rare, même dans les hautes classes, d'après ce qui semble résulter d'Aulu-Gelle, où Favorinus, tout en faisant aux mères un long sermon pour les persuader à nourrir ellesmêmes leurs enfants, ne généralise pas son reproche. 11 demeure toutefois étrange qu'à Rome la plupart des nourrices du temps fussent d'origine étrangère et barbare^.
1 Voir Orelli. 2,74*2 (ou Fabretti, 31, LIX. concernant la femme d'un centurion); 4,530, épitaphe de celle d'un affranchi de Marc-Aurèle ; Gruter, 748, 4; 1,141, 1; Bull, de Vinst. , 1862, p. 220 (univirise.... virginali suae, pro castitate), inscription trouvée à Pouzzoles. — Inscriptions de VAlgériej 1,987 ; D. m. Geminia ingenua univira, conservatrix, dulcissima mater, omnium hominum parens, omnibus subveniens, innocens, castissima, prœstans, rarissima, v. annis LXXXI, etc. — Anthologie grecque, IV, 252, adeop. 641, 5. — Letronne, Recherches, p. 374. — Tertullien, Exhortation à la chasteté, 13; sur la monogamie, 1, 7. — Histoire Auguste, les trente Tyrans, chap. xxxii. — S, Jérôme, adv. Jovin.
' Orelli, 2,677.
3 Aulu-Gelle, XII, 1 et 17 (externae et barbarse nationis).
Souvent on trouve dans les inscriptions tumulaires l'expression simple et touchante de l'accord le plus intime entre les deux époux. Il en est une qui porte : « Ci gisent les ossements d'Urbilie, femme de Primus; morte à vingttrois ans, chérie de tous les siens, elle était pour moi plus que ma vie^ » Une autre est ainsi conçue : « A ma très chère épouse, avec laquelle j'ai vécu dix-huit ans sans le moindre sujet de plainte, sous l'impression de regrets qui me font jurer de ne jamais prendre une autre femme ^. »
Un monument érigé à un mari par sa veuve porte une inscription dans laquelle des tours de phrase semblables reviennent souvent : <c Ce que j'espérais, » y est-il dit, « de mon époux après ma mort, j'ai dû moi-même, infortunée, le faire maintenant auprès de ses cendres^ » Sur le mausolée d'un couple d'affranchis, le nom de la femme, décédée la première, est simplement accompagné de ces mots : « J'attends mon mari"*. » La courte mais belle oraison contenue dans ces mots : « Jamais elle ne m'a fait éprouver de chagrin que par sa mort^ ; » ou bien : (c Jamais elle ne m'a causé la moindre peine ^ ; jamais je n'ai entendu d'elle une parole blessante"^, » a été d'un usage si fréquent qu'elle a passé pour ainsi dire à l'état de formule stéréotype. Un veuf dit que, s'il dépendait de lui d'honorer sa femme selon ses mérites, son épitaphe devrait briller en lettres d'or^. Un autre, ver-
i Marini, Insc. Alb., p. 100 (Rome). '^ Orelli, 4,623 (Pise).
3 Henzen, 7,388 (Bénévent). — Ou bien : Ego tu mi quod facere debuisti, mi qui faciat nescio. {Bull, de VInst., 1862, p. 62.)
4 Orelli, 4,662 (Narbonne).
^ Orelli, 4,626, etc. (Rome et Pola).
*'> Henzen. 7,385 (Rome).
7 Orelli, 4,530 (Rome).
8 Henzen, 7,386,