‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 234 sur 266 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

LES TROIS ORDRES

Page i82, ligne 13 après le point :

Quand, par exemple. Tacite dit^ que le préfet de la flotte à Ravenne, Glodius Quirinalis, avait, pour satisfaire à ses débauches, traité des Italiens avec la même dureté que le dernier des peuples, on reconnaît bien, à cette expression, combien on était loin, alors, d'admettre l'égalité des droits entre les provinces conquises et l'Italie.

* Annales, XIII, 30.

Même page, ligne 17, après le point :

Les provinciaux, dans les commencements, étaient exclus des décuries de juges à Rome, et dans la suite encore on maintint, au moins pour les citoyens nouveaux, le refus de les y admettre ^ C'est pour complaire dans ce sens à l'orgueil romain que l'Espagnol Sénèque, dans son pamphlet sur Claude, dit, en ricanant, au sujet de sa manie de prodiguer le droit de cité \ qu'il lui tardait de voir en toge tous les Grecs, tous les Gaulois, tous les Espagnols et tous les Bretons. La Parque, ajoute-t-il, mit fin à ses

* Pline, Hist. nat„ XXXIII, 30 : Vixque singulamillia in decuriis inventa sunt, nondum provinciis ad hoc munus admissis, servatumque in hodiernum est ne quis e novis civibus in iis judicaret.

2 Dion Gassius, LX, 17. — Voir aussi Hœck, Hist, rom., 3, 285, etc.

jours, afin qu'il reste au moins quelques étrangers [pèregrini) pour prendre soin de la propagation de leur race*.

3 Lud., 3, 3.

Page 183, note 4 :

Parmi les notables de la Gaule narbonnaise parvenus à des emplois sénatoriaux, les premiers que l'on connaisse, après les Viennois, qui y furent peut-être seuls admis d'abord, sont Antonius Primus de Tolosa, duquel parle Tacite (^i5^., II, 86; IV, 4), et G. Fulvius Lupus Servilianus de Nimes (adlectus inter praetorios ab imperatore Caesare Augusto Vespasiano, gestis in patria magistratibus municipalibus factaque militia equestri. — Voir Herzog, Galliœ narbon. prov. rom. hist., p. 166, etc.; app. 123. |

Page 184, ligne 21, après le point :

Claude ne contestait point que Ton dût préférer des sénateurs d'Italie aux provinciaux, mais il ne voulait absolument pas que l'on refusât ces derniers, quand ils pouvaient devenir un ornement de la curie.

Page 185, après la ligne 17 :

Fronton, revêtu du consulat en d 43, vit siéger à ses côtés, au sénat, plusieurs de ses compatriotes de Cirta (Gonstantine) *.

* Fronton, ad amicos, II, 10 : Alii quoque plurimi sunt in senatu cirtenses clarissimi viri.

Page 186, ligne 18, après le point ;

Les deux Quintilius, consuls en 151, étaient nés dans laTroade*.

* Philostrate, yuœ sopkist., I, p. 559; éd. Kayser, p. 241, 15.

Même page, ligne 20, après le point :

Encore n'admit-on aux fonctions sénatoriales que des

Alexandrins, et l'exclusion des autres Égyptiens, que l'on continuait à traiter comme un peuple sujet, se maintintelle jusqu'au cinquième siècle, c'est-à-dire jusqu'au partage définitif de l'empire entre les deux fils de Théodose, l'acquisition des droits de citoyens romains étant toujours demeurée^ pour les habitants de l'Egypte, subordonnée à celle du droit de cité dans la capitale Alexandrie, qui n'était aussi conféré que sobrement par les empereurs \

* Voir Pline le Jeune, Ep. ad Troj., 5, 22, 23; Josèphe, contra Apionem, II, 6, et Isidore de Péluse, Lettre au préfet du prétoire, Rufm (Ép., I, 489).

Page 188^ ligne 13, après le point:

Suétone raconte que Galigula, dans une lettre au sénat, reprocha le défaut d'une noble origine à sa propre bisaïeule, Livia Augusta, dont le grand-père maternel avait été conseiller municipal à Fundi, et que notre historien s'efforce de mettre à l'abri de ce reproche, en affirmant, comme chose certaine, qu'Aufîdius Lurcon avait été investi d'emplois honorifiques à Rome \

* Suétone, Caligulay ch. xxiii.

Page 195^ ligne 19 :

La famille de Vitellius, suivant quelques auteurs, descendait d'un affranchi, savetier de son état, dont le fils gagna de l'argent par le morcellement de biens-fonds, ainsi que par l'entreprise d'agences de l'État, et engendra, avec la fille d'un boulanger, le premier homme de la famille qui s'élevât jusqu'à l'ordre équestre, et à un poste dans les finances impériales. Des quatre fils du dernier, devenus sénateurs, l'un, investi trois fois du consulat et de la censure, fut le père de l'empereur Vitellius *.

* Suétone, VUellins, ch. ii.

Pescennius Niger aussi parvint du centurionat au rang sénatoriale Un exemple à citer, encore plus ancien, serait peut-être celui du rhéteur Avidius Héliodore, père du prétendant Avidius Cassius% qui, enflé de ses succès contre les Parthes, sous le règne de Marc-Aurèle, se fit proclamer empereur par ses légions en 175, mais périt trois mois après, dans une révolte de ses propres soldats. Or, déjà son père, le rhéteur, qui avait été, lui aussi, précédemment centurion, était parvenu ensuite, suivant Dion Gassius, jusqu'à la préfecture d'Egypte, qu'il occupa positivement en Pan 140, et s'était, d'après les biographes de l'Histoire Auguste, peut-être même élevé encore plus haut ^

* Vita P. iV., c. I : Ordiues diu duxit multisque ducatibus pervenit ut exercitusSyriacosjussu Commodi regeret.

2 Vita AV' Cass., ci: Avidius Gassius, nt quidam volunt, ex familia Cassiorum fuisse dicitur permatrem, homine uovo genitus Avidio Severo Syro (d'après une émendation de 0. Hirschfeld), qui ordines duxerat et post ad summas dignitates pervenerat.

^ Vulcatius (d'après Quadratus), y nomme Héliodore « summum virum et necessarium reipublicai et apud ipsum Marcum praevalidum ».

Page 106, ligne 2Zi, après le point-virgule, intercalez :

Tacite ^ loue Tibère d'avoir, au commencement de son règne, tenu compte de la noblesse, en conférant des dignités...

* Annales, IV, 6.

Au bas de la même page, avant les notes :

Tacite* mentionne un fait qui témoigne, d'une manière étrange, du respect aveugle de la foule pour la haute noblesse. Lépida, de l'illustre famille Émilienne, ainsi qu'ar-

' Annales, III, 23.

rière-petite-fille de L. Sylla et de Cn. Pompée, était la femme divorcée de P. Sulpicius Quirinius, accusée par lui, en l'an 20, d'une supposition d'enfant et d'autres graves méfaits. Eh! croirait-on que cette femme, infâme et dangereuse, n'en excita pas moins la compassion générale, et, quand elle vint, accompagnée de nobles dames, au théâtre de Pompée, implorer la protection de ses aïeux, le peuple fondit en larmes et éclata en malédictions contre Quirinius, ce veuf d'une maison des j)lus obscwes^ à la vieillesse duquel on sacrifierait celle qui avait été, jadis, destinée pour épouse à L. César et pour belle-fille au divin Auguste?

Page 198, ligne 6, après le point:

Un écrit dédié à Q. Vitellius, oncle de l'empereur de ce nom, faisait remonter l'origine de la famille, de si basse extraction, suivant d'autres, comme on l'a vu plus haut, à Faune, roi des Aborigènes, et à Vitellia, honorée en beaucoup d'endroits d'un culte divin. On savait que le grand-père de l'empereur Vespasien, né à Réate, avait été centurion, dans la guerre civile, et son père fermier des douanes; cela n'empêcha pas une tentative de rapporter la généalogie des Flaviens à un compagnon d'Hercule; mais Vespasien lui-même ne fit qu'en rire.

Même page, ligne M, après le point :

M. Acilius Glabrion, consul pour la seconde fois en 186, que Pertinax proposa pour empereur, faisait aussi dériver son arbre généalogique d'Énée *, et Hérode Atticus, pour glorifier sa femme, Annia Regilla, sœur d'Appius Annius Bradua, consul en 160, la prétendait également

* Hérodien, II, 3, 4.

issue de la maison des riches Énéades, de l'auguste sang d'Anehise et de la déesse du mont Ida \

* C, Inscr. Grœc.y III, 6280, B. 3. — Voyez, pour le cas que l'on faisait des arbres généalogiques anciens, dans les temps postérieurs, Marquardt, V, 1552, et Gibbon (éd. deBàle), V, p. 214.

Page 198, note 5:

Voyez aussi Martial (V, 35), où le Grec « longum pulchrâ stemma repetit à Ledâ »,

Page 199, après la ligne 14 :

Les adoptés ajoutaient, de même, aux noms déjà portés par eux ceux des adoptants. Cette coutume n'apparaît encore qu'isolément sous la dynastie julienne et les empereurs de la famille de Claude ; elle ne devient plus générale qu'avec les Flaviens, dont l'avènement marque aussi celui des hommes nouveaux et de tout un nouvel ordre de choses \ Par suite d'adoptions vraies et fictives, ou de l'adjonction des noms des parents du côté maternel aux noms patronymiques et autres % soit, plus généralement, par suite de la vanité que chacun tirait de ses relations de famille, ou d'autres causes encore % les séries de noms, portés par la noblesse romaine, enflèrent tellement que, déjà sous Trajan, il y eut tels nobles qui en portaient plus de dix, comme Q. Pompée Falcon, dont le fils, Q. Pom-

* Voir Mommsen, Sur la vie de Pline te Jeune {Hermès, III, 70, etc.), et, pour ce qui concerne les Domitii Aenobarbi, dont il a été question plus haut, les Familles patriciennes de Rome, du même {Nouv. Musée rhénan, XW, page 322,. note 5).

- Communément par celle des noms de la mère, de l'aïeul et du bisaïeul maternels.

' Soit, par exemple, en conséquence de l'acquisition du droit de cité romain par des Grecs et des Orientaux (Borghesi, Œuvres, lll, 180; IV, 488 à 498). — Voir aussi Renier, Mélanges d'épigraphie, p. 13, 23.

AU TOME PROIIER. 27

pée Sénécion, consul en 169, n'en eut même pas moins de trente-huit*.

Les voici, d'après une inscription : Quintus Pompéjus q. f. Quir., Senecio, Roscius, Murena, Sex. Julius, Frontinus, Silius Decianus, G. Julius,Eurycles, Herculaneus, L. VibuUius, Pius, Augustanus, Alpinus, Bellicius, Sollers, Julius Aper, Ducenius, Proculus, Rutilianus, Rutinus, Silius Valeus, Valerius Niger, Claudius Fuscus, Saxa, Urgutianus (?), Sosius, Priscus. —C'est bien le nec plus ultra de la polyonymie.

Page 201, ligne 1 1, après le point ;

Ainsi, les intempéries des saisons n'affectaient jamais la totalité de leurs revenus; ils avaient (les sénateurs) toute facilité pour changer de climat et de séjour et pouvaient, en quelque sorte, se considérer comme chez eux, même en voyage.

Même page, ligne 16, après le mot « avec », intercale? ;

les royales cours d'entrée, les hautes salles {atrià), les vastes péristyles, les bibliothèques et galeries de tableaux, les promenades

Même page, ligne 19, après le point :

Dans des palais ne couvrant que quatre arpents, l'étendue que, jadis, avait le bien de Gincinnatus, on se croyait à l'étroit*.

* Valère Maxime, IV, 4.

Page 202, ligne 17, après le point :

Cette munificence et ce patronage des grands de Rome s'étendaient même aux familles de leurs partisans et de leurs clients. Ainsi, sur une épitaphe récemment découyerte à la voie Appienne, un affranchi de Gotta Messali-

nus, ami de l'empereur Tibère, loue son patron de lui avoir fait don, plusieurs fois, de sommes considérables, jusqu'à concurrence du cens équestre (400,000 sesterces), et de s'être chargé de l'éducation de ses enfants, ainsi que d'avoir doté ses filles comme un père, fait arriver au tribunat militaire son fils Gottanus, qui servait dans l'armée, et finalement pourvu à l'érection du monument sépulcral auquel sont empruntés ces renseignements \

* Henzen, Due Iscrizioni latine, A. d. /, 1865, p. 6.

Page 202, ligne 25, après le point :

Pison, le type du grand seigneur de l'époque, avec lequel nulle autre des sommités de l'ancienne noblesse romaine ne pouvait rivaliser, pour la considération et l'influence, vers le milieu du premier siècle de notre ère, avait d'ailleurs, personnellement, toutes les qualités qui peuvent rendre un homme populaire. Il avait une figure imposante et de beaux traits, était plein d'affabilité, même avec les gens qu'il ne connaissait pas, et se montrait indulgent pour les autres comme pour lui-même, poussant le goût des plaisirs jusqu'à la plus grande somptuosité, la magnificence et la libéralité jusqu'à la prodigalité. Par malheur, il se mit en l'an 65 à la tête d'une conspiration contre Néron. Ce qui devait le porter au trône causa sa mort ; mais le souvenir de ses magnifiques libéralités lui survécut, chez les poètes, durant l'espace déplus d'une génération.

Page 203^ ligne 13, après le point :

Issu d'une famille qui appartenait à la noblesse municipale équestre de la ville de Corne, le neveu de Pline le naturaliste était arrivé, à l'âge de vingt-sept ans, au premier

degré de l'échelle des emplois sénatoriaux (la questure), et fut nommé (en l'an 100 de notre ère), à l'âge de trente-huit ans, consul par Trajan, après avoir ainsi, comme on voit, parcouru assez rapidement la carrière des hautes fonctions. Ces dignités, par parenthèse, constituaient, comme il Ta fait observer lui-même^ des charges assez dispendieuses pour les titulaires. Son patrimoine, considérable pour un municipal, s'accrut probablement encore, par suite de ses trois mariages, et certainement aussi par l'accession de l'héritage de son oncle et par les émoluments de sa pratique d'homme de loi, qui lui procura, on n'en saurait douter, de grands revenus indirects-, sous la forme de legs testamentaires \ attendu qu'il refusa toujours les honoraires et les cadeaux *. Dans les dépenses qu'il eut à faire comme préteur, pour les spectacles, il sut se modérer ^ Ce qu'il nous apprend, occasionnellement, des sources de ses revenus et de la nature de ses dépenses en général, ne laisse pas d'être significatif pour la position de cette catégorie de sénateurs, qui n'étaient ni de grande noblesse, ni considérés comme des richards.

* Pline le Jeune, Lettres, V, 7; VII, 20.

' Ibidem, IV, 13. 8.

3 Pline le Jeune, Panégyr.j ch. xcv.

Même page, ligne 15, après le point :

Cependant, le revenu que Pline le Jeune en tirait, se ressentait des égards qu'il avait pour la situation de ses fermiers et des acheteurs de ses récoltes. Il prêtait aussi, du reste, des capitaux à intérêt*.

