XIV
Scribe puer, vigila, causas âge, perlege ru bras Majorum leges aut vitem posce libello.
î>0 SUPPLÉMENT
précisément pour cette étude ^ Il va sans dire qu'en général les légistes, n'ayant pas l'avantage d'être de haute condition, n'enseignaient pas gratuitement. Il paraît que, sous le règne de Tibère, le célèbre Masurius Sabinus, qui était pauvre et n'obtint la dignité équestre qu'à l'âge de cinquante ans, n'acceptait point d'honoraires; mais il permettait à ses élèves de se charger du soin de pourvoir à son entretien ^ Ulpien parle de la rémunération des professeurs comme d'une chose régulière; on payait les leçons d'avance, à cause de l'inadmissibilité d'une action en réclamation d'honoraires a posteriori^. Les professeurs de droit étaient exempts de la tutelle et d'autres charges semblables à Rome, mais non dans les provinces\
Dans la première moitié du deuxième siècle et peut-être même déjà plus tôt, il y avait, à Rome, des locaux accessibles à tout le monde et appelés stations, où des légistes enseignaient publiquement, ou donnaient des consultations sur des questions de droite Ce droit de répondre aux consultations n'était conféré, par les empereurs, qu'aux jurisconsultes d'un mérite généralement reconnu, et les avis de ceux-ci étaient déterminants, pour l'a décision judiciaire.
' Voir Kuhn, Organisation de Vempire romain, 1, 88, 608 (en allemand).
- Pomponius, De origine juris, Dig., I, 2, 2 § 47.
2 Dig., 1. 13, 1 § 5. — Voir aussi Pachla, Cours d'Inst., I, 3« éd. 482.
* Modestin, 1. II, excusât. {Dig. XXVII, 1, 6 §1,2).— Herzog, Gallia Narbon.y App. 226 et 469 : Juris studiosus , à' Nemausus (Nîmes); et (inscription suspecte) Juris doctor, à Dea Augusta (Die, dans la Drôme).
^ Aulu-Gelle, Xlll, 13 : Cum ex angulis secretisque librorum ac magistrorum in médium jam hominum et in lucem fori prodissem (ainsi sous Antonin le Pieux, ou sous Adrien), queesitum esse memini in pierisque Roma' stationibus jus publiée docentium, aut respondentium,an quaistor populi Romani à prœtore in jus vocari posset.
AU TOME PREMIER, i)\
jusqu'à un certain point, arrêté conformément à la tradition ou aux préceptes ^
Mais les jurisconsultes, beaucoup plus nombreux sans doute, qui n'avaient pas le droit de répondre aux consultations, ne devaient pas certainement non plus manquer de clients, venant frapper à leurs portes avec le premier chant du coq* et, naturellement aussi, payant les conseils qu'on leur donnait. Car on ne pouvait, en général, songer à faire aucun procès sans l'assistance d'un jurisconsulte; c'était même lui, non l'avocat de la cause, que l'on y regardait comme la personne principale ; c'est ce qui ressort notamment des épitaphes, dans lesquelles le vœu, que les dispositions testamentaires du défunt de la tombe respective soient inattaquables, est exprimé par la formule : « Puissent les hommes de loi et la chicane ne jamais approcher de cette tombe \ » Si l'empereur Claude, qui aimait beaucoup rendre la justice*, accordait aux avocats plus d'influence sur ses décisions qu'aux jurisconsultes, on ne saurait trouver une meilleure preuve de son manque de jugement personnel. Les premiers, d'après un pamphlet de Sénèque^, pleurèrent sincèrement sa mort, le temps de leurs saturnales étant passé; les seconds reparurent, blêmes, amaigris, respirant à peine, comme s'ils venaient de ressusciter du tombeau.
' Schrader, Adlnsiit., I, 2, 8 : An facuïtas publiée respondendi dabalurstationes assignando?
- Horace, Sat., I, l, 9 :
. . . . , jurislegumque peritus
Sub galli cantum consultor ubi ostia puisât.
•^ Dolus malus abesto et juris consultus. — Orelli, 4374, 4390, 4391, 4821 (ab lis omnibus dolus malus abesto et jus civile). ^ Suétone, Claude, ch. xv, etc.
* Lud., c. XII.
