LIVRE 1. — LA VILLE. i
niuet d'admiration. De quelque côté qu'il jetât les yeux, il était ébloui par la multiplicité et l'éclat des merveilles qui s'offraient à ses regards. Quand il se mit à visiter successivement les différentes parties de la ville, sur les hauteurs et les pentes des sept collines comme dans la plaine, il lui semblait qu'il ne devait y avoir plus rien audessus de chaque objet nouveau qu'il découvrait. Le temple de Jupiter, au haut de la roche Tarpéienne, lui parut rayonner d'un éclat divin aux yeux des mortels. Il s'émerveillait de la vaste étendue des bains, établis sur le modèle de ceux des provinces ^ La masse de l'amphithéâtre Flavien, colossal édifice en pierre tiburtine, se dressait avec tant de majesté devant lui que ses yeux n'arrivaient qu'avec peine à la suivre dans toute sa hauteur. La superbe rotonde du Panthéon, avec sa prodigieuse voussure, ces colonnes gigantesques surmontées des statues d'anciens em pereurs et rendues accessibles, jusqu'à leur sommet, par des marches pratiquées intérieurement, le temple de la déesse Roma, le forum de la Paix, le théâtre de Pompée, l'odéon, le stade, tous ces ornements de la ville, rivalisant entre eux de beauté, de grandeur et de magnificence, se disputaient son admiration. Mais, quand il arriva finalement au célèbre forum de Trajan, et qu'il se trouva en face de ces divines constructions, sans pareilles sous le ciel, il ne revint plus de l'extase où son esprit était emporté par ses yeux, perdus dans les courbes de ces voûtes gigantesques, indescriptibles en paroles, et à la perfection desquelles il n'était donné qu'une fois aux mortels d'atteindre ici-bas.
Ce n'était ])Ourtant pas uniquement cette incomparable
1 Lavacra in modum provinciarum exstructa.
splendeur de ses places et de ses édifices publics qui faisait de Rome une ville de merveilles. Bien d'autres spectacles, offrant toujours du nouveau, attiraient et fascinaient à chaque pas, dans le parcours de son immensité. Partout l'art, ancien et nouveau, avait répandu ses œuvres et prodigué ses ornements avec la même profusion. Les portiques et les temples brillaient du vif éclat des couleurs de la peinture murale ou de peintures encadrées^; et, de même que les places et les rues, l'intérieur de ces édifices était rempli de bustes, de statues et de groupes de bronze ou de marbre. Même au sixième siècle de notre ère, quand les tempêtes et les ravages de plusieurs invasions des barbares eurent depuis longtemps ravi à Rome ses plus beaux et plus riches ornements, il semblait qu'il y eût encore dans ses murs, à côté de la population survivante, tout un peuple de statues^. Partout les masses de bâtiments étaient entrecoupées ou bordées de la verdure des jardins et des parcs, où le feuillage abondait en toute saison. Les vastes dépendances des palais comprenaient souvent de grandes plantations, avec de vieux arbres magnifiques, remplis du chant des oiseaux ^ On y affectionnait surtout le platane et le lotier, pour leurs ombrages. Les arbustes et les fleurs répandaient leurs parfums du haut des toits et des balcons. Les collines des environs étaient couvertes de jardins, impériaux en partie, dont plusieurs
1 Voyez Raoul Rochette, Peintures antiques, p. 61, etc. ^ Cassiodore, Lettres, VII, 15; VIII, 13. 3 Témoins ces vers de Rutilius Numatianus :
Quid loquar inclusas inter laquearia silvas ,
Vernula qua vario carminé ludit avis ?
Vere tuo nunquam mulceri desinit annus
Deliciasque tuas victa tuetur hicins.