' Lettres, III, 19, 8. Voyez aussi, pour la vente de sa récolte de vins elles remises faites aux acheteurs, ibid., VIII, 2; ainsi que, pour les concessions faites aux fermiers, ibid.^ IX, 37, et ad Trajanum, 8, 5.

Page 203, ligne 23, en remplacement de la phrase relative à un achat de biens :

La villa de Laurente et celles de Toscane^, d'après la description de leur propriétaire, étaient jolies et commodes, arrangées avec beaucoup d'élégance, mais sans étalage fastueux de luxe proprement dit. Vers l'an 101, Pline eut l'idée d'acheter une propriété pour 3 millions de sesterces, ce qui l'obligeait à emprunter de l'argent. Le moyen le plus simple pour lui de s'en procurer, c'était alors de recourir à la caisse de sa belle-mère. La parfaite économie qui présidait à son ménage le mit en état d'user de^beaucoup de libéralité envers ses clients et des amis sans fortune, et il n'a probablement pas négligé de comprendre dans son recueil de lettres toutes celles qui en témoignent, et dont six ont trait à de pareilles donations, en faveur de particuliers.

* Au passage IV, 13, i, des Lettres de Pline,'il faut lire, avecMommsen, « in Tuscano » au lieu de « in Tusculano ».

La suite, du bas de la môme page (ligne 25) jusqu'au bas de la page 204 (ligne 24), remaniée, comme ce qui précède, d'après le nouveau travail biographique de Mommsen sur Pline le Jeune, se modifie ainsi '

Pline le Jeune donna à sa nourrice un petit bien de la valeur de 100,000 sesterces \ et autant en dot à une parente (Galvina), outre qu'il lui fitj après la mort de son père, la remise d'une dette, à ce qu'il paraît assez considérable, de celui-ci ^ Un compatriote (Métilius Grispus), pour lequel Pline avait obtenu un poste de centurion, re-

' Pline le Jeune, Lettres^ VI, 3.

» Jôid., II, 4.

çut de lui 40,000 sesterces pour son équipement*; un autre (Romanus Firmus) , qui avait été son condisciple , 300,000 sesterces pour son admission dans l'ordre équestre'^ ; la fille d'un ami sans fortune (celle de Quintilien), 50,000 sesterces, comme part de contribution à sa dot ^ ; le poëte Martial, qui avait fait l'éloge de Pline dans une pièce de vers, de l'argent pour son voyage de retour en Espagne \ A Tifernum Tibérinum (aujourd'hui Gittà di Gastello) dans rOmbrie, il fit, comme patron de la ville, construire à ses propres frais un temple, pour l'inauguration duquçl il donna un festin '. Un temple de Gérés, situé sur un de ses domaines, s'étant dégradé, il résolut de ne pas se borner à de simples réparations, mais de le faire rebâtir à neuf, plus beau qu'auparavant, et d'yjoindre un portique : à cet effet, il commanda quatre colonnes en marbre, des marbres pour le revêtement des murs et du sol, et une statue de la déesse \ Suivant l'exemple de son père, qui avait légué aux habitants de Gôme une somme de 40,000 sesterces, dont les intérêts devaient être employés chaque année, le jour de la fête de Neptune, à une distribution d'huile dans tous les thermes et sur la place des jeux % Pline le Jeune aussi alloua à sa ville natale des sommes considérables, qui témoignent de son attachement tout italien pour elle. Il fit présent à la ville de Gôme d'une bibliothèque, qui seule valait, paraît-il, un million, et affecta une dotation, au capital de 100,000 sesterces, à Ten-

1 Pline le Jeune, Lettres, VI, 25.

» Ibid.,1, 19.

^ Ibid., VI, 32.

* Ibid.y 111, 21.

^ Ibid.j m, 4 et IV, 1 ; ad Traj., 8.

« Ibid., IX, 39.

' Gruter, 376, 5 (inscription). *

tretien et à raccroissement de cette collection de livres. Il offrit aussi de contribuer pour un tiers au traitement du professeur, pour une chaire d'éloquence à créer dans cette ville. Une seconde donation consistait en un fonds de S00,000 sesterces pour la pension d'enfants nés libres des deux aexes, fonds pour lequel un intérêt annuel, fixé à la somme de 30,000 sesterces et calculé^ par conséquent, au taux de 6 pour 100, devait être payé sur un fonds de terre transféré à la commune, puis repris en emphytéose par le donateur. Dans son testament enfin, il légua à la ville une somme dont on ne connaît pas l'importance, pour la construction de thermes, plus 300,000 sesterces au moins pour l'aménagement, et les intérêts d'un capital de 200,000 sesterces pour l'entretien de cet établissement de bains; puis un capital de 1,866,666 2/3 sesterces, dont les intérêts devaient être affectés, d'abord, aux moyens d'assurer l'existence de cent affranchis, plus tard, c'est-à-dire probablement après le décès de ces pensionnaires, à l'organisation d'un banquet annuel, offert à tous les citoyens de Gôme en corps.

Page 205, ligne 8, après le point :

Il est certain qu'il y avait nombre de municipaux jouissant d'une plus grande aisance; leurs donations et leurs legs en témoignent : ainsi le père d'Apulée, par exemple, laissa deux millions *.

* Apulée, Apologie, p. 443.

Page 206, ligne 1, après le point d'interjection :

Relativement au costume aussi, l'usage imposait de la contrainte aux sénateurs. Sous Adrien encore, alors que l'habitude générale était déjà de paraître, dans la rue, avec

de larges manteaux {lacernse) et en sandales, la toge si incommode et les hautes chaussures lacées étaient regardées comme la seule tenue convenable pour des sénateurs ^

=* Aulu-GeUe,XlIl, 22.

Môme page, ligne 9, après le point :

Le fait qu un sénateur trouvât encore à se loger, dans une ville aussi chère que Rome, pour un loyer aussi minime que la faible somme de 1,631 francs 25 centimes de notre monnaie, aune époque où l'on criait déjà contre l'étendue démesurée de palais couvrant des terrains de la superficie d'un bien-fonds rural, témoigne d'ailleurs de la simplicité relative des mœurs de cette époque.

Page 207, ligne 9 :

Plus d'un préteur se ruina, par les jeux du cirque, et devint ainsi, selon l'expression de Juvénal ^, « la proie des chevaux. »

Même page, ligne 13, après le point :

Les devoirs de leurs charges et les voyages officiels, qu'ils étaient obliges de faire, rendaient plus difficile que toute autre l'administration de la fortune des sénateurs. Les hommes haut placés, dit Épictète, ont peu de loisir pour s'occuper de leur ménage, étant obligés de voyager beaucoup, pour donner ou recevoir des ordres, en mission pour les besoins du service militaire, ou pour l'administration de la justice. Il était rare, effectivement, que des sénateurs arrivassent à la fin de leur carrière, sans avoir, auparavant, roulé dans -les pays les plus dissemblables. Prenons pour exemple la carrière officielle

Supplément. c

du beau-père de Tacite, Jules Agricola. Né à Marseille en l'an 40 de notre ère et élevé dans cette ville, il fît ses premières armes en Bretagne, à l'âge de dix-neuf ans, et se rendit en l'an 62 à Rome, oii il se maria. La questure, qu'il obtint en 64, transporta la sphère de son activité dans l'administration de la province d'Asie. Dans les années 66 et 68, il fut investi à Rome du tribunat et de la préture. Nommé par Vespasien au commandement de la 20*" légion, en Bretagne, il eut, après son retour de cette île en 73, le gouvernement de la province d'Aquitaine, comprenant la partie sud-ouest de la France actuelle, et l'administra pendant trois ans. En 77 il devint consul et, l'année suivante, il alla pour la troisième fois, comme légat consulaire, dans l'île de Bretagne, dont il acheva la conquête dans une campagne de sept ans, pendant laquelle il soumit la partie méridionale de l'Ecosse aussi, jusqu'à Glasgow et Edimbourg. Depuis son rappel, il vécut à Rome, dans la retraite, et refusa même le gouvernement des provinces d'Asie et d'Afrique, dont l'une ou l'autre lui eût été sans cela dévolue parle sort, parce que l'esprit ombrageux de Domitien rendait d'aussi éminentes positions trop dangereuses pour un homme tel qu'Agricola. Gomme on ne saurait dire précisément que la carrière de celui-ci, jusqu'à sa retraite volontaire, fût marquée par des vicissitudes exceptionnelles, elle offre un exemple d'après lequel il est assez facile de juger jusqu'à quel point les sénateurs étaient gênés, par leurs positions officielles, dans l'administration de leur fortune.

Page 207 j ligne 19, au mot « amphores », en note :

Une charge de 300 amphores ne représente qu'un poids de 12 tonues, ou 12,000 kilogrammes. — Voyez Graser, De vcterum re navali p. 45.

Même page, ligne 29, après le point-virgule :

Ces prête-noms, par rintermédiaire desquels les sénateurs s'intéressaient dans des sociétés commerciales et participaient à toute sorte d'affaires, mais surtout aux opérations financières dans lesquelles ils ne se souciaient point de paraître, étaient ordinairement des affranchis et des esclaves \

* Pétrone, ch. "lxxvi : per libertos fœnerare. — Dans la Vie de Pertinax (ch. lu), on dit qa'en Ligurie celui-ci, déjà consulaire à cette époque, « mercatus est per suos servos ».

Page 208, ligne 13, après le point :

Alexandre Sévère défendit d'abord aux sénateurs de prendre des intérêts, à quelque taux que ce fut; dans la suite, il leur permit de prendre jusqu'à 6 pour 100 ^ Mais la majorité des sénateurs avaient leur fortune, ou du moins une grande partie de celle-ci, placée en terres et en esclaves. L'exploitation du travail des esclaves pouvait devenir très-lucrative, soit que l'on fît gérer ses affaires, ou bien exercer toute espèce de métiers par ses esclaves, soit qu'on louât leurs services à autrui. Le placement en terres conduisait, de même, à des entreprises industrielles et commerciales, quand il y avait moyen d'établir, sur les biens-fonds acquis, des sablonnières, des mines, des tuileries, des poteries et d'autres fabriques. La fabrication des poteries communes, notamment, était l'affaire des grands propriétaires^^; les empereurs eux-mêmes, des membres de leur famille, voire même les plus gran-

' Vita Alexandri Severi, c. xxvi.

^ Marquardt, V, 1, 166, 2, 258, etc,

des dames, tiraient de gros revenus de l'exploitation de tuileries. Les noms des deux frères Gn. Domitius Tullus et Gn. Dorhitius Lucain, qui figuraient, au temps de Domitien, parmi les sénateurs les plus riches, reviennent souvent sur les estampilles de tuiles provenant de différentes fabriques, dirigées par divers contre-maîtres. A la fille de Lucain, Domitie Lucille, adoptée par son oncle Tullus, qui n'avait pas d'enfants, échut ainsi, avec l'héritage de toute la fortune des deux frères, aussi celui de leurs fabriques, qu'elle laissa à sa fille du même nom; puis elles passèrent au fils de cette dernière, l'empereur Marc-Aurèle. Mais on exerçait, en outre, sur les grands domaines, d'autres branches de fabrication des plus variées. Gomme consulaire, l'empereur Pertinax agrandit considérablemeut, par l'achat de vastes terrains et la construction d'une foule de bâtiments nouveaux, une fabrique de feutre, dont il avait hérité de son père, en Ligurie ; lui-même y passa trois années, faisant opérer la vente des produits par ses esclaves ^ Des propriétaires, dont les biens touchaient aux grandes routes, y faisaient étabhr des hôtelleries ^, et obtenaient parfois même, du sénat, la permission d'ouvrir des foires et des marchés sur leurs terres \

' Vita Pertïnacis, c. m.

2 Marquardt, V, 2, 81.

3 Pline le Jeune, Lettres, V. 4, 1 : Vir prietorius Sollers a senatu pétiit, ut sibi instituere nundinas in agris suis pernaiUeretur; contra dixeruntlegati Vicetinorum.

Page 208, ligné 20 :

Un jeune homme de noble maison, après avoir sacrifié tout le patrimoine de €es aïeux à son hippomanie, avait

toujours, pour dernière ressource, l'espoir d'obtenir le commandement d'une cohorte \ Les légats (ci-devant consuls et préteurs) placés à la tête des provinces impériales, ainsi que les proconsuls, gouverneurs des provinces relevant du sénat, recevaient des traitements fixes ^

' Jiivénal, I, 58 (curam sperare cohortis).

' Sénèque, Debrevitate vUx, VIII, 2 : Annua congiaria homines clarissimi accipiunt.

Même page, ligne 22, en note :

25,000 sesterces représentent une somme de 6,750 francs de notre monnaie.

Même page, ligne 26, après le point :

Dans le cas d'une accusation portée contre des gouverneurs de province, ils étaient jugés par le sénat, qui paraît n'avoir été, généralement, que trop disposé à l'indulgence envers des collègues. Pline le Jeune eut à plaider, dans les années 100 et 101, la cause des provinces d'Afrique et de Bétique, qui avaient été toutes les deux, en une seule et même année, pressurées et pillées à outrance par leurs proconsuls, Marins Priscus et Gécilius Classicus. Ce dernier, qui mourut avant l'ouverture des débats du procès, avait laissé un relevé de ses exactions et écrit à une maîtresse à Rome, qu'il allait revenir franc de dettes, ayant déjà retiré 4 millions de sesterces de la vente d'une partie de ses administrés (les habitants de la Bétique). L'autre fut convaincu d'avoir livré des innocents au supplice, pour de l'argent. Un provincial, entre autres, avait obtenu de lui, pour 700,000 sesterces, un ordre infligeant la bastonnade à un chevalier romain, puis sa condamnation aux travaux forcés dans les minejs,. enfin sa strangulation

38 STIPPLÉMENI

en prison. Le légat, un petit maître, qui avait été l'intermédiaire dans cette horrible affaire, avait aussi stipulé en .^a faveur 10,000 sesterces, pour essences et pommades ; or, le sénat ne l'exclut pas même de son sein, mais se borna, pour toute punition, à l'omettre dorénavant dans le tirage au sort des gouvernements de province. Quant à Marins Priscus, on le bannit d'Italie; mais il resta assez riche pour se gaudir, dans une vie de débauche, du courroux des dieux ^ Suivant toutes les apparences, ce ne fut, en aucun temps, chose rare de voir les gouverneurs s'enrichir par des exactions commises sur les provinciaux, par l'acceptation de pots de vin, ou par d'autres moyens semblables \ Ils semblaient croire, est-il dit dans une critique amère de la situation de l'État sous Marc-Aurèle, qu'on ne leur donnait des provinces que pour les mettre à même d'amasser une fortune et de mener une vie luxurieuse ^

* Pline le Jeune, Lettres, II, il, etc. ; III, 9. — Juvénal, I, 47 à 50.

2 Suétone, César, ch. lxiii : Repetundarum convictos etiam ordine senatorio movit. — Vita Pertinacis, c. m : Intègre se usque ad Syriœ regimen Pertinax tenuit : post excessum vero Marci pecuniae studuit. — Curiam romanam, post quatuor provincias consulares, jam dives ingressus est. — Voyez aussi Juvénal, VIII, 87-139.

^ Histoire Auguste, Avidius Cassius, ch. xiii.

Page 209, ligne 13 :

A Vibius Grispus, « dont la richesse était proverbiale * » , ajoutez (( sous Domitien. »

' Scoliasie de Juvénal, IV, 81 .