Quelquefois, des jurisconsultes se chargeaient aussi de plaider les causes eux-mêmes, comme avocats*; mais il paraît que ce n'était point la règle; car, ordinairement, ils ne faisaient qu'assister de leurs conseils, pendant les débats, les avocats plaidants, pour suppléer à leur ignorance du droit. Quintilien, qui ne manque jamais, il est vrai, d'exalter l'éloquence aux dépens de la jurisprudence, parle dédaigneusement de ces praticiens * (voir p. 245 du t. P'), comme de simples manœuvres des avocats, dont leur métier n'aurait été, pour ainsi dire, que de charger les armes, pour le combat. Il est clair que les jurisconsultes d'un mérite secondaire se rabattaient seuls sur cette besogne, et qu'elle était faiblement rétribuée.
Si quater egisti, si contigit aureus unus, Inde cadunt partes ex fœdere pragmaticorum,
dit JuvénaP. Les clients de la campagne s'acquittaient envers eux avec un sac de blé, de millet ou de fèves, livré en nature.
Les légistes gagnaient encore de l'argent par la confection des actes notariés et d'autres travaux du plumitif, tels que la rédaction des plaintes, d'actes valables en droit, de
* Horace, Art poétique^ 369 :
Consul tus juris et actor
Causarum mediocris.
Ed. Dioclet. advocato s. jurisperito mercedis in postulationem (le terme), 1250, in cognitionem (le procès), 1000.
2 Orelli, 4981 : D. M. C. Paterni Postumini dec. civium Taunensium, viri sacerdotalis, pragmatici (prope Mogontiacum) ; Henzen, 7270 : G. Julio Simplicio VI, viro Augustali causaruni pragmatico (Mogontiaci).
3 Sa^ VII, 12 2.
contrats et de formulaires de caution^; mais c'est, pardessus tout, celle des testaments qui paraît avoir été une des grandes affaires du ressort des jurisconsultes praticiens ^ Gomme d'autres que les hommes de loi s'en mêlaient aussi, il est permis d'en conclure que c'était une affaire lucrative. Un scribe à Vénafrum se vante, dans son épitaphe, d'avoir rédigé des testaments, pendant quatorze ans, sans Tassistance d'aucun jurisconsulte^; un maître d'école à Gapoue, d'avoir été un homme de confiance pour écrire des testaments \
On ignore depuis quelle époque ont été rétribués les assesseurs des juges ^ que ceux-ci choisissaient de préférence, à Rome, dès le deuxième siècle, parmi les légistes ^
* Ulpien, 1. X, De oflîcio proùons. {Digeste, XLVIII, 19, 9) : Moris est advocationibus prœsides interdicere. — §4. Nonnunquam non advocationibus cui interdicitur, sed foro.Plus est autem foro quam advocatioiiibus interdicere, si quidera huic omnino forensibus negoliis accommodare se Don permittitur. Solet autem ita vel juris studiosis interdici, vel advocatis, vel tabellionibussive pragmaticis. — § 5. Solet et ita interdici, ne instrumenta omnino forment, neve libellos concipiant, vel testationes consignent.— § 6. Solet et sic, ne eo loci sedeant, quo in publico instrumenta deponuntur, archio forte vel grammatophylacio. — § 7. Solet et sic ut testamenta ne ordinent, vel scribant, vel signent.
' Suétone, Néron, ch. xxxii : Deinde (instituit) ut ingratorum in principem testamenta ad fiscum pertinerent, ac ne impune esset studiosis juris qui scripsissent vel dictassent ea.
^ Henzen, 7236.
* Hermès,' If p. 149.
'•' Dans Paul, 1. IV, ad Plantium{Dig. L. 13, 4), on lit : DiVus Anloninus Plus rescripsit, juris studiosos qui salaria peterent hœc exigere posse. — Toutefois, il ne s'agit peut-être ici que d'assesseurs des tribunaux de province.
•5 Aulu-Gelle, XII, 13 : Cur, inquit, hoc me potius rogas, quam ex istis aliquem peritis studiosisque juris, quos adhibere in judicium judicaturi soletis?
Page 250, ligne H, après le point :
Auguste, après avoir été guéri d'une maladie par Antoine Musa, leur accorda même (aux médecins libres) l'exemption de toutes les charges*.
* Dion Cassius, LUI, 30.
