LIVRE I. — LA VILLE
envahissait la campagne, comme nos grandes capitales modernes absorbent les nombreux bourgs et villages environnants, l'un après l'autre; de tous côtés, ses faubourgs se perdaient dans les constructions nouvelles de splendides villas, entourées de jardins, de temples et de monuments, dont les pinacles de marbre, les frontons et les coupoles tranchaient, avec tout l'éclat d'une vive lumière, sur le fond de verdure des bosquets et des parcs environnants. Parmi les plantations et constructions publiques, celles du Champ de Mars, outre qu'elles étaient les plus étendues, ne le cédaient à nul autre quartier pour la magnificence et le grandiose. Strabon a décrit l'imposant aspect de la ville de marbre qu'Auguste y laissa, pour témoigner de l'éclat de son règne. La vaste plaine, baignée de trois côtés par le fleuve, vers son embouchure, et dont l'immense surface offrait un libre champ à la circulation de la foule des voitures et des cavaliers, mêlés à d'innombrables piétons, allant, venant et se livrant à tous les exercices du corps, le lapis d'une pelouse toujours verte, le superbe encadrement d'édifices publics et de monuments, un labyrinthe de portiques, avec une multitude de colonnes, de coupoles et de frontons, entremêlés du feuillage des bosquets et des allées, puis, comme fond du tableau, pour couronner l'horizon, les dômes et pentes des collines qui s'élèvent en amphithéâtre sur la rive opposée du fleuve, coulant à leur pied, tout cela réuni formait un spectacle dont les yeux ne se détachaient qu'avec peine et auprès duquel la ville proprement dite paraissait ne plus devoir offrir qu'un intérêt accessoire. Mais, une fois entré dans celle-ci , on y marchait encore de surprise en surprise, à la vue des grandes places qui s'y succédaient, avec leurs encadrements de colonnades et de
temples, du Capitole, avec ses constractions monumentales, du mont Palatin ou de la colonnade de Livie, et l'on était de nouveau près d'oublier tout le reste. « Telle est, » dit Slrabon\ dans son admiration de la cité ainsi décrite par lui, a cette ville de Rome ». Ce qui périt de ces merveilles, dans les grands incendies des règnes de Néron et de Titus, ne tarda pas à être relevé ou remplacé plus magnifiquement encore, de sorte que le nombre des édifices et établissements publics, augmentant sans cesse par suite de constructions nouvelles, se retrouva bientôt plus grand que jamais. Dans le demi-siècle de Vespasien à Adrien, Rome parvint à l'apogée de sa splendeur, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne gagnât pas encore, par suite de nouveaux embellissements, sous les Antonins et même plus tard. C'est dans cette période que se succédèrent, sans relâche, ces prodigieuses créations de chefsd'œuvre d'architecture qui devaient faire l'admiration de la postérité la plus reculée, comme ils avaient étonné les contemporains. Ammien Marcellin, en parlant de Tinipression que Rome fit sur l'empereur Constance, la première fois qu'il la vit, en 357, ne mentionne, dans l'énumération des édifices delà capitale, à peu d'exceptions près, comme les bains établis sur le modèle de ceux des provinces, c'està-dire probablement les thermes de Caracalla^ et de Dioctétien, que des constructions de l'époque qui finit avec Adrien. Arrivé au Forum, siège glorieux de l'ancienne puissance romaine. Constance demeura comme interdit et
2 On a même cru devoir ajouter les premiers de ces thermes à la liste des sept merveilles de Rome, de Silvius Polémon (dans son Laterculus)^ sur laquelle figurent le Janicule, à tort ou à raison , les égouts, les aqueducs, le forum de Trajan, l'amphithéâtre, l'odéon et les thermes d'Antonin^