Même page, ligne 1 5 :

Régulus avait été, en récompense de l'activité déployée par lui comme accusateur^ revêtu du consulat et d'un sa-

cerdoce par Néron, qui lui fit présent, en outre, de 7 millions de sesterces; il reprit son vilain mélier, avec non moins de profit, sous Domitien^

Il n'y a aucune raison de croire que les sénateurs, à l'ordre desquels appartenaient les plus grands jurisconsultes des deux premiers siècles de notre ère, aient fait de i la jurisprudence une source de revenus directs; mais l'influence, la considération et les honneurs qu'elle procurait furent, certainement, de la plus grande utilité dans la promotion aux offices et aux dignités, et l'on en tenait grand compte non-seulement dans le choix des conseillers impériaux, depuis Adrien surtout % mais aussi, tout particulièrement^ dans celui du préfet de la capitale, fonctions dont les grands jurisconsultes Pégase ^ et Salvius Julien* furent investis, le premier sous Vespasien et Domitien, le second sous Adrien .^

* Tacite, Hist., IV, 42.

2 Hadrianus, ch. xviii.

•■ Pomponius, D. I, 2, 47. — Juvénal, IV, 77, etc. : interpres legum sanctissimus.

^ Histoire Auguste, Didius Juîianus, c. i : Salvius Julianus bis consul, preefeclus urbi et jurisconsultus , quod magis eum nobilem fecit.

s Parmi les autres jurisconsultes renommés de cette période, on mentionne comme parvenus au consulat : Atéjus Capiton (en l'an de Rome 738), M. Coccéjus Nerva, mort en Tan 33 de notre ère (avant l'an 24), Célius Sabinus (en l'an 69), P. Juventius Celsus le Jeune (en l'an 129, pour la seconde fois), Pactuméjus Clément (en l'an 138 de notre ère), etc. ; Antistius Labéon l'avait refusé, assure-t-on. — Voir Zimmern, Histoire du droit privé des Romains, p. 306, etc.; 322, etc., et 325 sur Nératius Priscus; Nipperdey ad Tacitum, Ann., XII H, et XIII, 30, où Caninius Rebilus est mentionné comme personnage consulaire ; sur Clément enfin, Borghesi, Bull. Nap., n. s., 1854, p. 34, etc., et Renier, Inscr. de l'Algérie, 1812.

Page 210, ligne 21, après le point :

Ainsi, quelques membres de familles sénatoriales furent

réduits par le besoin, notamment sous le règne de Néron, à se vendre comme figurants de théâtre et à paraître comme tels dans les spectacles publics*.

* Tacite, Annales, XIV, 14 : nobilium familiarum posteros egestate vénales.

Page 2H, ligne i, après le point :

Après cela, un autre membre du sénat, dont Auguste avait déjà payé toutes les dettes, qui s'élevaient à 4 millions de sesterces, s'avisa encore de lui écrire : « Et à moi donc, seigneur, vous ne me donnez rien *? »

1 Macrobe, Sat., II, 23.

Même page, ligne 6, après le point :

Un homme que sa prodigalité avait rendu fameux, et qui avait l'habitude de faire de la nuit le jour, Acilius Buta, s'étant recommandé à Tibère comme indigent, après avoir dissipé en orgies une immense fortune, l'em* pereur lui dit simplement : « Vous vous êtes réveillé trop tard. ))

Page 213, ligne 8 :

En général épouser la grosse bande de pourpre, c'était, on n'en saurait douter, le but suprême de l'ambition de bien des femmes ; ce qui fit dire à Martial (V. 17) :

Dum proavos atavosque refers et nornina magna, Dum tibi noster eques sordida conditio est,

Dum te posse negas nisi lato, Gellia, clavo Nubere, nupsisli, Gellia, cistifero.

Même page, ligne 26 :

En devenant sénateur, on avait la conscience de prendre rang parmi les premiers de tout le monde romain d'alors.

Page 215, après la li^^ne 22, l'auteur, profitant des travaux de Mommsen^ a remanié les passages subséquents comme il suit :

Dans la hiérarchie nouvellement établie des charges sénatoriales, il fallait passer par chacun des degrés inférieurs pour arriver au suivant; pour toute promotion un stage de deux ans, dans la charge immédiatement inférieure, était exigé ; il fallait avoir commencé sa vingt-cinquième année pour être nommé questeur, sa trentième pour devenir préteur.

Ces règles souffraient pourtant quelques exceptions, notamment, et c'était la plus fréquente, celle qui dérivait du droit des enfants, introduit par Auguste et d'après lequel on faisait au postulant la remise d'une année, pour chaque enfant qu'il avait en vie. D'ordinaire, il se faisait dans la quatrième ou dernière classe (à la questure) probablement vingt nominations, dans la troisième (au tribunat ou à l'édilité, ne formant plus qu'un seul et même degré), seize, dans la deuxième (à la préture) de dix à dix-huit, et dans la première (au consulat), selon sa durée de six mois (comme jusqu'à la mort de Néron), ou (comme depuis lors) de quatre, trois ou deux mois, quatre, six, huit ou douze nominations. Depuis Adrien et les Antonins, la durée régulière du consulat fut réduite à deux mois. En 69, il y eut même quinze consuls. Celui qui était investi de la questure se trouvait généralement assuré, par le simple fait des rapports numériques existant entre les candidats admissibles , du succès de sa compétition aii tribunat ou à l'édilité et à la préture; il saute même aux yeux que, notamment avec les rap-

* Étude biographique sîcr Pline le Jeune dans V Hermès, III, 80, etc. — Pour la durée des consulats, voyez Henzen, De nundinis consularibus Ephem. epigr., I, p. 187-199.

ports numériques établis pour la troisième classe, ainsi que pour la deuxième de l'échelle hiérarchique, on devait compter précisément sur des renforts extraordinaires , amenés au moyen de la faveur impériale , soit qu'elle dispensât les questeurs sortis de charge de passer par le tribunat ou Fédilité, soit qu'elle élevât au rang tribunitien des personnes étrangères au sénat, cas assez fréquents tous les deux. Or, de même que les empereurs nommaient sénateurs des personnes étrangères au sénat, des chevaliers, et cela en leur conférant adjectivement un rang de classe dans la hiérarchie établie, de même ils élevaient au rang prétorien, consulaire et ainsi de suite, des sénateurs qui n'obtenaient jamais ni la préture, ni le consulat, mais n'en étaient pas moins, de fait, les égaux des sénateurs ayant rempli ces charges. Outre le droit de siéger et de voter avec la classe ou section respective du sénat à laquelle ils étaient adjoints, et les insignes de cette classe, les dignitaires dont il s'agit acquéraient celui de se porter candidats aux charges des degrés supérieurs, et ceux de rang consulaire et prétorien même la perspective du gouvernement d'une province.

En outre, les insignes de consulaires ou de prétoriens, c'est-à-dire d'ex-consuls, d'ex-préteurs, etc., pouvaient être conférés même à des hommes qui n'avaient jamais rempli les charges correspondantes à ces titres. Ces insignes consistaient probablement en certaines décorations, que l'on portait aux habits comme celles de nos ordres de chevalerie modernes. C'est encore une question de savoir si un rang détermine s'y attachait réellement ; dans tous les cas, ils ne formaient qu'une distinction purement extérieure, procurant peut-être seulement un droit à certaines places, dans les spectacles publics. Dans aucun cas, l'obten-

tion des insignes ne donnait siège et voix dans le sénat. Ils étaient aussi conférés à des chevaliers et à des affranchis impériaux, tels que Pallas et Narcisse, et même h des étrangers \ (Suivre p. 216, ligne 17.)

' Nipperdey, Leges annales reip. rom., p. 83, etc.

Page 216, ligne 20, après le point substituez au texte primitif ce qui suit :

Les insignes des charges curules étaient, ordinairement, conférés par le sénat, mais sinon chaque fois sur l'invitation directe des empereurs, du moins toujours dans le sens de leurs désirs.

Il va sans dire, que les insignes seuls avaient par euxmêmes un prix beaucoup moindre que les charges effectives, oul'assimiliation au rang des dignitaires qui les avaient remplies. Claude, après avoir prié vainement Tibère de lui conférer le consulat, reçut de lui les insignes consulaires; puis, le sénat ayant adopté une résolution qui l'autorisait à voter avec les consulaires, Tempereur la fit révoquer. Les amis de Néron blâmant ce prince de ce qu'il négligeait Octavie, il repartit qu'elle devait se contenter des insignes d'épouse.

Pour ce qui concerne la nomination effective aux charges curules, les empereurs y poussaient une partie des candidats dans la forme d'une recommandation au sénat, pour lequel celle-ci avait force de loi. Les autres titulaires étaient choisis par le sénat, mais seulement dans les trois classes inférieures; car, pour les consuls, les empereurs les nommaient tous. L'abréviation de la durée du consulat leur permit de récompenser le mérite, ou le zèle, plus largement que par le passé, et de s'assurer du dévouement d'un plus grand nombre de se-

nateiirs. Il en résulta, an surplus, une nouvelle distinction de rang, attendu que le consulat dit ordinaire des deux premiers mois de l'année, d'après lequel était dénommée celle-ci, était plus honoré que les autres ^ Si les anciennes magistratures républicaines avaient perdu ainsi la majeure partie de leur ancienne importance, et pris plutôt le caractère d'une élévation de rang, elles avaient certainement aussi d'autre part gagné une valeur et un attrait nouveaux par le faitqu'elles étaient devenues maintenant une preuve de la grâce impériale et un témoignage de la satisfaction causée en haut lieu par les services antérieurs du nouveau .titulaire ^ Elles élevaient celui-ci d'un degré au-dessus d'une partie de ses collègues^, en le rapprochant du trône. Ainsi les charges républicaines, sans changer de noms, étaient devenues par le fait des offices monarchiques. (Suivre p. 217, ligne 7.)

■• Marquardt, Manuel. Il, 3, 237.

2 Identique avec la note 2 de la page 215 de notre tome 1er, aux citations de laquelle il faut ajouter, pourtant, des passages analogues du Panégyrique de Trajan (ch. lxx) de Pline le Jeune.

3 Note identique avec la note 1 de la page 216 de noire tome P'".

Page 217, intercalez au commencement de la note \, après la première phrase :

Voir notre tome P»", p. 172. — Les insignes du consulat, à savoir la chaise curule, le bâton d'ivoire et la toge de pourpre (Orelli, 6448 a), figurent sur les monnaies de Tibère Jules Sauromate, roi du Bosphore, avec la légende grecque Tt|xat Bao-tXewç (Cavedoni, Bull. d. T., 1857, p. 63).

Page 218, ligne 8, après le point, modifiez le texte primitif comme

il suit :

Pour les ambitieux, chaque promotion était un aiguillon nouveau, poussant à viser, avec un redoublement d'ar-

AU TOME PREMIER. 4o

deur, à un but de plus en plus élevé. L'ambition, ditScnèque, ne permet à personne de «e contenter même d'une somme d'honneurs à laquelle se bornait, autrefois, l'objet de nos désirs les plus effrénés. Personne ne dit merci pour avoir obtenu le tribunat; le tribun se plaint, au contraire, de ne pas encore avoir été promu à la préture; mais celle-ci ne suffit pas, tant que le consulat manque à notre ambition, et le consulat même ne satisfait point, si l'on ne doit être consul qu'une seule fois. « Il m'a donné la préture, » dit ailleurs un ambitieux, mis en scène par le même auteur, c( mais j'avais, moi, espéré le consulat ; il m'a donné les douze faisceaux, mais il ne m'a pas fait consul ordinaire; il a bien voulu que mon nom s'attache à l'année, mais il me manque encore un sacerdoce ; on m'a élu, il est vrai, dans un collège de prêtres, mais pourquoi dans un seul de ces collèges? »

C'est surtout la dignité consulaire qui était le point de mire des plus grands efforts. « Beaucoup, » dit Sénèque, dans un autre passage, « s'agitent pendant nombre d'années, pour arriver à ce qu^une année soit dénommée d'après eux. » (( Pour augmenter d'un nom la liste des consuls et régner ensuite, avec le titre de gouverneur, sur les populations de la Numidie ou de la Gappadoce, » dit Martial, « un sénateur franchit chaque matin le seuil de soixante portes. » (c Si vous voulez devenir consul, » est-il dit dans Epictète, (( il faut que vous retranchiez de votre sommeil, que vous couriez partout, baisant les mains et rôdant autour des portes d'autrui, que vous disiez et fassiez une foule de choses indignes d'un homme libre, que vous envoyiez des présents à nombre de gens et fassiez même à maint d'entre eux des cadeaux, tous les jours ^ » Or, quel-

' Identique avec la note 2 delà page 2 18 de notre tome I^r.

que autre office que l'on briguât, la peine et les démarches étaient toujours plus ou moins les mêmes, non-seulement pour le candidat, mais encore pour les amis et protecteurs dont l'appui lui était nécessaire. Ce zèle de sollicitations, quand il ne dépassait pas certaines limites, était d'ailleurs considéré comme lui faisant honneur^ ; mais, combien elles étaient fréquentes aussi, ces promotions qui n'étaient que la récompense des services infâmes rendus, par les délateurs, dans les procès de lèse-majesté, et qui s'achetaient au prix du sang d'innocentes victimes et de la ruine de familles entières I Que ne faisait-on pas pour se frayer le chemin des hauts emplois ^ ! On usait de la corruption à la cour aussi bien qu'au sénat. Messaline et les affranchis de Claude faisaient ouvertement le trafic des places, et Vespasien lui-même ne se faisait pas scrupule de vendre des offices et des charges aux solliciteurs ^ Vers l'an 107 fut rendu un sénatus-consulte défendant aux solliciteurs d'emplois de donner des festins, d'envoyer des cadeaux à la ronde, ainsi que de faire déposer des sommes d'argent chez les agents faisant l'office de courtiers dans les élections des magistrats, ce qui s'était aussi pratiqué notoirement, quoiqu'en cachette, tandis que, dans les autres modes de brigue, on opérait ouvertement et de la manière la plus large ; ce fut alors que Trajan, sur la proposition du sénat, mit un frein, parla loi sur lasubreption d'emplois, aux dépenses illicites des candidats. Son édit simultané portant qu'ils eussent à placer le tiers de leur fortune en

« Pline le Jeune, Lettres, VIII, 23 : quo discursu, qua vigilantia liane ipsam œdilitatem, cui prsereptus est, petiit.

2 Golumelle, praef. I : anputem fortunatius... miser rimo... famulatu, per dedecus fascium decus et imperium profuso tamen patrimonio mercari ?

3 Dion Cassius, LX, 17. — Suétone, Vespasien, cli. xvi.

terres, situées en Italie, ne tarda pas à déterminer une multitude d'achats, qui firent hausser les prix des biens-fonds ^ L'élection même qui, au sénat, se faisait par le suffrage oral, jusqu'à la fin du premier siècle de notre ère, et se fit ensuite, dans les commencements du règne de Trajan^ au scrutin secret*, était toujours encore regardée comme un acte des plus importants et des plus sérieux^ (Suivre p. 218, ligne 11.)

' Pline le Jeune, Lettres, VI, 19.

^ Ibidem, III, 20 ; IV, 25.