Page 251, après la ligne 12 :
La première mention de médecins nommés à poste fixe, par les communes hors de Rome, est due à Strabon et concerne Marseille, ainsi que d'autres villes des Gaules. Antonin le Pieux fixa, pour la province d'Asie d'abord, le nombre des médecins à nommer par les autorités de chaque ville, et exemptés de prestations municipales, à cinq pour les petites villes, à sept pour les moyennes, et à dix pour les grandes. Cette exemption de charges, déjà étendue aux provinces par Vespasien et par Adrien, détermina, suivant Galien, nombre de gens à se tourner vers les études médicales. Probablement la plupart des villes avaient leurs médecins attitrés, depuis le deuxième siècle déjà. Beaucoup de médecins trouvaient à se caser dans les écoles de gladiateurs, un très-grand nombre à Tarmée^ auprès des troupes de toutes les armes \
' Marquardt, AfawMc?, V, 2,359. — Galien, éd. K, V, 751; Orelli, 3507 ; etCi
Même page, ligne 20j intercalez après vice-versa :
les médecins devenaient gladiateurs ou fossoyeurs, . . .
Page 252, hgne 24> au mot « spécialités^ » en note :
D'après Hérodote (11, 8ô)i les médecins à spécialités étaient déjà trèsnombreux dans l'ancienne Égyple.
Page 253, ligne 6, au mot « sexe^ » en note :
Parmi ces maladies, les affections hystériques, déjà connues des femmes, sous ce nom même, du temps de Galien (voir éd. K, VIII, 414), étaient des plus fréquentes.
Note 6 (finale) de la même page, ajoutez :
Dans les opérations, du reste, on employait dès lors aussi un narcotique, le suc de la mandragore. Pline, dans son Histoire naturelle, XXV, 150, dit à ce sujet : Vissomnifica pro viribus bibentium. Media potio cyathi unius bibitur et contra serpentes, et antesectionespunctionesque, ne sentiantur. Ob hœc satis estaliquis somnum odore qusesisse.
Page 254, ligne 2, après le point :
Ils recevaient (les médecins en renom) de beaucoup de familles des traitements annuels fixes, payables le 1*' janvier, à ce qu'il paraît \
* Pline, Hist. nat., XXIX, 7 : Q. Stertinius.... sexcena (annua)... sibi quœstu urbis fuisse enumeratis domibus oslendebat. — Papinien, L. VIII Responsorum {Digeste XXXIII, 1, 10 § 1) : Medico Sempronio quae viva praestabam dari volo : ea videntur relicta quaecertam formam erogationis annuœ, non incertam liberalitatis voluntatem habuerunt. — Texte de Pomponius, L. XXI, ad Sabinum {Dig., XIX, 5, 26), complété ainsi avec celui des Basiliques, par Mommsen : quod Kalendis (Januariis) dari solet medicis et artilicibus non est merces.
Même page, ligne 5, à « Boethus : »
qui devint plus tard gouverneur de la Palestine, . . .
Même page, ligne 7, après le point :
Clientèle de Galien. — Une des sources de l'accroissement de ses revenus, ce furent les demandes de consultations, qu'il recevait également du dehors > comme les médecins renommés de Rome en général, sans doute. Des personnes qui souffraient des yeux s'adressaient à lui, par lettres, d'Asie, des Gaules, de l'Espagne et de la Thrace; il
commençait par se faire renseigner sur certains points, qu'il précisait sous la forme de questions, relativement à la maladie, puis envoyait le remède et rétablissait ainsi ses patients et, par leur intermédiaire, d'autres encore, souffrant de ce mal, dans les mêmes contrées, sans les avoir jamais vus*.
* Galien, De loc. off. IV, 2; éd. K, VIII, 224.
Même page, ligne 20. après le point t
Ulpien dit* que, dans le cas oii un médecin aurait mis, par l'emploi de moyens nuisibles, un malade des yeux en danger de devenir aveugle, et l'eût déterminé, sous l'appréhension de ce danger, à lui vendre ses biens au-dessous de leur valeur (!), le gouverneur de la province doit intervenir, pour le redressement d'une aussi mauvaise action {incivile factum), et ordonner la restitution.
* L. V. Opinionum {Dig. 1. 13, 3).
Des charlatans, aussi, tenaient publiquement des conférences sur les organes du corps humain et leurs fonctions respectives, et amadouaient ainsi des patients, par l'apparence du savoir *.
