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et l'Hindou qui se fit périr par le feu, l'ambassade dont il s'occupe est évidemment celle que Nicolas Damascène avait rencontrée à Antioche. Mais il mentionne aussi, parmi les présents qu^elle aurait apportés, des tigres, les premiers que l'on vît à Rome. Or, Nicolas Damascène, dans son énumération minutieuse des présents, ne dit pas un mot de ce cadeau royal des tigres. Gela porte fort à soupçonner, chez Dion Cassius, une confusion du rapport de Nicolas Damascène avec un autre rapport, concernant une ambassade postérieure, qui serait venue de l'Inde à Rome, vers l'an 11 ou 12 avant Jésus-Christ.
C'est précisément le 4 mai de l'an de Rome 743, ou 11 avant Jésus-Christ, qu'Auguste, à l'inauguration du théâtre-de Marcellus, fît voir à Rome, pour la première fois, un tigre apprivoisé dans une cage, comme nous le savons positivement par Pline*, qui avait, selon toute probabilité, recueilli la mention de ce fait dans le journal officiel de la ville de Rome {acta diurna). Un tigre devait être, alors, un animal d'autant plus curieux que Varron encore avait nié la possibilité de le prendre vivant. Comme Suétone, qui parle aussi d'un tigre montré sur la scène, identique, sans doute, avec celui dont il vient d'être question, dit expressément que l'habitude d'Auguste était d'exposer sur-le-champ les curiosités qu'il recevait, sans attendre le tour des spectacles où eût été leur vraie place % il est inadmissible, si ce tigre avait été amené à Rome dès l'an 20, que l'on eût attendu neuf ans avant de l'exposer. Tout fait penser, au contraire, qu'il y était venu vers l'an 11 même, avec une nouvelle ambassade de l'Inde, qui serait ainsi la troisième, ou peut-être même la qua-
1 Hisl. nat., VIII, Go.
2 Suétone, Auguste, ch. xliii : citra spectaculonim (lies.
trième; car il ne serait pas impossible qu'il y en eût eu, antérieurement, une autre encore, d'après un passage de Florus^ Ce dernier parle, en effet, d'une mission hindoue, avec des perles, des pierres précieuses et des éléphants, non énumérés parmi les présents de celle de Tan 20, avec laquelle Borghesi^ a cru pouvoir l'identifier.
L'éléphant, par parenthèse, était, depuis les guerres avec Pyrrhus, déjà très-bien connu à Rome. Pompée, lors de son triomphe africain, en l'an 81 avant Jésus- Christ, ne fut empêché que par la largeur insuffisante de la porte de faire son entrée solennelle sur un char attelé d'éléphants ^ Le sénat avait décerné cet honneur à Auguste, pour son retour à Rome, en l'an 19 ; mais l'empereur n'en usa point, sauf pourtant qu'à partir de cette époque son effigie, que portent les monnaies du temps, le représente sur un char attelé de deux éléphants {biga)\ comme la statue qu'on lui érigea sur le pont Milvien, terminé en l'an 16 avant Jésus-Christ.
Les orientalistes qui maintiennent la réalité de l'ambassade décrite par Nicolas Damascène, varient beaucoup dans la détermination de l'origine qu'on lui attribue. Lassen ^ voit dans le roi Porus de Nicolas un descendant des anciens Pançavas, fondateur d'un royaume indépendant dans le Pendjab occidental, et adorateur de serpents. A-. "Weber ^
' IV, 12 : Seres etiam habiiantesque sub ipso sole Indi cum gemmis et margaritis, elephaiitos quoque inter munera trahentes, nihil magis quam longinquitatem viai imputabaat quam quadriennio impleverant; et tamen ipse hominum color ab alio venire cœlo fatebatur.
2 Œuvres, II, 96 à 105.
^ Pline, Hist. nat., VIII, 4. — Plutarque, Pompée, ch. xiv.
' Voir Pline, Hist. nat., XXXIV, 19.