^ Ibidem, IV, 25.

Page 219, ligne 5, après le point, intercalez :

Il est déjà si difficile, objecta-t-il (Tibère en l'an 16), avec la limitation de la durée des fonctions à un an et l'orgueil qu'elles n'en donnent pas moins aux élus^ d'éviter les collisions, lorsque ceux qui n'ont pas eu la chance de réussir peuvent ainsi trouver une consolation dans l'espoir d'un meilleur succès prochain; qu'adviendrait-il, de part et d'autre, avec une durée quinquennale des charges ^ ? Sénèque parle à plusieurs reprises de l'impossibilité de contenter tout le monde. « Personne, » dit-il, « n'a autant de plaisir à voir beaucoup de gens au-dessous de soi, que de peine à voir qui que ce soit au-dessus de soi* L'ambition a le tort de ne jamais regarder en arrière^ »

' Tacite, Annales, II, 36.

^ Sénèque, Lettres, lo. 3; 84, 11 ; 104, 9.

Page 219, ligne 12, après le point, intercalez :

A la solennité du Gapitole succédaient des sacrifices domestiques. c( Le vestibule du palais, » dit Martial^ « fume

iXIV, 4, suivant l'interprétation de Marquardt, Manuel,\, 2, 387, n" 3423.

du sang des taureaux, quand un rescrit de la main de l'empereur vient conférer une haute charge au maître du logis. »

Page 219, ligne 19, après le point:

Chaque élévation de rang d'un dignitaire ouvrait à toute sa postérité une nouvelle perspective d'honneurs plus grands. « Quand, » dit Pline le Jeune, « un triple consulat est conféré au fils d'un consulaire, ayant reçu les insignes triomphaux, ce n'est point une élévation pour lui ; il n'obtient que ce qui lui est dû, en raison de son illustre originel» Vitelliusfut poussé à mettre la main sur l'empire par le légat Fabius Valens, qui lui rappela la haute position de son père, investi trois fois du consulat et en outre de la censure, ainsi que collègue d'un empereur dans l'exercice d'une de ces charges; il lui persuada en effet que cette origine lui imposait, depuis longtemps, le devoir de se revêtir de la dignité impériale, puisqu'elle lui enlevait la sécurité d'un sujet^

On faisait parade de tous les titres acquis aux personnes et aux familles, non-seulement dans les actes et cérémonies ayant un caractère officiel, mais en toute occasion, les faisant sonner à tout propos.

* Panégyrique de Trajan, ch. lviii, 2 Tacite, Hist., I, 52 .

Page 220, lignes 2 et 3 :

Au lieu de statue « il faut statuette )>.

Même page,, ligne 4, après le point, intercalez :

Tous les emplois par lesquels il passa (c'est-à-dire Pline le Jeune), depuis le poste le plus élevé jusqu'au plus infime, sont mentionnés, de môme, sur une inscription qu'on

lui posa à Gôme, après sa mort, et qui contient l'énumération de tous les dons et legs faits par lui à sa ville natale \

• Voyez les inscriptions concernant Pline le Jeune dans Mommsen {Hermès, III, p. 108,. etc.).

Même page, lignes 23 et 24, lisez :

Outre la grosse bande de pourpre à la tunique, la chaussure sénatoriale (le soulier noir, lacé de bas en haut, au moyen de quatre lanières, et orné d'une agrafe en forme de croissant) et le droit aux premières places, dans tous les spectacles ^

* Marquardt, Manuel, V, 2, 192.

Page 222, ajoutez à la fin du chapitre :

L'élimination des rangs du sénat procédait de l'empereur, faisant usage de son pouvoir de censeur, parfois sur la proposition du sénat même. Indépendamment de condamnations essuyées, d'une mauvaise réputation, de la dégradation morale et de l'appauvrissement d'un sénateur, d'autres causes encore, de nature très-diverse, pouvaient entraîner la perte de sa dignité sénatoriale. Tibère raya, en l'an 25, le sénateur Apidius Gallus de l'album du sénat , pour n'avoir point prêté le serment prescrit, conformément aux dispositions d'Auguste* ; puis le sénateur Junius Gallion, en l'an 32, pour avoir fait la motion que les prétoriens de la garde impériale pussent s'asseoir aux places des chevaliers, après avoir fini leur service au théâtre. Dans cette proposition, inspirée par le servilisme, Tibère soupçonnait, comme arrière-pensée, l'intention de gagner les

* Tacite, Annales, IV, 42.

Supplément. d

oO SUPPLÉMENT

soldats*. En l'an S3, les sénateurs obtinrent l'expulsion d'un membre qui avait, à l'instigation de Timpératrice Agrippine, poussé, par une accusation fausse, un homme haut placé au suicide ^ Souvent l'élimination du sénat prenait, par voie d'insinuation, l'apparence d'une démission volontaire ^ En général, elle était indubitablement ressentie comme un coup très-rude, et il n'est guère probable que beaucoup de disgraciés l'aient supporté avec le calme d'Umbonius Silion, que Claude rappela, en l'an 44, du gouvernement de l'Espagne méridionale ou Bétique, et exclut du sénat, en alléguant qu'il avait laissé manquer du nécessaire l'armée en Maure tanie, mais par le fait à l'instigation de quelques affranchis, ses ennemis personnels. Or Umbonius, dès qu'il eut connaissapce de sa disgrâce, feignant de s'apprêter à l'aliénation de tous ses biens, jBt réunir et exposer, comme pour une vente à l'enchère, tout son magnifique mobilier; mais il ne vendit, par le fait, qne son costume sénatorial, voulant faire entendre par là que, dans son for intérieur, il n'avait essuyé qu'une perte apparente, qui le laissait en possession de tout ce qui avait une valeur réelle*.

* Tacite, Annales^ VI, 3.

' Ibidem, XII, 59.

^ Ibidem, II, 48 ; XI, 25 ; XII, 52.

< Dion Cassius, LX, 24.

, Page 226, à la note 6 :

Un rescrit de Marc-Aurèle porte que la bague d'or, conférée aux affranchis, ne les dispense pas des devoirs de leur condition, quant à la tutelle des enfants du patron. Modestin, 1. V, Excusât. {Digeste^ XXVII, l,14,§ 2).

AU TOME PREMIER. ol

Page 227, ligne 23, après le point, la suite doit être ainsi modifiée :

Le dédain du premier ordre, motivé par le caractère illusoire des avantages qu'il procurait, était naturellement vu de mauvais œil, dans les cercles du monde sénatorial, où l'on attachait un grand prix au maintien de la prééminence qu'on avait sur l'ordre équestre. Ainsi Tacite s'exprime d'une façon très-caractéristique, pour son esprit de corps sénatorial, sur le compte de L. Annœus Mêla, frère du philosophe Sénèque et père du poëte Lucain, en disant qu'il s'était abstenu de la brigue des charges curules par des raisons d'ambition à contre-sens, se piquant d'égaler, comme simple chevalier romain, des consulaires en crédit, et qu'il avait cru prendre le chemin le plus court, pour acquérir de l'argent, en gérant les affaires du prince en qualité de fonctionnaire impérial. Pline le Jeune, de son côté, non-seulement ne blâme pas, mais approuve la réserve de quelques hommes éminents de l'ordre équestre, qui, par amour de la tranquillité ou faute d'ambition, ne se soucièrent point de s'élever.

Page 229, Ugne 21, après le point:

Il y eut même des chevaliers romains tellement besoîgneux qu'ils n'avaient, pour se sustenter, que du pain de son etde la piquette *, et du grand nombre de ceux qui, sous les empereurs de la maison Julienne, se déshonorèrent, en paraissant publiquement sur la scène et dans l'arène, il est permis de conclure que l'extrême dégradation morale n'était rien moins que rare dans cet ordre ; car, parmi cette multitude de chevaliers qui parurent dans les spec-

' Aulu-GellejXI, 7, 3.

tacles de Néron, c'est tout au plus s'il s'en trouvait quelques-uns de bonne renommée et dans une bonne position de fortune ^

Mais il y avait aussi, dans l'ordre équestre, beaucoup d'aisance et de grandes fortunes, à Rome surtout, mais pourtant aussi dans les municipes. Le poëte Perse, par exemple, issu d'une famille équestre de Yolterra, laissa 2 millions de sesterces ^ Ce Védius Pollion, l'ami d'Auguste et l'heureux propriétaire du magnifique Pausilype (Sans-Souci) près de Naples, Thomme qui jetait des esclaves en pâture à ses murènes, était simple chevalier; ce fut lui aussi qui possédait à Rome un immense palais, couvrant un terrain plus vaste que Tespace compris dans l'enceinte de beaucoup de villes, et qu'Auguste, après la mort de Pollion, fit démolir de fond en comble, pour faire ériger la colonnade de Livie sur l'emplacement qu'il occupait ^ Il est permis de croire que les chevaliers amis d'empereurs étaient, pour la plupart, dans de brillantes positions. A cet ordre appartenaient aussi principalement les banquiers, les grands négociants * et fabricants ^, les fermiers des impôts indirects, les grands fournisseurs, les directeurs et les sociétaires des grandes entreprises industrielles, commerciales et autres, formées dans un but de lucre ^ Sénèque parle d'un chevalier sénatorial, Cornélius

» Suétone, Mron, ch. xii. — Voir aussi t. II, p. 38, etc., du présent ouvrage.

^ Vita Persil.

3 Dion Cassius, LIV, 23. — Ovide, Fastes, VI, 639.

'• Orelli, 4077 : C. Sentius Regulianus, Eq. R. diffusor olearius ex Baetica ; voir aussi Marquardt, Manuel, V, 2, 78, 793.

^ Marquardt, Ibidem, 258, 2375.

^ Pline l'Ancien, Hist. nal., X, 71 : Ca»cina Volaterrauus, equestris ordinis, quadrigarum dominus.

Sénécion, parvenu à la fortune par son habileté non moins grande à conserver son Men qu'à l'acquérir, et qu'une mort subite enleva, pendant qu'il était en voie de s'enrichir encore davantage ; ses capitaux travaillaient sur terre et sur mer; il ne négligeait aucun moyen de gagner de l'argent, et il avait aussi pris une part dans la ferme des impôts indirects. (Suivre page 230, ligne 6.)

Page 230, ligne \\, ajoutez la note suivante :

Mommsen, J)e apparit. (Musée rhénan, 1846, p. 42, n» 2) : L. yElius, M. f. Quir. Rectus, domo Roma, qui et Carthaginiensis et Sicelitanus et Assetanus et Lacedaemon, et Argivus et Bastetanus, scriba quaestorius, scriba œdilicius, donatus equo publiée ab imp. Caesare Trajano, Hadriano Aug. — Voir aussi Henzen, 6023 a, 6565, et d'autres recueils d'inscriptions.

Sur trente scribes d'édiles, mentionnés dans Momnisen, ibidem, il y a quatre chevaliers (n»" 10, it, 14, 26), dont un pourvu du cheval de l'État. — Pline l'Ancien (Hist. nat., XXVI, 3) fait d'un chevalier, scribe de questeur en province, sous Tibère, la mention suivante : Quodam Perusino, équité Romano, quaestoris scriba, quum in Asia adparuisset, etc.

Même page, ligne 16, le passage suivant, qui traite delà noblesse de service, doit être ainsi modifié et amplifié :

Ordinairement, les jeunes gens de famille équestre entraient dans l'armée, oii ils débutaient comme préfets de cohorte, ou tribuns de légion, tandis que les hommes du tiers-état, entrés au service comme centurions, et obligés de passer par toute la filière des grades, n'obtenaient la dignité équestre qu'avec leur avancement au tribunat militaire. Avec l'obtention de ce grade ou celle du poste immédiatement supérieur, de la préfecture d'un détachement de cavalerie, finissait le plus souvent la carrière des officiers qui n'étaient pas de naissance équestre.

Si SUPPLÉMENT

Les officiers de cavalerie se recrutaient en partie parmi les jeunes aspirants de lk)rdre équestre*, en partie parmi les vétérans, de la garde surtout \ Adrien , sorti de l'ordre équestre, fut investi du second tribunat militaire avant d'avoir accompli l'âge de vingt et un ans^ Une inscription mentionne aussi un tribun militaire, qui, s'étant distingué par sa vaillance, fut désigné pour la questure à l'âge de vingt-quatre ans, sous Commode*. Puis les officiers de fortune, auxquels on voulait donner plus d'avancement, étaient, ainsi que les jeunes chevaliers ayant passé par les mêmes grades, employés au service impérial, notamment dans les finances, comme procureurs, tant à Rome que dans les provinces, soit dans les provinces relevant du sénat, comme percepteurs de tous les droits fiscaux, soit dans les provinces impériales, comme directeurs de toute l'administration des finances, parfois même avec la position indépendante de chefs suprêmes de l'administration provinciale ou gouverneurs, investis de la haute juridiction criminelle. Les autres procureurs n'avaient une juridiction qu'en matière fiscale, et encore ne datait-elle que du règnede Claude; mais, plus tard, on leur transféra quelquefois la lieutenance des gouverneurs ^ De ces postes les chevaliers, depuis le deuxième sièclC;, passaient aux offices de la maison de l'empereur qui, au premier, avaient été, comme on l'a vu au livre II, le plus souvent remplis par

^ Militiœ (se. equestris) petitores. Ainsi, T. Claudius Claudianus, eq. Rom. mil. pet., qui vixit ann. XXIV, mensibus IX, diebus IX {Bull. d. /. 1868, p. 71).

2 Voir Mommsen,2)e apparit. {Musée rhénan, 18i6, p. lU).

^ Mommsen, dans VHermès, III, 78, 3. D'après les Exe. Peiresc. (Dion Cassius LXIX, 3). Adrien était le lils pouXsuToO xcaTpô; EoxpaTyiyrixôxo;.

< Orelli, 3714.

^ Marquardt, III, 1, 299-302.

AU TOME PREMIER. n5

des affranchis. Tels étaient notamment l'office des comptes, celui des pétitions et requêtes, et le secrétariat impérial. Les positions les plus élevées auxquelles pouvait mener cette carrière, c'étaient les hautes préfectures, à savoir les deux préfectures, très-importantes, de l'approvisionnement en céréales et de la police de sûreté et de secours contre l'incendie à Rome, la vice-royauté d'Egypte, enfin le commandement des gardes prétoriennes, partagé le plus souvent, pendant les deux premiers siècles de l'empire, entre deux préfets. Depuis Tibère déjà, ces préfets furent les premiers personnages de l'État après l'empereur, nonseulement en leur qualité de commandants de la force armée, sur laquelle reposait la sûreté personnelle des empereurs, qu'il ne lui arriva que trop souvent de faire et défaire elle-même , mais aussi comme l'autorité investie de la juridiction militaire pour l'Italie. Ils y joignirent, probablement depuis Adrien, la lieutenance générale en matière civile, comme juges en dernier ressort, quand l'empereur s'absentait, jusqu'à ce qu'à la fin, depuis le troisième siècle, tout le gouvernement se concentra de plus en plus dans cet office, dont Alexandre Sévère fît une charge sénatoriale \ Naturellement, peu de fonctionnaires atteignaient à ces grandes positions^ véritables sommités du pouvoir. (Suivre 231, ligne 6.)

» Marquardt, II, 3, 284-291.

