LIVRE I. — LA VILLE
cirque de portiques. Cependant l'usage des tuiles pour la toiture ne s'introduisit à Rome qu'après la guerre de Pyrrhus, et un progrès plus général, dans l'art de bâtir, ne paraît y être résulté que du contact avec les Grecs, dans la basse Italie ou Grande-Grèce, en Sicile et dans leur patrie originaire même. La conquête de la Grèce proprement dite surtout développa chez les Romains le goût de l'architecture et substitua des habitudes de luxe et d'élégance à leur simplicité primitive. Mais, quelle que fût, déjà vers la fin de la république , la magnificence déployée dans les temples et édifices publics, ainsi que dans les palais et les villas des grands, les habitations de la masse des parficuliers n'y participèrent que plus tard. * Jules César voulait renouveler Rome; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, qu'Auguste se chargea de réaliser. Avec le règne de ce prince commence le bel âge de l'architecture romaine, qui se continue sous ses successeurs. C'est ainsi que les Romains de l'empire deviennent les grands bâtisseurs du monde et laissent partout de superbes monuments comme des signes éternels de leur puissance. De l'ère impériale datent ces édifices et constructions innombrables, temples, palais, acqueducs, ponts, voies militaires, fortifications, amphithéâtres, arcs de triomphe, colonnes triomphales et sépulcres, qui, de la capitale, se répandirent sur les autres villes de l'Italie et couvrirent peu à peu tout le monde romain. L'ordre corinthien, comme le plus magnifique et le plus .somptueux, devint l'ordre préféré dans le style des constructions de luxe; puis, cet ordre même n'ayant plus paru assez riche à la Rome sensuelle et blasée de l'empire, l'ordre composite vint s'y joindre, avec l'abâtardissement de l'art. Sous Adrien, l'architecture romaine se montre encore très flo-
rissante; mais, sous les successeurs des Antonins, elle marche rapidement à sa décadence. L'art architectural, suivant le décUn de puissance même de l'empire, tombe avec lui.
* Ce n'est pas, toutefois, la description des splendeurs monumentales de la métropole de l'ancien monde qui doit particulièrement nous occuper. Elle ne saurait donner que très imparfaitement l'idée du caractère et de la vie intime de cette grande cité. Nous n'empiéterons donc pas sur le domaine de l'archéologie et ne nous étendrons môme pas davantage sur les détails topographiques. Beaucoup de nos lecteurs ont vu de leurs propres yeux, sur les bords du Tibre, la ville aux sept ou plutôt aux dix collines ', la Rome de la papauté. Il suffît d'en appeler à leurs souvenirs, ou de renvoyer aux photographies, aux plans et aux Guides des voyageurs.
* L'important d'abord, pour notre sujet, c'est de bien faire saisir l'aspect général et la physionomie de Rome, dans les deux premiers siècles de l'ère chrétienne, ainsi que les particularités du mouvement intérieur de la ville des Césars. C'est nous remettre , pour ainsi dire, en présence des impressions journalières sous lesquelles s'agitaient les plus graves intérêts comme les plus grandes ambitions de l'époque, et se déployait, au sein de la métropole, l'action du gouvernement de ce monde romain, dont un seul homme était devenu le souverain arbitre. C'est le tableau que nous allons aborder en premier, avec les ressources
* Les sept collines sont le mont Palatin ^ le Quirlnal, le mont Capitolin ou Tarpéien , l'Aventin , le Cœlius , le Viminal et le mont Esquilin , tous déjà compris dans l'enceinte de Servius Tullius. Le mur d'Aurélien enclava en outre le mont Vatican et le Janicule, sur la rive droite du Tibre, ainsi que le mont Pincius et le €hamp de Mars, sur la rive gauche du fleuve , au nord.