* Archéologie de l'Inde, III, 59, etc. (en allem.).
** DansMommsen, Res gcstœ Dlvi Augusii, p. 133.
est d'avis que, sous le nom de Porus, il faut entendre le peuple des Pançavas; sous celui de Pandion, la tribu des Pandyas, dans l'Inde méridionale. Osmond de Beauvoir Priaulx^ arrive à la conclusion qu'un rajah hindou bouddhiste, dans la partie septentrionale de la péninsule cisgangétique, s'était laissé persuader, par des négociants d'Alexandrie, à faire partir avec eux, eh vue de l'établissement désiré de relations commerciales, une mission qui, d'Alexandrie^ lieu de sa destination première, aurait été expédiée par Antioche à Samos, auprès d'Auguste. Cependant, il peut paraître assez surprenant qu'on eût choisi la voie de terre pour ce dernier voyage. Enfin Reinaud ^ qui, comme Osmond de Beauvoir, n'admet qu'une seule ambassade, croit qu'elle avait été envoyée par un prince bouddhiste de la Bactriane, nommé Kanischka dans une histoire du Cachemire, écrite en sanscrit, ou bien Kanerké, roi des rois, sur les monnaies de son règne, portant une légende à moitié grecque, et qui était alors le plus puissant prince de l'Inde ^
Reinaud, se fondant sur les premiers mots du passage précité de Florus *, sur la huitième strophe de l'ode à Mécène ^, et sur une autre ode d'Horace \ dans lesquelles il croit
' On the Indian embassy to Augustus {Journal of the R, Asiatlc Society, XVII (1860), p. 309 etc.).
2 Relations politiques et commerciales de Vempire romain avec l'Asie orientale {Journal asiatique, 1863).
3 Voyez sur lui A. Weber, Esquisses de l'Inde, p. 99 (en allera.). " Seres etiam (misère legatos).
^ Horace, Odes, III, 29 :
Tu civitktem quis deceat status Curas et urbi soUicilus times, Quid Seres et regnata Cyro Bactra parent Tanaisque discors.
6 Ibidem, W, 15, 23.
reconnaître des allusions favorables à sa thèse, et à celle de la conclusion d'un traité de commerce avec la Chine, admet aussi l'envoi d'une ambassade chinoise à Auguste. Cette thèse est inadmissible par la raison qu'Auguste, en rappelant, dans son résumé, les diverses ambassades qu'il avait reçues, n'eût certainement pas omis de mentionner une ambassade chinoise. Or il ne nomme, parmi les pays et les peuples qui lui en envoyèrent, outre l'Inde, que des peuples germains S puis les Scythes (entre le Danube et le Dnieper), dont il est souvent fait mention pour ce fait, et les Bastarnes, dans la Basse-Mœsie, au-delà du Danube, les Sarmates, sur les deux rives du Don, les peuples de l'Albanie et de l'Ibérie asiatiques (Chirvan, Daghestan méridional et Géorgie), les Parthe.s et les Mèdes d'Atropatène-. Dans les autres peuples {phirimde alise gentes), mentionnés en bloc, évidemment à cause du peu d'importance de chacune de leurs ambassades, étaient probablement compris les Éthiopiens et les Garamantes '\ Strabon * parle aussi d'une ambassade de chefs bretons, et l'inscription d'Auguste mentionne de même la présence de deux rois bretons, à Rome.
Sous le règne de Tibère aussi, en l'an 24 de notre ère, on vit à Rome des ambassadeurs des Garamantes ^
Sous le règne de Claude, une ambassade de quatre personnes, dont le chef s'appelait Rachias, vint à" Rome de
Cimbrique, et Charydes et Semnoues. {R. G. D. Aug.,\i. 12, elc.)
- Voir ibid., p. 90, etc., 94, etc.
^ Voir Aurélius Victor, Epitome, I, 9, et Virgile, Enéide, VJ, 795.
* IV, p. 200.