Page 231, ligne 10, après le point, ajoutez comme fin du chapitre :

La carrière des offices équestres était très-avantageuse, en partie sans doute à cause du casuel qu'ils procuraient, et qui ne consistait pas nécessairement qu'en profits illicites, mais surtout par les traitements élevés qui y étaient

attachés. Avec le tribunat, auquel des chevaliers arrivaient souvent, comme on vient de le voir, dès l'âge de vingt à vingt-quatre ans, ils recevaient un traitement de 25^000 sesterces (environ 6,750 francs) ; les procureurs de la dernière classe, comme par exemple ceux de l'administration des grains d'Ostie, 60,000 sesterces (16,312 fr. SO c), ceux des classes supérieures, notamment les procureurs employés dans les grandes provinces impériales, de 100,000 à 200,000 sesterces (de 27,187 fr. 50 c. à 54,375 fr.). Il y avait aussi des préfectures, aux traitements de 100,000 à 200,000 sesterces, auprès de l'administration des postes impériales \ et quelques procureurs touchant 300,000 sesterces (81,562 fr. 50 c.)'. Les traitements des directeurs de l'office des comptes, de celui des requêtes, et du secrétariat étaient, probablement, tout aussi considérables, peut-être même plus élevés; et ceux des grands préfets doivent avoir atteint, par degrés, des chiffres supérieurs encore.

La carrière des fonctionnaires de l'ordre équestre n'offrait, comme on en peut juger par ce qui précède, pas moins de vicissitudes que celle des fonctionnaires de l'ordre sénatorial. Un certain L. Valérius Proculus, par exemple, devint, suivant une inscription posée en son honneur à Malaga, sa ville natale peut-être, après avoir passé par la préfecture d'une cohorte et le tribunat d'une légion, dans des garnisons non indiquées, préfet de la flotte stationnée à Alexandrie et du corps des douaniers de cette place, ensuite procureur, autrement dit gouverneur de la province des

* Voir Muratori, 682, 4.

2 Marquardt, ÏII, 1, 302, etEichhorst, De procuratoribus Cœsarum, p. 26, etc.

Alpes maritimes, qui s'étendait de Gênes jusqu'au Var, en même temps que directeur du recrutement des hommes nécessaires pour mettre au complet les cadres des légions; puis, successivement, procureur des provinces de la Bétique (Espagne méridionale), dela'Cappadoce, d'Asie et des trois provinces des Gaules; à la fin, après qu'il eut probablement aussi administré l'office des comptes et la préfecture des approvisionnements de grains à Rome, sous Antonin le Pieux, grand préfet de l'Egypte^ La carrière officielle de Pline l'Ancien n'est qu'imparfaitement connue; cependant nous savons que, né en l'an 23 à Côme, il commanda en l'an 4S un détachement de la cavalerie romaine en Germanie, qu'il était en 52 à Rome et se trouvait en 67 comme procureur en Espagne. Sous Vespasien, parmi les amis duquel il figurait, il fut probablement investi de diverses procurations, à Rome même, et en l'an 79, commandant la flotte stationnée à Misène, il trouva la mort dans l'éruption du Vésuve. Si, malgré l'amitié des empereurs, il n'avait pas atteint, à l'âge de cinquante-six ans, une position plus élevée, cela tient probablement surtout à ce qu'il exerça, pendant assez longtemps, la profession d'avocat % mais peut-être aussi à la multiplicité de ses occupations littéraires.

Depuis qu'Adrien attira de préférence des jurisconsultes dans le conseil impérial, la connaissance du droit eut également, pour la carrière officielle des chevaliers, plus de prix

' Renier, Mélanges d'épigr., p. 88, etc., et Heuzen, 6928 : en préférant, avec ce dernier, « potamophylaciae » et « Galliarum » à « potamophylaci » et «< Daciarum ». — Pour d'autres exemples, voyez OrelJi,

3331, 3651 et 5530.

^ Pline le Jeune, Ép. III, 5, 7 : Si scieris illum aliquandiu causas actitasse.

o8 SUPPLÉMENT

encore qu'auparavant ^ à cause de la juridiction, en partie très-étendue, que comprenaient les procuratures et les préfectures. Bien avant le troisième siècle, oîi cette connaissance devint la condition principale pour l'obtention delà préfecture du prétoîre, et où cette place fut occupée par les grands jurisconsultes Paul, Ulpien et Papinien, nous trouvons des légistes en renom dans les plus hautes positions équestres. VolusiusMécianus, le conseiller d'Antonin le Pieux, ainsi que l'ami des empereurs Marc- Aurèle et Lucius Vérus, fut probablement préfet d'Egypte % ïarruntius Paterne, préfet du prétoire, sous Commode ^ Les jurisconsultes de l'ordre équestre commençaient souvent leur carrière officielle , peut-être au deuxième siècle déjà, non plus comme autrefois par le service militaire, mais par l'office d'avocats du fisc, qu'avait créé Adrien \ et dont les titulaires étaient adjoints aux procureurs pour le contentieux, afin d'y veiller aux intérêts du fisc. Septime Sévère, issu d'une famille équestre de Leptis en Afrique, lequel débuta au service de l'État par cet office, que lui avait conféré Marc-Aurèli '% et non, comme on pourrait le croire diaprés un passage de V Histoire Aiiguste% Antonin le Pieux, à la mort duquel il

' Témoin un « subpraefecîus vigilibus juris peritus » dans Orelli, 3436; un «Marinus, eques R. juri peritissimus (Sitifi), w dans Henzen, 7234; puis Pomponius, De orig. juris (D. I, 2, 2, § 47): Fuit et alius Longinus, ex equestri quidem ordine, qui postea ad prœturam usque pervenit.

2 Voyez Zimmern, Hist. du droit privé des Romains, I, 353 (en almand).

3 Ibid., I, 356.

^ Vita Hadriani, c. xx.

^ Auréiius Victor, Cxs.^ 20, 30.

* Vie de Géta, ch. ii.

AU TOME PREMIER. o9

n'avait que quinze ans*, ne tarda pas à être élevé au rang de sénateur; mais Opilius Macrin, qui, après son élévation à Tordre équestre, fut aussi nommé d'abord avocat de la couronne (ou du fisc), paraît avoir passé, en partie du moins, par la filière ordinaire des offices équestres, jusqu'à son avènement à la préfecture du prétoire; avant d'y atteindre, il avait été investi de la procurature des biens privés du domaine impérial '^ à laquelle était attaché un traitement de 300,000 sesterces. Il est probable que, dès le deuxième siècle aussi, ceux des fégistes de l'ordre équestre qui s'étaient distingués comme avocats de la couronne, étaient nommés de préférence membres du conseil impérial, et promus de cet office aux postes supérieurs de Tordre équestre. Un jurisconsulte du troisième siècle fut, d'après une inscription dont il ne s'est conservé que des fragments, d'abord conseiller impérial, au début seulement avec 60,000, puis, un sacerdoce étant venu se joindre à cet office, avec 100,000 sesterces de traitement, ensuite directeur de l'approvisionnement, dans le ressort de la voie Flaminienne (de Rome à Rimini), directeur des postes, et finalement, comme il paraît, derechef conseiller impérial, avec un traitement de 200,000 sesterces^.

Or, de même que des hommes de Tordre équestre s'élevaient aux plus hautes positions de leur propre ordre ou au rang sénatorial, notamment par leur activité dans le barreau ou leur mérite militaire, on voyait aussi parfois, à Rome comme dans les municipes, des hommes du troisième ordre arriver à la dignité équestre, et les pères,

* Voir aussi la Vie de Sévère^ cli.

2 Vita Opilii Macrini^ c. ii, iv, vu.

•> Orelli, 2648.

fiO SUPPLÉMENT

dans ces régions sociales, n'étaient pas moins fiers d'une pareille élévation de leurs fils que les chevaliers qui pouvaient se vanter d'être pères de sénateurs*.

' Voyez, par exemple, dans Mommsen (/. R. N. 5369), l'inscription suivante, qui paraît être du temps d'Auguste : Très ex eo superstites reliquit liberos.... alterum castrensibus ejusdem Caesaris Augusti summis fanctum atque acceptis equestris ordinis honoribus, etiam superiori destinatum ordini.

Page 232, ligne 7, après le point :

Indigence, — Les distributions publiques de blé procuraient, il est vrai, le strict nécessaire à la grande majorité de la population mâle ajîpartenant au prolétariat libre, mais elles ne s'étendaient pas à tout le monde ; aussi y avait-il bien assezd'indigence,deprofondsdénùmentsetde détresse dans cette grande ville de Rome, oiitoutétait d'une excessive cherté. Pour les pauvres il n'y avait pas, dans l'opinion de Martial, de mérite à mépriser la vie stoïquement. Leur foyer n'était froid que trop souvent; une cruche à l'anse cassée, une natte, une punaise \ une botte de paille et un bois de lit vide, formaient tout leur mobilier ; une toge trop courte était tout ce qu'ils avaient pour se garantir du froid, le jour et la nuit ; du pain noir, avec du vin tirant au vinaigre, toute leur nourriture^ Au l^'" juillet, terme capital des déménagements, on voyait mainte pauvre fa-

' Sic. — Ici le pluriel, comme il s'agit^d'uu pays méridional, paraîtrait moins singulier.

' Martial, XI, 56, vers 4 :

Et tristis nuUo qui tepet igné focus, Et tegeset cimex

Catulle (23,1) dit semblablement :

Furi cui neque servus est neque arca Nec cimeœ^ neque araneus, neque ignis.

mille, expulsée de son logement par, le gérant de la maison, après saisie de tout son mobilier de quelque valeur, pour le règlement d'un loyer impayé depuis deux ans, s'en aller rôdant par les rues avec le reste, au dire dupoëte, qui raconte ce qu'il appelle l'abomination du 1" juillet en ces termes : « Un homme pâle, exténué par le froid et la faim, un Irus ^ de son temps, et trois mégères, traînaient un bois de litréduità trois pieds, une table n'en ayant plus que deux et d'autres vieilleries du même genre, telles qu'une lampe et une lanterne en corne, de la vaisselle cassée, un brasier tout couvert de vert de gris, un pot infecté d'une odeur fétide de poisson de mer gâté, une vieille couronne toute noire d'herbe aux puces {pulejum)^ comme on en suspendait dans les chambres à coucher, attribuant à cette herbe toute sorte de vertus médicinales % un morceau de fromage de Toulouse, des ficelles jadis garnies de poireaux et d'oignons, un pot à moitié rempli de quelque dépilatoire à bon marché. » Le poëte se demande pourquoi ces gens cherchent un logement, puisqu'ils trouveraient bien à se loger gratis surleponf.

Mendiants, — Les ponts et les revers des collines étaient effectivement dès lors, à Rome, ce qu'ils y sont encore aujourd'hui, les stations favorites des mendiants *, qui cher-

* Mendiant d'Ithaque (dans l'Odyssée), abattu d'un coup de poing par Ulysse, qu'il avait insulté, ne le reconnaissant pas.

' Pline, Hist. nat., XX, 152.

5 Martial, XII, 32, v. 5, où il faut li re :

Et cum lucerna corneague laterna,

au lieu àecorneoque cratère. — Voir aussi, pour les lanternes dont on se servait, deux passages du livre XIV, 61 (laterna cornea) et 62 (laterna de vesica), à laquelle le poëte fait dire :

Cornea si non sum, numqnid sum fuscior ?

* Sénèque, De vita beaia, c. xxv.

chaient là, comme 5ur les places publiques et dans tous les lieux de grand passage en général, à exciter la pitié par l'exhibition de leur misère, de leurs haillons et de leur nudité, de leurs infirmités et de leurs plaies, en y répétant sans cesse leurs demandes d'aumônes , formulées, d'une voix enrouée, sur le ton d'un chant nasillard. Leur refuge, dans les nuits froides et pluvieuses de décembre , c'était peut-être quelque voûte de magasin non fermé, le seul compagnon de leur misère un chien, leur délivrance la mort dans un coin solitaire \ Le chien était parti cuhèrement aussi, dès lors, le guide obligé de ] 'aveugle, comme on le voit par d'anciennes peintures murales.

Aisance et opulence. — Mais, vis-à-vis d'une pareille misère s'offrait aussi, parmi les gens de basse condition, l'heureux contraste de l'aisance et de l'opulence même, en partie par suite de ces coups soudains de la fortune qui plaçaient quelquefois notamment des esclaves dans de très-brillantes situations. Gtésippe, esclave bossu et même autrement fort laid^ qui avait appris le métier de

* Sénèque, De clementia , II, 7, ainsi que Martial (X, 5 et XIV, 81), dont il suffit de citer les vers suivants :

1° Erret per urbem pontis exul et clivi, Interque raucos ultimus rogatores Oret caninas panis improbi buccas.

îlli December longus et madens bruma Clususque fornix triste frigus extendat.

At cum supremœ fila venerint horaî Diesque tardus, sentiat canum litem Abigatque moto noxias aves panno.

2» Fera. Ne mendica ferat barbati prandia midi

Dormiat et tristi cum cane, pera rogat.

foulon, fut, ainsi que le raconte Pline l'Ancien \ acheté à une vente à l'enchère par une certaine Géganie, qui le reçut, comme appoint, dans l'adjudication d'un candélabre corinthien; cet homme devint l'amant de sa maîtresse, qui l'institua son héritier. Entré ainsi en possession d'une très-grande fortune, il voua le culte de son adoration non pas aux dieux, mais à ce candélabre béni, auquel il devait son élévation et son opulence. Juvénal eut la mortification d'avoir à constater, de son vivant, que le barbier sous le rasoir duquel sa barbe avait gémi, autrefois, était arrivé à posséder nombre de maisons de campagne et à pouvoir rivaliser, pour la fortune, avec toute l'aristocratie^; Martial, celle de voir un cordonnier affranchi, qui autrefois déchirait de vieilles peaux avec ses dents, faire bombance sur le domaine champêtre de son ancien patron, à Préneste\ Quoique, probablement, de pareils coups de fortune fussent rares en tout temps, rien n'était plus commun que l'exemple de gens trafiquant de la vente des plus viles marchandises, ou de crieurs aux enchères, y gagnant plus que des avocats*.

Manières de gagner de l'argent, — L'occasion de gagner de l'argent s'offrait de toutes parts, à Rome, même au plus pauvre, quand il ne reculait pas devant le travail. Cette place n'avait guère de commerce d'exportation, il est vrai, et qu'un petit nombre de fabriques, consistant surtout en verreries et papeteries '; cependant, il paraît qu'une partie

'Hist. wa^., XXXIV, 11.

2 Juvénal,!, 24; X, 224.

» Martial, IX, 73.

* Citation de Quintilien, identique avec la note 1 de la page 233 du tome premier.

^ Marquardt, Manuel^ V, 2, 337 et 391.

des objets nécessaires pour l'équipement de l'armée s'y confectionnait, puisqu'il y avait une coi poration de fabricants de machines de balistique \ Parcontre, le commerce d'importation y atteignait des proportions colossales, et Rome était peut-être le plus grand marché financier de l'ancien monde. Le transport des marchandises, notamment sur le Tibre, que Pline TAncien appelle « le négociant le plus coulant en produits du monde entier * », le déchargement sur le port, le dépôt et le magasinage, l'administration et la surveillance des magasins, le courtage multiple entre le grand et le petit commerce, tout cela occupait des milliers d'hommes, mariniers et plongeurs, mesureurs, commis aux écritures, magasiniers, courtiers de marchandises, commissionnaires, portefaix ^ ; le marché de l'argent de même, à côté des grands banquiers, un nombre certainement très-considérable de prêteurs de petites sommes, d'agents de change et de changeurs *.