» Dion Chrysostome, Or., XXXIII, p. 395, 31. Page 256, ligne 2 :
Scribonius Largus * donne la recette d'une mixture merveilleuse contre les douleurs de poitrine, déjà connue des anciens, mais principalement mise en vogue par le mé-
VCh.xxm, 97.
decin Paccius Antiochus, qui eut, avec ce médicament, de remarquables succès, dans des cas très-graves, et en tira grand profit. Il ne préparait sa composition qu'à huis clos, et, pour tromper ses aides, il leur donnait à broyer de chaque' ingrédient beaucoup plus qu'il n'en fallait. Mais, après sa mort, la recette fut, conformément à sa disposition, remise à l'empereur Tibère, qui la fit déposer dans les bibliothèques publiques.
La phrase suivante est à modifier comme il suit ;
Des timbres dont on marquait les bocaux^ il ne s'est conservé que des échantillons de l'espèce qui servait aux oculistes à estampiller les étiquettes de leurs remèdes; mais, de cette espèce, on a encore plus de cent échantillons ^
* D'après Grotefend {Timbres des oculistes romains, 1867, en allem.), même 110.
Page 257, ligne 16^ intercalez après « une humeur querelleuse : »
de la brutalité entre collègues, souvent telle que l'on vit des médecins, emportés par la vivacité de leurs discussions jusqu'auprès du lit du malade, s'invectiver, se tirer la langue, et même se porter entre eux à des voies défait*.
' Galien, éd. K, VIII, 357 et 495.
Page 261, phrase des lignes 22-25 à modifier comme il suit :
Parmi les autres professions mentionnées parfois, l'économie rurale, la viticulture * en particulier, qui était très^ lucrative, et le commerce maritime, notamment, occupaient aussi une partie de la population de Rome.
^ Voyez Marquardt, V, 2, lO et 56.
Supplément. 9
Page 265, ligne o, après le point :
Perdnax exaspéra les prétoriens, en les astreignant à la discipline et les empêchant de piller et de commettre des excès ^ Quintilien ^ dit qu'il y a lieu de reprocher aux soldats en général la cupidité et la pétulance.
' Hérodien, II, 4.
Page 26t), après la ligne 17 :
Des inscriptions tumulaires encore existantes, relatives à des soldats de cette origine, mal orthographiées et pleines de barbarismes, montrent qu'au moins une grande partie d'entre eux, très-peu touchés par la civilisation romaine, étaient restés des barbares, pour lesquels les Italiens de naissance ne devaient avoir que du mépris et de l'antipathie \
* Heazen, Monumenti di pretoriani (de la seconde moitié du in*" siècle. — Ann, des Inscr. 1864, p. 19 à 25. — Henzen, 6686 :
.... Hic situs est justus Laudator etaequus, Sassina quem genuit, nunc Aquileja tenet ;
Optime qui cohortis centuriam reguit Praetoriae fidus, non barbaricae legionis.
Hatérius Népos enfin, vice-roi d'Egypte en l'an 126 de notre ère, n'était probablement encore, au commencement du deuxième siècle, que primipilaire, autrement dit premier centurion dans une légion ^ Mais beaucoup de militaires qui, pour se donner un air martial, ne s'étaient plus ni lavés ni peignés depuis des années, qui avaient ba-
* D'après Borghesi, p. 166, — Ann. des Inscf., 1846, p. 313.
taillé SOUS les climats les plus divers, renversé les baraques des Maures et détruit les fortins des Brigantes, n'arrivaient, eux, à ce grade, encore subalterne au demeurant, qu'à l'âge de soixante ans \
* Voir Juvénal, XIV, 194 :
Sed caput intactum buxo naresque pilosas Annotet et grandes miretur Lœlius alas, Dirue Maurorum attegias, castella Brigantum, Ut locupletem aquilam tîbi sexagesimus annus Afferat.
Page 268, ligne id, après le point ;
Tacite, en rendant compte de la disposition des esprits après la mort de Néron *, ne met particulièrement en relief, dans la masse du peuple à Rome, que deux classes : la populace, accoutumée aux spectacles du cirque et du. théâtre, et la*partie du peuple non encore corrompue, représentée par les adhérents des grandes maisons , les clients et les affranchis des exilés et des condamnés. H s'ensuit que la clientèle était trésor épandue.
• Voir la note 2 de la page susdite.