'" Tacite, Annales^ IV, 2G: Sequebantur et Garamantum legati, raro in urbe visi, quos Tacfariaatc cœso perculsa gens et culpœ socia ad satisfaciendum populo Romano miserat.
l'île de Taprobane (Geylan), suivant le rapport de Pline \ Elle y fut conduite par un affranchi d'Annius Plocamus, fermier des douanes de la mer Rouge, lequel, ayant été poussé par les vents à Ceylan , en voulant tourner les côtes de l'Arabie, avait su, dit-on, par ses récits et par l'excellent titre des deniers romains, persuader le roi de cette île à faire cette démarche, pour obtenir l'amitié de l'empereur romain. Letronne a également contesté la réalité de cette ambassade, notamment à cause de l'absurdité de quelques contes qui en accompagnent la mention, et suivant lesquels, par exemple, la grande Ourse et les Pléiades ne seraient pas visibles à Geylan. Lassen, qui ne se laisse pas rebuter par ces fables, croit devoir attribuer l'envoi de l'ambassade dont il s'agit au roi Kandramukhaciva, qui régna de 44 h 52 après Jésus-Christ. Osmond de Beauvoir Priaulx, considérant lui aussi ces ambassadeurs comme les véritables représentants d'un prince ayant réellement existé, ne voit dans les contes mis dans leur bouche qu'un effet de malentendus, s' expliquant par la circonstance que l'affranchi d'Annius Plocamus devait être la seule personne qui connût leur langue, et n'en avait même, probablement, qu'une connaissance très-imparfaite. Il ne pense pas, d'ailleurs, que ces ambassadeurs fussent des Gingalais, mais croit plutôt qu'ils appartenaient à la tribu des Tamils, qui pénétrèrent, à plusieurs reprises, de l'Inde méridionale à Geylan, où ils furent gouvernés par des rajahs, tenant cour à Nalloor*.
Pline mentionne, en outre, une ambassade arabe, venue
» Hist. nat., VI, 84.
■ Emerson Tennent, Cey^on, I, p. 532.
à Rome de son temps, probablement sous Néron ou Vespasien^
Trajan, après son retour de la guerre contre les Daces, en 106, reçut à Rome un très-grand nombre d'ambassades de peuples barbares, dont une aussi de la part des Hindous*. Letronne qui va, sans beaucoup de raison, jusqu'à douter également de la réalité de cette dernière, croit, avec Reiraarus, qu'elle venait de l'Arabie méridionale, comprise sous la dénomination de Plnde dans un sens plus général, et que l'envoi en avait été occasionné par la conquête, toute récente, de l'Arabie Pétrée par Palma^ Que des princes de l'Inde, après cet événement, cherchassent à gagner l'amitié de Trajan qui, dix ans plus tard, pénétra jusqu'au golfe Persique et ne renonça qu'à regret, à cause de son âge avancé, aux desseins qu'il avait sur l'Inde*, cela n'a rien que de très-vraisemblable. Les ambassadeurs assistèrent aux spectacles de Trajan, sur les bancs des sénateurs. Adrien reçut des ambassadeurs de la Bactriane'; Antonin le Pieux aussi et, de plus, des envoyés de l'Hircanie et de l'Inde ^
L'ambassade hindoue à Héliogabale, avec laquelle se rencontra le gnostique Bardesane, est la première dont Letronne se montre plus disposé à admettre la réalité.
1 Hist. nat., XII, 57 : Qui mea aetate legati ex Arabia venerunt (de ture) omnia incertiora fecerunt.
2Dion Cassius, LXVIII, 15.
3 Ibidem, 14.
4 Ibidem, 28.
5 Vita Hadriani, c. xxi : Reges Bactrianorum legatos ad eum, amicitia; peiendœ causa, supplices miserun t.
« Aurélius Victor, Epitome, 15, 4 : Ad quem etiam Indi, Bactri, Hyrcani legatos misère. — Appien, prxf., c. vu.