Ces affaires étaient, il est vrai, en grande partie entre les mains d'esclaves et d'affranchis, qui ne les faisaient pas pour leur propre compte, mais au profit de leurs maîtres, ou qui étaient du moins obligés de leur céder une part de bénéfice.

Petit commerce et métiers, — Il en était de même pour le

' Orelli, 4066 (coUegium balistariorum). Le collège centonariorum, que mentionne une autre inscription dn même recueil (4068), était peut-être aussi composé d'ouvriers militaires.

2 Hist. nat., III, 54.

3 Marquardt, Manuel^ V, 2, 21 etc. — Voyez, pour le porteur de paniers (cis^i/èr), Martial, V, 17, 4; pour les crocheteurs (geruli), soumis à une patente par Caligula, Suétone, Caligula, ch. xl.

* Golumelle, prœf. s, nomme parmi les professions qui ne valent pas l'industrie agricole, le prêt à usure (Jœneratio) . — Pour les prêteurs sur gages, voyez Martial, II, 67, 7, et Marquardt, III, 1, 55; pour les changeurs (nwmmw/ar») aussi Pétrone, ch. lvi.

petit commerce et pour les métiers, auxquels préjudiciait, en outre, la circonstance que les riches pouvaient suppléer à une partie de leur consommation avec le travail de leurs esclaves. Mais il fallait toujours encore une large coopération des artisans et des industriels libres, travaillant pour leur propre compte, pour fournir, jour par jour, le nécessaire à une immense population, comme pour satisfaire aux exi. gences croissantes du luxe des riches et des grands, qui, nulle part, n'était aussi développé et ne portait sur une aussi grande diversité d'objets. Cependant, il paraît que même ces artisans et ces gens d'affaires, établis pour leur propre compte, étaient loin d'être tous de naissance libre, mais que les affranchis prédominaient dans cette classe; d'abord, parce que les esclaves, dont l'émancipation par masses ne discontinuait pas, devaient, tout naturellement, s'appliquer à gagner leur vie en persistant dans le genre de travaux et d'affaires pour lesquels ils avaient été formés, dans la servitude, et qu'ils avaient pratiqués jusque-là pour leurs maîtres; puis aussi, parce que la majeure partie des pauvres, même parmi les gens de naissance libre, croyaient ces occupations au-dessous d'eux.

On peut essayer de se faire une idée du développement et de l'importance des métiers et de l'activité industrielle, à Rome, d'après le peu de données que l'on a sur ce sujet, quelque incohérentes et maigres qu'elles soient. Suivant les descriptions de cette capitale du commencement du quatrième siècle, elle possédait alors 2o4 boulangeries; il y en avait de 15 à 20 par région ou quartier, et dans un de ces quartiers, même 24 ; on y comptait aussi 2,300 débits d'huile ^ Des milliers d'hommes étaient oc-

* Preller, Les réglons de la ville de Rome^ p. 30 etc. (en allem.). Supplément, e

cupés, en outre, dans le commerce et le débit des autres denrées de subsistance, pour les plus importantes desquelles il existait des marchés spéciaux : ainsi pour le bétail, les bœufs et les porcs, les grains, le vin, les légumes, le poisson et les comestibles fîns^ Les métiers travaillant pour l'habillement, Taménagement des maisons et les autres besoins de l'installation domestique, avaient à satisfaire, dans les mêmes proportions, aux demandes qui leur étaient adressées.

La grande divismi du travail témoigne d'un grand développement de l industrie, — Les grands progrès qu'avait faits la division du travail, par suite d'un développement très-avancé de l'industrie manufacturière, n'étaient également possibles qu'avec l'application d'une partie très-considérable de la population à l'industrie et aux métiers. Aussi, plusieurs de ces métiers et branches d'affaires, qui se bornaient à la fabrication et à la vente de produits déterminés, formaient-ils à Rome des corporations. De l'ancienne corporation des cordonniers, l'une de celles que l'on prétendait avoir été fondées par Numa, se détacha une corporation de bottiers, dont Alexandre Sévère ne fut probablement que le réorganisateur ^ Il y avait de plus, à côté d'eux, des fabricants de sandales, dont les boutiques avaient attaché leur nom à une rue, des fabricants, également unis, de pantoufles et de souliers de femmes ^ ainsi que des ouvriers distincts pour plusieurs autres spécialités de chaussures. A côté de la grande cor-

' Marquardt, V, 2, 20, etc.

2 Yïta Alex. Severi, c. xxxiii.

^ Dans le collège fabruni, solearium, haxearium (Marquardt, Prit). II, 194, 197) ceniuriarum trium, les/abri étaient peut-être les fabricants de sabots et de formes.

poration des boulangers, qui reçut de Trajan une organisation nouvelle, il y avait plusieurs espèces de spécalités de pâtissiers, fournissant chacune un genre de pâtisseries distinct. Le métier de la chaudronnerie comprenait les fondeurs de poterie en enivre, les fabricants de candélabres, de lanternes, de poids, de casques et de boucliers ; celui des ouvriers en fer, les serruriers, les couteliers^ les fabricants de haches et de pioches, ainsi que de faucilles, et les fourbisseurs; La fabrication des ouvrages d'art en métaux précieux occupait des modeleurs, des fondeurs, des brunisseurs, des doreurs, des sculpteurs, des ciseleurs et des artistes en bosselage ; la bijouterie, des ouvriers en perles et des lapidaires, taillant et polissant les pierres fines \ A côté des grandes corporations d'orfèvres et de fabricants d'argenterie, il y avait les corporations spéciales des fabricants de bagues ^ ainsi que des batteurs d'or et doreurs ^ En général, la division du travail n'était nulle part, sans doute, aussi développée que dans les industries d'art^ oii les énormes besoins du luxe d'art de cette époque, luxe unique dans son genre, entraînaient une production de quantités également inouïes et, par suite, un mode d'exploitation tenant du régime de fabrique. La peinture murale, appliquée à la décoration des appartements et des vestibules, telle qu'on la connaît par les ruines de Pompéji et qu'elle était également usitée à Rome et ailleurs, doit faire penser, avec Gœthe, qu'il existait

* Marquardl, ibicL, Vj 2, 197, 29, 304, 306, 286, 297.

^ Cod. Tnscr. Lut., 1107 : conlegium anularium.

' Dans l'inscription rapportée par Orelli (4067), il y a bien, d'après Henzen (III, 450), sur la pierre même « coUegi grattiariorum et inauratorum w ; mais ces dénominations ne peuvent s'appliquer qu'aux brattiarii, dont parle Marquardt, p. 278.

des corporations de décorateiirs-oimemanistes, dans lesquelles des peintres d'arabesques, de fleurs, d'animaux et de figures coopéraient avec des paysagistes et des badigeonneurs, sous une seule et même direction. Les ateliers de sculpture étaient particulièrement nombreux, à Rome, dans la neuvième région, entre le portique d'Europe^ le cirque Agonalis et la via Recta*, mais il y en avait, probablement, aussi beaucoup dans le voisinage de la partie du port où l'on débarquait les marbres ^ On y rajustait et raccommodait naturellement aussi des statues ', auxquelles on remettait de nouvelles têtes, des bras ou d'autres pièces * ; il y avait des spécialités distinctes pour les monuments funèbres ^ des sculpteurs ne faisant que des génies ^ et des ouvriers dont le travail se bornait à mettre aux statues des yeux en matières de couleur"^. Cette organisation industrielle était précisément, avec l'emploi multiple d'esclaves à la production qui en faisait l'objet, ce qui contribuait le plus au bon marché des ouvrages de sculpture et permettait de fournir des statues-portraits or-

* Bull, des Inscr., 1859, p. 68, etc.

^ Becker, Manuel de l'A. jR., I, 465.

3 Appien, B. C, III, 3.

* Digeste, XXXIV, 2, 14 (15), Pomponius, 1. V, ad Sabin. : Si statuani legavero et postea ex alia statua brachium ei adjecero, omnimodo statua a legatario vindicaii potest,

^ Digeste, XVII, 2, 52, 7 : Inter Flavium Victorem et Bellicum Asianum placuerat, ut locis (il s'agit de carrières) emtis pecunia Victoris monumenta fièrent opéra et peritia Asiani, quibus dislractis pecuniam Victor cum certa quantitate reciperet, supertluum Asianus acciperet,qui operam in societalem contulit. — C'est comme dans Pétrone (ch. lxv), Habinnas, lapidariusqui videtur monumenta optime facere, et chez lequel Trimalcion commande le sien (ch. lxxv).

^ Geniarù 4)ost aîdem Castoris. — Voyez Gruter, 25;Orelli, 4195. — Raoul-Rochette, Lettre à M. Schorn, p. 385.

' Orelli, 4224.

dinaires à des prix fort modiques, descendant jusqu'à 3,000 sesterces ^ L'extension du mouvement commercial avait , semblablement, amené chaque marchand à borner son activité commerciale à certains articles^ : ainsi, parmi les marchands de légumes, ceux de lupin formaient une corporation distincte, et le commerce des drogues, des médicaments, des couleurs, des onguents, des essences et des cosmétiques, paraît avoir compté nombre de spécialités. Il y avait entre autres, à Rome, aussi un collège des parfumeurs ^ Dans le commerce d'habits, il y avait des spécialités pour les différentes espèces de manteaux et de pardessus, pour les vêtements d'été légers, etc. \

Boutiques et Magasins. — Ce trafic aussi multiple qu'étendu remplissait surtout les places et les rues les plus animées, et, vers la fin du premier siècle de notre ère, les magasins, boutiques et ateliers, établis en saillie devant les façades des maisons, avaient tellement envahi la voie publique qu'il devint nécessaire de restreindre le développement de ces échoppes, afin de remédier aux embarras qui en résultaient pour la circulation ^ Une partie des rues étaient dénommées d'après le trafic ou l'industrie de leurs habitants, comme celles des marchands de grains, des ceinturiers, des fabricants de sandales, des marchands de bois, des vitriers, des marchands d'essences, des fabricants de

' Voiries programmes Acad. Alb. iîe^m. (de Kœnigsberg), 1865, IV et V, de pretiisstatuarum.

* Vie d'Alex. Sévère, ch. xxxiii.

^ Collegium aromatariorum (Orelli, 4064).

* Paenularii, sagarii, vestiarii tenuarii. — Digeste, XVII, 2, 52, § 4 : Sagaria negotiatio. — Juvénal, VI, 591 :

An saga vendenti nubat caupone reliclo."

^ Voir notre tome I, p. 14 et 15.

faucilles. Le quartier des poudres [vicus pulverariiis) devait probablement son nom à des débits de pouzzolane ^ La voie Sacrée surtout, l'une des grandes artères commerciales de Rome, était remplie de magasins d'objets de luxe; cependant on y trouvait aussi d'autres établissements de commerce et d'industrie.

Des inscriptions font connaître, indépendamment d'orfèvres, de bijoutiers, de marchands de perles et de pierres précieuses, de fondeurs en métaux et de ciseleurs, un marchand de couleurs, un fabricant de flûtes et un professeur de calligraphie de la voie Sacrée ^ On y achetait, entre autres objets, des dés en ivoire, des lacets de Gaëte (raisravoi ppoyoi), des boules en cristal, des éventails de plumes de paon, et d'autres cadeaux pour les femmes, des fruits pour le dessert des festins, et des couronnes pour les buveurs admis aux orgies bachiques par lesquelles ils se terminaient \ Il paraît qu'il y existait aussi des maisons de prostitution*. Mais les plus brillants magasins de Rome étaient, à la fin du premier siècle, ceux des galeries marchandes qui entouraient la place des Septa au Champ de Mars. Là on trouvait de beaux esclaves, de grands dessus de table en bois de citre, des ouvrages en ivoire, des sophas de table incrustés d'écaillé, de vieilles statues de bronze, des vases de cristal et de murrha, des coupes d'argent de forme antique,

* Marquardt, Manuel, V, 2, 21. — Stace, Silves^ IV, 3, 52 :

opusque texunt

Cocto pulvere, sordidoque tofo.

2 Preller, Régions, p. 129.

^Becker, Manuel, 1, 236. — Galien,^/e^A. vied., XIII, 22; éd. K, X, p. 942.

'* Martial, II, 63, 2 ;

E sacra Leda redempta via.

AU TOME PREMIER. /l

artistement travaillées, des colliers d'émeraudes, montés en or, de grands pendants d'oreilles en perles, ainsi que des articles à bon marché ^ Il y avait, en outre, des magasins d'objets de luxe dans le quartier toscan [vicus tiiscusy et, probablement, aussi au grand cirque ( circus maximiis) \

Il s'est conservé quelques tables en relief, ayant servi d'enseignes de magasins. Sur l'enseigne d'un marchand de jambons brille une rangée de cinq jambons. Deux reliefs montrent deux compartiments d'un magasin d'effets d'habillement, l'un pour la vente des vêtements d'hommes, Tautre pour celle des vêtements de femmes ; dans l'un on voit un acheteur, dans l'autre une cliente, accompagnés d'autres personnes, examinant les marchandises que leur montrent le patron du magasin et ses commis. De même que ces reliefs, l'image d'un débit de gibier et de volaille pour les gourmets était, probablement, aussi destinée à servir d'enseigne de magasin; on y voit un lièvre, deux sangliers, plusieurs grands oiseaux pendant au mur, et une jeune fille qui marchande avec la dame du magasin; or, on reconnaît clairement dans le costume, ainsi que dans la conception et l'exécution de ces deux figures, l'influence ennoblissante de modèles grecs, influence dont témoignent aussi d'autres images du même genre, d'un intérêt plus secondaire, notamment des monuments funèbres d'artisans, avec des scènes de leur vie. Elles montrent que nonseulement le besoin d'embellir la vie dans le présent, mais aussi celui d'en laisser des souvenirs à la postérité, étaient

* Martial, IX, 59.

' Becker, Manuel, I, 489.

• Tacite, Annales, XV, 38.

beaucoup plus généralement répandus, jusque dans les derniers temps de Fantiquité, même dans les couches inférieures de la société, que cela n'est le cas aujourd'hui ^ Dédain des petites industries et du petit commerce. — C'est aux monuments de l'espèce et aux inscriptions que l'on est presque exclusivement redevable de ces aperçus furtifs, sur les conditions d'existence des artisans et des boutiquiers de cette époque, dont beaucoup réunissaient naturellement ces deux qualités professionnelles. Les comédies, qui choisissaient de préférence leurs sujets dans ces régions bourgeoises, les pièces mimiques et les Atellanes (voir t. II, p. 193, etc.) sont, malheureusement, perdues, et les scènes inimitables de la vie des petits bourgeois, dans Pétrone, sont trop empreintes d'une couleur locale et du cachet provincial de la basse Italie. Ce qui nous a été conservé de 'la littérature latine date, presque généralement, d'une période de culture dans laquelle on regardait, le plus souvent, avec dédain et, toujours, sans le moindre intérêtles petites gens, travaillant tous les jours, pour gagner le pain quotidien, sur leur escabeau d'atelier, où rien de noble n'était censé pouvoir se nicher% ou vendant avec 50 pour 100 de profit n'importe quelles marchandises, achetées à bas prix, que ce fussent des cuirs puants ou des essences de parfumerie, puisque pour eux l'argent gagné sentait toujours bon"'. Telle était l'aversion pour les petits métiers

' Jahn, îielïefs antiques, relatifs aux professions industrielles et marchandes (en alleni.), p. 353, 364 et 371, ainsi que pi. XI et XIII du Recueil des Mémoires de la Société saxonne pour ISfii.