Voici le premier des passages cités (30, vers 1 à 4, 9et 10) i
Cum vocerad cenam, non jam venalis ut ante, GUr mihi non eadem, quœ tibi cena datur?
Ostrea tu sumis stagno saturata Lucrino, Sugitur inviso mitulus ore mihi I
Cur sine te ceno, cum tecum,Ponlice, cenem? Sportula quod non est, prosit; edamus idem.
Au sujet de la suppression du salaire en argent, Martial dit (7)
Centum miselli jam valete quadrantes, Anleambulonis coDgiarium lassi, Quos dividebat balueator alexus.
Quid cogitatis, o lames amicorum ?
Régis superbi sportul» recesserunt .
Nihilstropharumest,jam salarium dandum est.
La pointe de ces vers, qui expriment le mécontentement du client, est dans le dernier, où le poëte demande, en termes ironiques, le rétablissement du salaire, comme la seule condition qui puisse rendre le nouveau régime acceptable.
Page 271, note 2 :
Voici le premier des deux passages cités :
Quod te mane domi toto non vidimus anno Vis dicam quantum, Postume, perdiderim?
Tricenos, puto, bis, vicenos ter puto nummos. Iguosces : togulam, Postume,pluris emo.
Dans le second, Martial mentionne un cas où le client a payé 100 quadrants la liberté, qu'il avait prise, d'apostropher le patron par son nom, au lieu de l'appeler domine.
Même page, ligne 22 (rectification) :
100 quadrants n'équivalent qu'à 6 sesterces 1/4. Ce taux de la sportule quotidienne resta le même, après le retrait comme avant la promulgation de l'édit de Domitien.
Même page, ligne 26, en note :
Citons, comme exemples de sportules plus élevées, les deux passages suivants de Martial :
•) Si tesportula major ad beatos Non corruperit, ut solet, licebit De nostro, Matho, centiens laveris.
^) Natali, Diodore, tuo conviva senatus Accubat et rarus non adhibelur eques, Ac tua tricenos largitur sportula nummos, Nemo tamen natum te, Diodore, putat.
il parait que, dans ces cas, une distribution d'argent aux clients accompagnait le festin, dont on régalait les personnes de distinction invitées à la fête.
Même page, même ligne, au texte, après le point :
Il est probable que les grands et les riches, ayant besoin des services ou des hommages d'un grand nombre de clients, payaient régulièrement à ceux-ci une solde courante d'année en année, solde dont le montant annuel de 2,281 sesterces 1/4, soit environ 618 fr. 75 c. par client, ne formait pas une grande dépense pour des sénateurs. Il n'en était pas de même, toutefois, pour les gens moins riches, qui n'avaient besoin d'un pareil entourage que dans des circonstances exceptionnelles.
Même page, ligne 28 :
Le client qui n'était pas assuré de son salaire quotidien, devait, naturellement, tendre à multiplier ses relations, et parvenait aussi, quelquefois, à gagner de cette manière plus d'une sportule par jour : à preuve le témoignage irréfutable de ce distique de Martial (I, 80) : ..
Sportula, Cane, tibi suprema nocte petita est. Occidit, puto, te, Cane, quod una fuit.
Du temps de Martial à celui de Juvénal, il n'y eut pas de changement dans la rétribution des clients proprement dits. Le tarif de la sportule resta le même pour eux, et les 100 quadrants les faisaient vivre, tant bien que mal ; seulement ils ne les touchaient plus le soir, mais, comme il paraît, dans la matinée, après la visite qu'ils étaient obligés de faire au patron *.
Un fait nouveau et curieux toutefois, c'est que, du temps de Juvénal, ce ne sont plus seulement les clients {turha togata)^ mais aussi des hommes de la plus ancienne no-
' Juvénal, I, 125 à 128.
blesse [TrojugensR)^ des préteurs et des tribuns, des affranchis dans l'aisance et même des femmes en litière, des femmes de qualité par conséquent, qui se présentent pour recevoir la sportule d'usage de 100 quadrants; et les plus hauts dignitaires la dédaignent si peu qu'ils font, à la fin de l'année, le compte de ce qu'elle leur a rapporté. Voici, en effet, ce que dit le poëte, dans sa satire première (vers 117 à 128):
Sed quum summus honor^finito computet anno Sportula quid referai, quantum ralionibus addat : Quid facient comités quibus hinc toga, calceus hinc est Et panis fumusque domi ? Densissima centum Quadrantes lectica petit, sequiturque maritum Languida vel prœgnans et circumducitur uxor. Hic petit absenti, nota jam callidus arte, Ostendens vacuam et clausam pro conjuge sellam. Galla mea est, inquit; citius dimitte; moraris? Profer, Galla, caput! noli vexare, quiescet. Ipse dies pulchro distinguitur ordine rerum : Sportula, deinde forum jurisqufi peritus ApoUo, etc., etc..
