LIVRE I. — LA VILLE
de l'érudition de M. Friedlaender, en nous attachant aux pas de notre savant guide. *
Comme toutes les grandes cités, Rome, suivant un dicton vulgaire, n*apas.été bâtie en un jour. Les premières transformations générales qu'elle subit furent surtout occasionnées par deux grandes catastrophes, qui la frappèrent à quatre cent cinquante-cinq ans d'intervalle, le sac de la ville par les Gaulois, de l'an de Rome 362, correspondant à 391 avant J.-C, et le grand incendie de Néron, de l'an 64 de notre ère. Par une singulière coïncidence de date, tous les deux commencèrent le même jour (17 juillet).
Jusqu'au second de ces incendies, la capitale des Césars était loin de ressembler à ce qu'aujourd'hui nous appellerions une belle cité. Par suite de la précipitation avec laquelle on s'était mis à réparer le désastre causé par l'invasion gauloise, elle avait été reconstruite sans plan et sans ordre, ce qui lui donnait l'apparence d'une ville bâtie au hasard ^ Il n'y avait que des quartiers irréguliers, des rues étroites et tortueuses, entre ces pâtés informes de hautes maisons, dont les toits, couverts en bardeaux, rendaient l'aspect encore plus triste et plus sombre ^. Il en était surtout ainsi à l'époque de la guerre avec Pyrrhus (vers l'an 470 de Rome ou 284 avant Jésus-Christ).
A la cour de Philippe II de Macédoine, en 174 avant Jésus-Christ, le parti hostile aux Romains faisait un thème de plaisanteries de cette physionomie disgracieuse de la capitale de l'Italie ^. Môme dans les derniers temps de
* Tite-Live, V, 55. —Tacite, Annales, XV, 43.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XVl, 36, d'après Cornélius Népos,
3 Tite-Live, XI, 5
la république (vers l'an 63 avant notre ère), Rome, avec ses rues mal établies, chevauchant par monts et par vaux, avec ses hautes maisons entrecoupées de ruelles, ne pouvait soutenir la comparaison avec Capoue, largement assise dans la plaine ^ et dont Stace encore, dans ses Silves, dit, un siècle et demi plus tard :
.... magrice tractus imitantia Romae
Quae Capys advectis implevit mœnia Teucris.
L'admiration de Cicéron et de Sénèque ^, pour les embellissements de Rome, s'applique d'une manière exclusive à la magnificence des édifices et autres établissements publics, très nombreux dès lors, et pour lesquels on avait prodigué les dépenses. Ces travaux prirent surtout un développement grandiose sous le règne d'Auguste, qui transforma Rome d'une ville de briques en une ville de marbre; mais, quelque fût déjà le nombre des palais existants ou élevés à cette époque, ces constructions de l'État et des grands ne modifièrent que peu le tracé des rues et le caractère général des maisons particulières.
Sous Tibère encore, on se plaignait de la hauteur de celles-ci et de l'étroitesse des rues, ainsi que du danger de l'écroulement des murs, en cas d'incendie, pour les fuyards cherchant à échapper aux flammes. C'est ce qui explique aussi la rapidité des progrès du feu, les terribles ravages de l'incendie néronien. Des quatorze quartiers dits régions de la ville , trois furent entièrement consumés ; de sept autres il ne resta que des ruines à demi calcinées. Les quatre que le feu épargna étaient probablement le sixième et
1 Cicéron, De lege agraria, II, 35, 90.
2 Consolations à Helvie, 6,3.