Il résulte des témoignages de Stobée ^ et de Porphyre % que c'est bien réellement à Héliogabale qu'elle fut envoyée, et non à Marc-Aurèle, ou à Antonin le Pieux, comme on pourrait le penser d'après Reinaud et Lassen. Ce dernier conclut du nom de l'un des envoyés, Sandane, que le prince qui envoya cette ambassade dominait sur la partie de la côte de Malabar appelée Arjau des Sandanes, ou mieux des Sadanes. Observons toutefois que le nom de l'ambassadeur, dans Stobée (éd. Meincke), est Sandale.
Nous nous bornons à la simple mention de l'ambassade des Parthes à Probus^
Dans la description du grand triomphe d'Aurélien, de l'an 274, Vopiscus* n'énumère pas seulement le cortège des prisonniers, mais aussi, comme l'a très-judicieusement fait observer Reinaud, celui des ambassadeurs étrangers alors présents à Rome. En effet, Aurélien, n'ayant pas fait la guerre aux Axomites, aux Hindous, etc., ne pouvait traîner à sa suite des prisonniers de ces peuples, et les mots cum suis quisque muneribus, accompagnant les noms qui précèdent, ceux-ci ne peuvent se rapporter qu'à des ambassadeurs ^ Parmi les présents du roi de Perse, figurait un char magnifiquement orné d'or, d'argent et de
' Ecl.i I, 3, 56;
2 Deabstin.^ IV, 17, p. 355.
^ Vita Pî-obif c. xvii.
* Vita Aureliani, c. xxxiii.
^ Après rénumération des bêtes féroces, menées en procession, l'historien s'eXprime ainsi : Gladiatorum paria octingenta praeter captivos; (legati) gentium barbararum Blemmyes, Axomitœ, Arabes, eudœmones Indi, Bactriani, Hiberi, Saraceni,Persœj cum suis quisque muueribus; Golhi, Alani, Roxolani, Sarmatœ, Franci, Suevi, Vandali, Germani, religatis manibus captivi processerunt ; inter hos etiam Palmyreni, etc. — Le mot legati qui compléterait le sens, mais ne se trouve pas dans le texte, n'est pas strictement indispensable.
pierreries ^ Reinaud fait remarquer, avec raison, que ce triomphe fut la dernière grande fête célébrée, à Rome, du temps du paganisme.
Les nombreuses ambassades, envoyées par des peuples barbares auprès de Constantin, leur air étrange, la diversité de leurs costumes, et les riches présents qu'elles apportaient, ont été décrits par Eusèbe^ Il nomme les Blemmyes, les Hindous et les Éthiopiens^ puis une ambasssade du roi de Perse, et finalement une autre, venue des Indes orientales. Cette dernière rapporta que des princes de l'Inde, pour honorer Constantin, avaient fait poser des tableaux et des statues représentant cet empereur. Letronne a probablement raison de ne pas croire, tout en admettant la possibilité du fait, que l'ambassade mentionnée ait été envoyée à l'empereur par un prince de l'Inde septentrionale.
Les ambassades que Julien reçut en 362 à Constantinople étaient destinées pour Constance, d'après Zonaras. D'ailleurs Gibbon ^ fait observer, avec raison, que, venant de si loin, elles ne fussent certainement pas arrivées à temps, si elles ne s'étaient mises en route qu'après l'avénement de Julien, d'après la version d'Ammien Marcellin*, qui mentionne aussi des Ceylanais {Serendivi) parmi les envoyés.
1 Le second Tacite, qui devint plus tard empereur, dit {ibidem, eh. XLii), au sujet de ces ambassadeurs et de leurs présents : Illum (Aurelianum) Saraceni, Blemmyes, Axomitœ, Bactrianij Seres, Hiberi Albani, Armenii, populi etiam Indorum^ veluti prœsentem venerati sunt deum. Illius donis, quœ a barbaris gentibus meruit^ refertum est Capitolium.
^ Vita Constantini, IV, 7,8 et 50.
3Chap. XXIV, 6 et7.