^ Cicéron, Ca/i/mflire IV, 7, i7: illum ipsum sellée atquc operis et quaestus cotlidiani locum; de Officiis, I, 42, 150. 3 Ou, comme dit Juvénal, XIV, 200 :

pares quod vendere possis

Pluris dimidio, nec tefastidia mercis

AU TOMK PREMIER.

et le petit, commerce. Mais^ s'agissait-il de personnes des classes supérieures, on ne trouvait rien à redire aux affaires même les plus sordides, parce qu'elles s'y servaient de l'entremise d'esclaves et d'affranchis, et savaient ainsi se préserver^, en apparence du moins, de la souillure des profits malhonnêtes tels que, par exemple, celui des loyers de maisons où elles trouvaient leur compte à laisser s'installer la prostitution ^ Aux gens du petit commerce, au contraire, on ne manquait pas de reprocher le soin le plus innocent et le plus légitime de leur intérêt. Ainsi Pline l'Ancien^ dit que les marchands d'habits faisaient la plus grande attention au coucher de la pléiade^ le 11 novembre, parce que, selon qu'il avait lieii par un ciel nuageux ou serein, il présageait un hiver pluvieux ou rude ; or, dans le premier cas, ils élevaient les prix des manteaux, dans le second, ceux d'autres pièces de vêtements, et voilà ce que le grave naturaliste trouve très-mal de la part de ces braves gens.

Esprit conservateur des gens de boutique et de métiers. — Les artisans et les boutiquiers comptaient parmi les éléments les plus conservateurs de la population. Tout ébranlement de l'ordre établi, toute rébellion et, à bien plus forte raison encore, la guerre civile, menaçaient immédiatement leur existence. La grande majorité des gens d'échoppe ou de taverne [qui in tabernis sunt)^ dit Gicé-

Ulliussubeant ablegandae Tiberim ultra, Neu credas ponendum aliquid discriminis inter Unguentaet coriuin. Lucri bonus est odor ex re Qualibet

* Digeste^ V, 3, 27, § 1 : Nain et iu multorum houestorum virorum preediis lupanariaexercentur.

- mat. nat., XVIII, 225.

ron^ (et cela ne resta pas moins vrai pour les temps postérieurs), ou plutôt cette classe tout entière est paisible au plus haut degré. Toute leur industrie, tout leur travail et leur gain, dépendent de l'activité du trafic, et sont entretenus par la tranquillité; toute fermeture des tavernes réduit les profits, et que serait-ce si elles devenaient la proie des flammes ? On peut s'en faire une idée par la description qu'a laissée Hérodien du combat qui eut lieu, dans les rues de Rome, en l'an 238, et de l'incendie occasionné par ce tumulte'. On voyait généralement, à ce qu'il paraît, dans lés tavernes, boutiques, ateliers et comptoirs de change^ des bustes ou des portraits des empereurs régnants, grossièrement fnoulés ou mal peints en majeure partie, il est vrai, et souvent trèspeu ressemblants ^ Le jour anniversaire de la naissance du souverain et toutes les fois qu'il y avait une fête, en l'honneur des empereurs et de la maison impériale, ou toute autre grande solennité, les tavernes étaient parées de branches de laurier et illuminées, au moyen de lampes \ De même que les corporations de métiers du moyen âge révéraient leurs saints, les collèges professionnels d'artisans et d'artistes romains avaient leurs dieux tutélaires, et fêtaient les jours qui leur étaient consacrés. La fête la plus généralement célébrée par eux était le 19 mars, jour

' CatU'maire, IV, 7, 17.

" Hérodien, VII, 12, 5. — Voyez aussi Maxime Pupien et Balbin, ch. IX.

^ Fronton, Epist. ad M. Cœsarem et invicem, IV, 12 ; éd. Naber, p. 74 : Scis ut in omnibus argentariis mensulis, perguleis, taberneis, protecteis, vestibulis, fenestris, usquequaque, ubiqiie imagines vestrœ sint volgo propositae, maie illœ quidem pictœ plerœque et crassa, lutea immo, Minerva fictse scalptaeve; cum intérim numquamtua imago tam dissimilis ad oeulos meos in itinere accidit, ut non ex ore meo excussC' rit rictum osculei (lisez « oscitandi «) et sortinum.

■ Tertullien, Apologet., c. xxxv; de Idololatria, c. xv.

de la fondation du temple de Minerve, déesse tutélaire de tous les artisans et artistes, sur le mont Aventin; plus tard, on étendit à cinq jours la durée de cette fête^ en la prolongeant jusqu'au 23 mars.

Ovide nomme, comme y prenant part, non-seulement les fileuses, les tisserands, les foulons, les teinturiers, les cordonniers, mais aussi les sculpteurs, les peintres, les médecins et les maîtres d'école, qui donnaient alors des vacances à leurs élèves. La fête de Vesta était célébrée le 9 juin, par les meuniers et les boulangers ; on y parait les ânes de guirlandes de fleurs et d'enfilades de pains, les moulins de guirlandes. La corporation des musiciens, mais particulièrement celle des joueurs de flûte, qui jouaient dans les sacrifices publics et les autres cérémonies du culte, tenait son banquet solennel dans le temple de Jupiter, au Gapitole, et parcourait alors la ville sous le masque, le plus souvent en habits de femmes, ivre, et en chantant des couplets joyeux, d'après d'anciennes mélodies \ En général, il est probable que les parades, à l'occasion des fêtes d'artisans, n'étaient pas rares; une image, trouvée à Pompéji, oii des figures d'hommes travaillant avec la scie, et d'autres qui paraissent également se rapporter au métier de la menuiserie, sont portées par des jeunes gens sur des brancards^ semble du moins représenter une procession d'ouvriers, appartenant à ce métier \ Mais une fête générale, pour les petites gens, c'était le 15 mars, le jour d'Anna Perenna, probablement une déesse de l'année. Ils campaient alors sur l'herbe des bords du Tibre, avec leurs femmes, les uns

' Marquardt, Manuel, IV, 152, 290, 447 etc., ^i52, ' Jahn, p. 313, pi. IV.

en plein air, les autres sous des cabanons de feuillage, ou des tentes improvisées, faites de joncs, par -dessus lesquels ils étendaient leurs toges. Là ils mangeaient et buvaient, priaient la déesse de leur accorder autant d'années de vie qu'ils retiraient de cuillerées de leurs gamelles, chantaient les mélodies de théâtre qu'ils avaient retenues, et exécutaient des danses grossières; jusqu'à ce qu'on les voyait, à la fin, retourner chez eux d'un pas chancelant, en se soutenant entre eux, à la grande joie des passants ^

Les corporations se chargeaient, en partie, de pourvoir collectivement aux funérailles de leurs membres; cependant la majorité des indigents, n'ayant pas les moyens de suffire aux frais d'une sépulture distincte, se faisaient probablement recevoir dans les sociétés formées pour l'établissement de caisses de sépulture, qui admettaient dans leur sein non-seulement des hommes libres et des affranchis, mais aussi des esclaves, et assuraient à leurs membres, moyennant l'acquittement d'une contribution mensuelle, une sépulture convenable, ordinairement dans ces grands caveaux, contenant plusieurs rangs de niches superposées, que l'on appelait columharia^ à cause de leur ressemblance avec des colombiers. Ces sociétés aussi avaient leurs fêtes marquées; elles célébraient notamment celle de leur dieu tutélaire, c'est-à-dire le jour de la consécration de son image dans le temple respectif, par un banquet solenneP. Parmi les statuts, parvenus jusqu'à nous, d'associations de ce genre, celui « des adorateurs de Diane et d'Antinous^» àLanuvium {Città Lavigna)^ de

» Mommsen, C. T. L. p. 388 b. — Ovide, Fastes, III, 523, etc. 2 Marquardt, Manuel, IV, 148, 15G; V, 1, 37J.

l'an 133 de notre ère, n'offre pas seulement, en particulier, des données intéressantes sur l'organisation de ces caisses de sépulture, formées par des associations, mais peut donner également une idée de ce qu'étaient les fêtes de celles-ci \ Il débute par un avis conçu en ces termes : « Vous, qui demandez à être admis dans cette société, commencez par en bien lire les statuts, et prenez toutes vos précautions, afin de n'avoir, plus tard, aucun sujet de plainte, et de ne laisser aucun procès à votre héritier. » Les membres nouvellement admis payaient une entrée de 100 sesterces et une amphore de bon vin; la cotisation annuelle, de 15 sesterces était perçue en termes mensuels de 5 as. La caisse, de son côté, payait 300 sesterces pour la sépulture de chaque membre décédé, qui avait régulièrement acquitté la contribution; les suicidés seuls étaient exclus du bénéfice de cette disposition. De la somme indiquée ci-dessus, on retenait 50 sesterces pour les personnes de la suite du convoi, entre lesquelles on les partageait, auprès du bûcher. Les plaintes et griefs devaient être portés devant les assemblées des sociétaires^ «pour que, » suivant l'expression du document, «rien ne trouble la joie dans nos festins, les jours de fête. » Il paraît que ces festins étaient arrangés par un comité dont les membres, au nombre de quatre, renouvelés chaque année, avaient à fournir les tapis ou coussins pour les sophas de table, la vaisselle et l'eau chaude, plus quatre amphores de bon vin (de près de vingt-six litres chacune), et, pour chaque convive, un pain de deux as, avec quatre sardines ^ Les frais du menu proprement dit étaient,

' Mominsen, De collegiis et sodaliciis, p. 89, etc. — Henzen, 6086. ^ D'après l'interprétation, propre à l'auteur, du passage suivant (Col. Il, 15): Magistri cenarum ex ordine albi factijquo ordine homines

probablement, payés sur les intérêts d'un capital, dont quelque bienfaiteur de l'association' l'avait dotée, à cet effet; quant au vin, il devait manquer d'autant moins qu'indépendamment de la bienvenue, exigée des membres nouvellement admis, les esclaves appartenant à la société étaient également tenus d'en donner une amphore, quand on les affranchissait. Il y avait six festins ordinaires dans le cours de l'année; aux deux principaux, ceux des jours de fête de Diane et d'Antinous, le président, que l'on élisait chaque fois pour cinq ans, et qui recevait une double part dans toutes les distributions, était tenu lui-même de distribuer, aux thermes, à tous les membres, l'huile nécessaire pour le bain qu'on prenait avant le repas. Le même avait l'obligation d'office de procéder, tous les jours de fête, à un sacrifice, avec offrande de vin et d'encens. Il devait être vêtu de blanc dans l'exercice de ses autres fonctions officielles. Quand il avait bien rempli les devoirs de son office, on continuait à lui allouer, dans toutes les distributions, une moitié en sus de la part ordinaire des autres membres. Quiconque, à une fête, changeait de place^ à la suite d'une dispute, payait 4 sesterces d'amende; qui insultait autrui ou faisait du tapage, 12 sesterces; qui invectivait ou offensait le président, pendant le festin, 20 sesterces.

Autres traits caractéristiques de la petite bourgeoisie et des gens du commun, — On trouve, ailleurs encore, des indices qui permettent de juger du développement de

quaterni ponere debebunt : vini boni amphoras singulas, et panes A II (qui numerus collegi fuerit) et sardas quatuor, stralionem, caldam cum ministerio. — Cette interprétation diffère, toutefois, de celle de Mommsen. — Voir aussi, sur les repas des pauvres, Juvénal, III ^ 292. etc.

l'éducation de l'esprit et de la sociabilité, dans les diverses sphères 'des petites gens. Il va sans dire que le niveau en était généralement assez faible, sous tous les deux rapports, et que notamment le manque d'instruction se trahit fréquemment, par des fautes de grammaire et d'orthographe, ainsi que par la rédaction embarrassée des inscriptions. Cependant, on aimait à citer, même dans ces régions, des vers de Virgile, peut-être encore plus populaire, à cette époque, que Schiller ne l'est devenu^ de nos jours, en Allemagne ; on les avait souvent à la bouche, et l'on en faisçiit, quelquefois, des applications très-heureuses. Ainsi l'enseigne, déjà mentionnée plus haut, d'une marchande de gibier, porte, comme inscription, ces vers de VÉnéide (I, 607) :

dummontibus umbrœ

Lustrabunt convexa, polus dum sidera pascet, Semper honos nomenque tuum laudesque manebnnt.

De même Trimalcion , dans Pétrone (c. XXXIX), emprunte au même poëte cette autre fin de vers de VÉ?iéide (II, 44) :

sic notus Ulixes.

On s'essayait, pareillement, à composer soi-même des vers de circonstance. Une épitaphe pleure, en hexamètres d'une rare élégance, la perte d'un jeune esclave, mort ai' âge de treize ans et naguère le favori de son maître, un bijoutier selgn toute apparence : « Il excellait, » disent-ils, « à travailler les colliers de son habile main et à enchâsser dans l'or repoussé des pierres étincelantes de raille couleurs^ » Les manières des gens du commun n'étaient pas tou-

80 SUPPLÉJtfENT

jours polies, sans doute. Des revendeurs, qui débitaient la marée, on disait qu'ils se mouchaient avec le coude*, et leurs apprentis étaient renommés pour la grossièreté de leurs plaisanteries.

Urbanus tibi, Gaecili, videris.

Non es, crede mihi. Quid ergo? Verna....

dit à ce sujet Martial (I, 41^ vers 1 et 2), et plus bas (vers 8) il ajoute :

Quod viles pueri salariorum^.

Il faut croire aussi que les patrons n'usaient que trop souvent, jusqu'à l'excès, de leur droit de châtier les apprentis, une mention accidentelle nous apprenant qu'un cordonnier, irrité de la maladresse d'un des siens, de naissance libre, lui avait crevé un œil d'un coup de sa forme de bois^ Mais il s'est également conservé quelques épitaphes faisant, en termes bien sentis, l'éloge des qualités du défunt. A un affranchi, ouvrier bijoutier, « sans pareil dans l'art de travailler les vases Glodiens », son ancien maître délivre ce certificat, pour la vie d'outre-tombe : ce II n'a jamais dit de mal de personne, ni fait la moindre chose contre la volonté de son patron. Il y avait toujours une masse d'or et d'argent chez lui; jamais il ne se laissa gagner par la convoitise*. )) Un marchand de perles de la voie Sacrée, affranchi aussi, prie les passants, dans son épitaphe, de ne pas endommager une tombe oii reposent les ossements d'un

*■ Auci.'ad Herennium, IV. 54, 67.

- En admettant que les salarii (littéralement marchands de sel) ne soient ici autres que des salsomentarii, marchands de poisson d'eau salée.