On pourrait croire, à première vue, que la sportule dont il s'agit ici n'était autre que le cadeau, en argent, dont fait mention la note 3 de la page 271 de notre tome I, et que seraient venus recevoir, le lendemain d'un festin, les convives de la veille. Mais un passage de Pline le Jeune ^ duquel il résulte clairement qu'ils recevaient ce cadeau pendant le repas même, a fait revenir l'auteur de cette opinion,, exprimée dans la susdite note. Il n'est plus guère, dès lors, permis de douter que des hommes, et même des dames de qualité, n^acceptassent effectivement le cadeau de rigueur de 100 quadrants, dans leurs visites de politesse du matin, et qu'ils ne fissent même cette ronde matinale,
' Lettres^ III, 14, 14 : Tam palam sportuUe quam in triclinio dantur.
en quête de la sportule, accompagnés de leurs propres clienls {comités). Comme cette. quête était réciproque, et que l'on donnait, à son tour, la même petite somme à ceux dont on Tavait reçue, quand ils rendaient la visite, elle ne pouvait paraître humiliante, tant qu'elle n'était observée que comme une simple formalité; elle le devenait seulement quand on y attachait de l'importance, et qu'on y laissait percer des vues intéressées.
Quoi qu'il en soit, cet usage, dont Texplication se trouve d'ailleurs à la page 304 de nôtre tome premier, doit surprendre, et comme Martial ne mentionne jamais d^'autre sportule que celle des clients, lui qui n'a passé sur aucun détail des viâites de courtoisie que se faisaient les gens de qualité, ni de leurs basses démonstrations d'obséquiosité \ il semblerait ne s'être établi qu'après la mort de Domitien, en même temps que celui des visites du matin faites par des dames de qualité, aussi auparavant sans exemple.
'II, 18;X, 10 et XII, 26, par exemple.
Page 272, complétez ainsi la note 3 (dont le sens a déjà été modifié par les explications ci-dessus) de la page précédente :
La sportule était de même accordée, par les dignitaires, à ceux qu venaient les complimenter, lors de leur entrée en charge. Il en était encore ainsi du temps de l'empereur Gallien, car on lit dans l'Histoire Auguste (Fi£ de GaUien^ cb, xvi) :Convivatus in publico est, congiariis populum mollivit, senatui sportulamsedens erogavit, matronas ad consulatum suum rogavit^ isdemque manum sibi osculantibus quaternos aureos nominis sui dédit.
Martial appelle aussi sportule, dans un autre sens, les repas et particulièrement les repas monstres, dans lesquels on régalait les clients. Il dit à ce sujet, au livre XIII, 123 :
Cum tua centenos expunget sportula cives, Fumea Massiliœ ponere vina potes.
104 SUPPI.ÉMENT
Au livre Vil, 86 :
Ad natalicias dapes vocabar,
Essem cum tibi, Sexte, non amicus.
Quid factum est, rogo, quid repente factum est,
Post tôt pignora nostra, post tôt annos,
Quod sum praeteritus vêtus sodalis?
Sed causam scio, NuUa venit à me
Hispani tibi libra pustulati,
Nec levis toga, nec rudes lacernœ.
Non est sportula, quae negotiatur.
Pascis munera, Sexte, non amicos.
Jam dices mihi : « Vapulet vocator. »
Au livre IX, 85, enfin :
Languidior noster si quando est Paullus, Atili,
Non se, convivas abslinet ille suos.
Tu languore quidem ficto subitoque laboras,
Sed mea porrexit sportula, PauUe, pedes.
Enfin, le mot sportula présente encore un sens différent, mais impliquant toujours celui d'un régal, dans ce passage de Juvénal, satire 111, 249 ;
Nonne vides, quanto celebretur sportula fumo ? Gentum convivae, sequitur sua quemque culina.
Ne semblerait-il pas qu'il s'agit là d'un pique-nique ? Dans les temps postérieurs, il n'est plus fait aucune* mention de la sportule des clients.