3 Ulpien, Digeste,]Xj 2, 5, § 3.

» Gruter, 639, 12.

homme qui, dans sa \ie, « fut bon, compatissant, aimant et pauvre \ y) Cette inscription paraît être du temps d'Auguste. Elle contraste avec une autre% beaucoup moins modeste, d'un charpentier d'Arles, qui vante ainsi ses mérites dans la profession qu'il exerçait :

Ars cui summa fuit, studium, doctrinapudorque Quem magni artifices semper dixere magistrum.

Peut-être y avait-il, quelquefois, des artisans qui cherchaient à se faire un petit revenu accessoire, en élevant et dressant des oiseaux ; au moins en voyons-nous mentionner plusieurs, dans les anecdotes, peu nombreuses d'ailleurs, qui se rapportent aux gens de cette condition, comme possesseurs ou professeurs d'oiseaux savants. Un pauvre cordonnier avait dressé un corbeau à débiter son compliment à Auguste, qui n'en refusa pas moins de l'acheter ;, disant qu'il y avait, chez lui, déjà bien assez de complimenteurs ; mais Toiseau s'étant mis à répéter fort à propos ces paroles, qu'il avait souvent entendues de la bouche de son maître : « J'y ai perdu ma peine et mon argent, » fut ensuite payé très-cher ^ Un barbier, au Forum, avait une pie, qui imitait le jeu des instruments de musique, la voix humaine et les cris des animaux ; un jour, il arriva qu'un grand convoi funèbre s'étant arrêté, dans sa marche, devant la boutique de ce barbier, les trompettes du cortège exécutèrent un long morceau. La pie, l'ayant écouté, resta muette pendant quelque temps, et déjà l'on soupçonnait un concurrent envieux de l'avoir ensorcelée, quand elle se mit tout à coup à chanter d'un bout à l'autre

' Henzen, 7244.

2 Ibidem, 7231.

^ Macrobe, Saturn.Alt 4, où il est aussi parlé d'un artisan "qui dressait un corbeau.

Supplément. f

cet air de musique, qu'elle avait si longtemps étudié, dans son recueillement silencieux*. Sous Tibère, un jeune corbeau s'envola, d'un nid perché sur le temple de Castor, dans l'atelier, situé en face, d'un cordonnier, qui lui apprit à parler. Le corbeau prit l'habitude de voler, chaque matin, sur la tribune des orateurs, d'oîi il apostrophait Tibère, Germanicus et Drusus, en les appelant par leurs noms, et saluait le peuple qui passait, émerveillant ainsi, pendant des années, toute la ville de Rome. Un autre boutiquier du voisinage ayant tué cet oiseau, de colère, d'après son excuse, parce qu'il lui avait sali une paire de souliers neufs, le peuple en fut tellement exaspéré qu^il expulsa du quartier emeurtrier, qui plus tard fut occis lui-même. Quant àroiseau,onleporta, au son des flûtes, dans une bière sou tenue par deux nègres et sous l'escorte d'une grande foule, chargée decouronnes de fleurs, àun bûcher construit près de lavoie Appienne. Cette scène curieuse, rapportée par Pline TAncien^, d'après les Acta, le Moniteur officiel du temps sans doute, se passa le 28 mars de l'an 35 de notre ère.

Autres professions lucratives, — De même que les métiers et le petit commerce, beaucoup d'autres professions, en partie très-lucratives, étaient réputées plus ou moins inconvenantes. L'homme pauvre, mais né libre et imbu des principes d'une éducation libérale, telle qu'on la comprenait alors, parlait avec dédain des gens qui s'enrichissaient comme entrepreneurs de funérailles, fermiers de maisons de bains, entrepreneurs de travaux publics de tout genre, ainsi que du curage des égoutSj ou en vendant à l'encan tantôt des effets du plus grand prix, tantôt de

* Plutarque, Dt sollertla anmalhan, 19, 5. 2 Hist, nat., X, 151.

viles défroques et toute sorte de vieilleries, comme les crieurs aux enchères, gens qui tous, d'après JuvénaP,

,...., Nigrumin candida vertunt,

Quis facile est œdem conducere, flumina, portus, Siccandam eluviem, portandum ad busta cadaver Et prœbere caput domina vénale sub hasta.

(Page 233. ligne 14.)

1 III, 30. —Citons également cet autre passage de la satire VII, du même auteur (v. 4 etc.) :

cum jam célèbres notique poette

Balneolum Gabiis, Romee conducere fornos Temptarent, nec fœdum alii nec turpe putarent Pra^cones fieri

En général, il faut raccorder ici toute la substance des notes 1, 2 et 3 de la page 233 de notre tome premier.

Page 234, ligne 14, après le point :

Architectes. — L'architecture, que Cicérou* place, comme art utile, sur la même ligne que la médecine, était considérée, par les Romains, comme la pkis honorable des professions artistiques, dont elle était en même temps, chez eux, la plus lucrative; aussi, le nombre des architectes était-il, déjà sous Auguste, devenu si grand à Rome, qu'ils étaient obligés, d'après Vitruve% de s'offrir eux-mêmes, pour trouver de l'occupation, et que beaucoup de gâcheurs se faufilèrent parmi eux. Mais il est certain que, dans la suite, la demande d'architectes s'accrut beaucoup, soit en raison du prodigieux développement de la construction d'édifices publics, ainsi que de l'incessante activité déployée, dans les constructions privées, à la suite des incen-

' Deofficiis, I, 42) 151.

- VI, pra'fi, 5, etc.

dies, des écroulements et des ventes continuelle? de maisons, soit enfin par suite de la manie de bâtir des riches, poussée parfois jusqu'au délire. Cette manie se trouvaitelle arrêtée, à Rome, par les bornes mêmes du territoire de la ville, où l'espace était strictement limite, elle pouvait d'autant plus librement se donner carrière dans les domaines ruraux, oîi il ne manquait pas \

Musiciens et autres artistes. — Nous n'avons que peu de renseignements sur ce que gagnaient les sculpteurs et les peintres, généralement peu considérés, si Ton excepte quelques artistes célèbres, dont les œuvres étaient payées très-cher*. Le fait que les musiciens, au contrcdre, devaient jouir souvent de revenus très-considérables, résulte déjà des honoraires de 200,000 sesterces que le parcimonieux Vespasien fit remettre aux citharèdes Terpnus et Diodore, pour leur coopération à la réouverture solennelle du théâtre de Marcellus^ L'enseignement de la musique aussi était lucratif, et les honoraires que des chanteurs et citharèdes célèbres obtenaient, pourleurs leçons, d'élèves riches, excitaient l'envie et l'indignation des savants \ C'est probablement sous Néron et sous Domitien que les musiciens tirèrent le plus de profit de leur art. De l'époque de ce dernier règne date le propos, maintefois cité, de Martial,*que, s'il revenait jamais de Forum CorneHi (Imola) à Rome, ce ne serait assurément qu'avec l'état de citharède ^

* Juvénal, XIV, 86.

- Voir De pretiis statuarum epimetrum (Acadi Alb., 1866, V).

° Suétone, Vespasien, cli. xix.

. * Juvénal, VII, 175 :

T«mpta,

Chiysogonus quanti doceat, vel Pollio quanti Lautorum pueros : artem scindes Theodori.

^Martial, III, 4.

Il n'est pas facile de parvenir, dit JuvénalS même avec du talent, quand il faut lutter avec la gêne. » m, 156.

Page 236, ligne 22, après le point :

Le sens des nominations de professeurs attribuées à Antonin le Pieux ^, paraît se réduire à une simple imputation de leurs traitements sur les fonds des caisses municipales, ordonnée par lui.

* Voir la vie de cet empereur, ch. xi.

Page 239, ligne 4, après le point :

L'opinion du temps était qu'il y avait plus d'un danger pour les mœurs dans les écoles \ et il arrivait souvent que l'on jasât sur la moralité des professeurs mêmes ^

* Quintilien, I, 2, 4.

» Juvénal, X, 224 :

Quot discipalos *,iacUnet Hamillus, Voir aussi l'Hermè*, I, 147.

Page 240, ligne 15, en note :

Dans le tarif de Dioclétien (Voir Marquardt, Manuel, V. n. 499), il est vrai, le maximum des honoraires mensuels, pour un écolier, n'atteint pas même la moitié de cette somme, étant pour l'enseignement du grec et du latin, ainsi que pour celui des mathématiques, de 200 deniers (environ 7 francs 50 centimes), de 75 deniers seulenâent pour le calcul ordinaire, et de 50 deniers pour apprendre à lire et à écrire.

Môme page, ligne 22 :

En général les maîtres d'école, d'après Ovide % étaient une classe très-mal lotie, quant à la fortune : Turba fere censu fraudata, magistri.

^ Fastes, III, 829.

Ayant acheté (c'est-à-dire le grammairien Polémon) pour 600,000 sesterces, près de Nomentum, un \ignoble fort négligé, il parvint, avec le secours d'un homme entendu, à relever tellement ce fonds, qu'il réussit, après moins de huit ans, à en vendre la récolte sur pied 400,000 sesterces, et qu'il put, au bout de dix, vendre toute la propriété le quadruple du prix d'achat, au philosophe Sénèque \ Celui-ci, qui se disait expert en viticulture {dili' gens vinearum fossor)^, parle d'ailleurs de son bien de Nomentum et de ses vignobles dans ses lettres (104 et 110).

» Pline, Hist. nat., XIV, 48-52.

2 Quœst.Nov., 111, 7, 1.

Même page, hgiie 12, le commencement de la phrase suivante est à modifier comme il suit :

Les grammairiens ne paraîtraient guère avoir obtenu de places ayant le caractère d'offices publics qu'auprès des bibliothèques de Rome et d'Alexandrie

Même page, à la note 5, ajoutez :

Perse, 111, 44, 51. — Les écoliers ont été les mêmes de tout temps ; à cette époqu€ comme aujourd'hui, tels aimaient beaucoup mieux jouer aux osselets, ou à la toupie, que d'apprendre par cœur le discours de Caton mourant ; souvent aussi ils se frottaient les yeux avec de l'huile, pour ne pas être obligés d'aller en classe.

Page 244, après la ligne 6 :

Depuis le deuxième siècle, où il y eut des rhéteurs nommés publiquement, c'est-à-dire par les communes, hors de Rome aussi, dans des villes moyennes et, comme il paraît, même dans la plupart des petites villes, l'affluence

des jeunes gens qui venaient faire des études d'éloquence à Rome dut augmenter beaucoup , par la raison aussi que des candidats recommandés par les professeurs et orateurs célèbres de la capitale avaient, certainement, le plus de chance de se placer, en Italie et dans les provinces \

* Pline le Jeune, Lettres, IV, 13. — Fronton aussi {ad amicos^l, 11) écrit à Aufidius Victorin : Antonius Aquila vir doctus est et facundus.

Velim, domine, ut adjuves eum quo facilius in civitate aliqua is-

tius provincise (se. Galliœ) publiée instituendis adolescentibus adsciscatur.— Il parait que les rhéteurs grecs étaient très-bien payés dans celte province (la Gaule). Voyez Lucien, ^^^o^., 15.

Page 246, ligne 2 :

A Lucien, ajoutez Apulée.

Même page, après la ligne 17 :

Parmi les écrivains de ce temps appartenant à l'ordre équestre, L. Sénèque, Suétone, Pline l'Ancien, s'essayèrent au barreau comme avocats^; Pline le Jeune, qui y débuta publiquement dès sa dix-neuvième année, et Fronton, restèrent fidèles à la profession d'avocats, même après être devenus sénateurs.

» Sénèque, Lettres, 49, 2 : Modo apud Sotionera philosophum puer sedi, modo causas agere cœpi... c'est-à-dire, sans doute, antérieurement à son entrée au sénat. — Mommsen, Hermès, III, 43, 4 (pour Suétone). — Pline le Jeune, Lettres, III, 5, 7 (pour l'oncle Pline).

Même page, intercalez après la ligne 19 :

eurs antichambres, spacieuses et parfaitement décorées, tous les jours remplies de monde*;

' Vitruve, VI, 5, i : forensibus autem (atria) disertis elegantiora et spatiosiora ad conventus excipiendos.

Page 249, après la ligne 6 :

Il arrivait aussi que l'avocat se laissât corrompre par la partie adverse, et feignît seulement de se constituer le défenseur de la cause dont il s'était chargé, ce qui pouvait, il est vrai, entraîner, en cas de découverte, son expulsion de l'ordre ^

* Pline le Jeune, ie«re5,V, 14.— Sur l'exclusion de l'ordre, voyez Digeste, lUy 1, 8; XVII, 1, 6, § 7.

Même page, ligne 12, après le point :

Les femmes des avocats étaient réputées très-gourmandes^ ; probablement on voulait dire^ par là, que la cupidité de leurs maris était contagieuse pour elles et se manifestait sous cette forme.

' Fronton, Epist. ad Marcum Cœsarem, 11, 9, 2 : Neque est Gratia jnea, ut causidicorum uxores feruntur, mulli cibi.

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La gesticulation passionnée des avocats plaidants était aussi de nature à provoquer la moquerie : un muet, bouffon de l'empereur Tibère, se vante, dans son épitaphe, d'avoir inventé l'art de singer les avocats ^

Jurisconsultes. — Les jurisconsultes n'étaient, certainement, pas moins considérés que les avocats ; mais la jurisprudence, à laquelle s'appliquaient, avec tant d'ardeur, des hommes des deux premiers ordres, offrait à ceux de condition moindre une perspective moins brillante que la

' Henzen, G188. ;'

profession d'avocat. Quintilien' dit que l'on voyait se tourner vers la jurisprudence ceux-là surtout qui désespéraient de faire leur chemin comme orateurs en justice. Cependant, des hommes du troisième ordre aussi embrassaient souvent cette carrière, par la raison déjà qu'elle était trèslucrative, L'un des petits bourgeois mis en scène par Pétrone * veut que son fils goûte un peu du droit, dans son intérêt particulier, parce que, dit-il, cela donne du pain. D'après Juvénal % c'est même précisément dans les classes inférieures que l'on trouvait les hommes les plus diserts et les plus aptes à débrouiller les écheveaux du droit et les énigmes des lois. Un père qui, dans une autre satire du même auteur \ exhorte son fils à prendre un état profitable, lui laisse le choix entre les professions d'avocat, l'étude du droit, ou la demande d'un centurionat.

Les hommes de loi gagnaient, sans doute, aussi de l'argent en enseignant, caries jeunes gens de grande famille, ou privilégiés sous d'autres rapports, que des légistes savants et haut placés initiaient à la science du droit, et qui, par conséquent, n'avaient pas besoin de payer des professeurs à gages pour l'apprendre, ne peuvent avoir été nombreux. Le nombre des étudiants en droit, dans le sens ordinaire du mot, a dû être très-grand au contraire, d'autant plus grand qu'une foule de jeunes gens de toutes les provinces, voire même des provinces grecques, venaient à Rome

' XII, 3, 9 : Quod si plerique desperata facultate agendi ad discendum jus declinaverunt, etc.

'^ Sat., c. XLix : Emi ego nunc puero aliquot libra rubricata, quia volo illum ad domusionem aliquid dejuregustare; habet hœc respanem. ' VIII, 49.

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