Page 272, ligne 23, après le point :
S'il y avait, toutefois, dans ces invitations des clients par les patrons, des surprises agréables, il y avait aussi maint désappointement, dont les épigrarames de Martial ont conservé l'expression *.
* Citons à ce propos les passages suivants du poète : Invitas cenium quadrantibus, et bene cenas. Ut cenem invitor, Sexte, an ut invideam?
Et « Rogat ut secum cenet Laetorius « inquit. Viginti nummis ?Non ego, malo famem.
AU TOME PREMIER. i05
Denaris tribus invitas, et mane togatum
Observare jubés atria, Basse, tua, etc.
Les frères Arvales (membres du collège des prêtres de la dea Dia) se traitaient mieux, puisqu'on lit dans leurs actes : Hoc anno cenatum est à singulis dies singulos denariis centum (Marini, tav. XLI b et XLII). Ils dînaient à cent deniers le couvert.
Enfin, il ne manquait pas non plus de clients parasites, qui parvenaient à se procurer une invitation tous les jours, comme le poêle Martial lui-même (voir XI, 24 et II, 18) et cetautre que Jupiter, pour lui infliger une rude leçon « trinoctiali affecit domicenioclientem ».
Page 273, à la note 6 :
Tacite, Annales, XVI, 22 : Objectabat .... Thraseam... privatis potius clientium negotiis vacavisse.
Page 274, ligne 1 (rectification) :
Au lieu de 10 sesterces, mettez 6 sesterces 1/4, par jour, ce qui, avec les autres émoluments, permettait au besoin de joindre les deux bouts'
' Martial, III, 30; Juvénal, I, 119, etc.
Page 276, à la note \ :
Encore aujourd'hui, les habitants de Rome ont plus peur de la neige que du soleil. Dès qu'on la voit blanchir les rues, on ferme les tribunaux et les écoles. De même, quand il pleut fort, on n'entend plus un seul cri de marchand ambulant, et tous les mendiants disparaissent.
Page 280, après la ligne 6 :
Le plus fort témoignage d'amitié du patron envers le client, c'était de ne pas s'imposer la moindre gêne, en sa présence*.
' ^ Nil aliud video, quo te credamus amicum,
Quam quod mecoram pedere, Crispe, soles,
dit encore très-crûment Martial (X, 14, 9\
Page 283, après la ligne 6 :
La preuve du fait que la condition et les obligations de service des clients, telles qu'on les voit déterminées par ce qu'ont écrit, à ce sujet, Martial et Juvénal, ne subirent pas, du premier siècle au deuxième, de changement essentiel, résulte, entre autres*, d'une prescription de Galien', à l'usage des personnes, en très-grand nombre, qui n'ont pas fait choix d'une vie tranquille, mais sont obligées de se rendre, avantraube, aux portes des grands, de celles qui ne peuvent éviter de se mettre souvent en nage et de prendre froid ensuite, mais sont tenues d'assister au bain d'autres plus heureux, et de les raccompagner chez eux, puis d'aller se baigner, à leur tour, et manger, de même, un morceau en toute hâte.
* Fronton, Ep. ad L. Verum Aug. (éd. Nieb.), 6, 2 : A prima aetate sua me curavit Gavius Clarus familiariter... ut neque illum pigeret neque me puderet, ea illum obedire mihi, quae clientes, quee liberti lideles ac laboriosi obsequuntur.
2 Ed.K,Vï,p. 758.
Page 288, ligne 23, après le point :
Celle-ci (Rome), en se peuplant, suivant l'expression de Lucain*, delà lie du monde entier, voyait se perdre dans cette foule ses propres citoyens.
Page 290, ligne 6, après le point :
Tels (de ces affranchis) avaient su dominer leurs maîtres en obtenant d'eux la confidence de graves secrets*, d'autres gagner les faveurs de leurs maîtresses ^
* Denys d'Halicarnasse, IV, 24.
«Martial, VII, G4; Pline, Hist. nat., XXXIV, il.
Page 291 , après la ligne IS ;
Celui qu'un pareil festin (chez Zoïle) rend heureux, dit Martial*, est digne de manger le pain des mendiants.
La haute noblesse se pardonne ce qui serait regardé comme un affront par un savetier*.
' .Tu vénal, VIII, 181, etc.