‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 29 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

formaient des promenades ouvertes au public. De même, dans le Champ de Mars, des allées de lauriers et de platanes invitaient les promeneurs à venir goûter l'ombre de leurs épais toits de feuillage, ainsi qu'au portique de Pompée et à THécatostylon. Mais la plus belle parure de Tancienne Rome, c'étaient les ouvrages hydrauliques, aussi remarquables par leur nombre que par leur beauté. Les sources des montagnes, conduites dans la métropole, de plusieurs milles, au moyen de tuyaux souterrains, ou d'aqueducs reposant sur de puissantes arches, s*y épanchaient partout, avec un doux murmure; des grottes artificielles formaient comme des étangs dans de vastes bassins richement décorés, d'où s'élevaient, en jets d'eau en gerbes et en bouquets resplendissants, des fontaines superbes, dont la fraîche haleine renouvelait et purifiait l'air échauffé de l'été, ce qui fit dire au poêle Rutilius Numatianus, à la fin de sa belle description des eaux de la capitale :

Frigidus acstivas hic tempérât halitus auras Innocuamque levât purior unda silim.

On appelait salientes les fontaines à conduits, qui alimentaient la ville d'eau vive. Frontin^ comptait en outre, à Rome, trente-neuf fontaines d'art, ou châteaux d'eau {munera), dont la plus magnifique, de forme pyramidale^ paraît avoir été la fameuse meta sudans. On rapporte qu'Agrippa seul, pendant son édilité, établit jusqu'à sept cents pièces d'eau {lacus), tandis que les régionnaires n'en mentionnent pas moins de treize cent cinquante-deux.

1 De Aquis urbis Romœ , II, 78, etc.

Le trafic avec le inonde entier procurait à Rome une autre source intarissable de spectacles, variant toujours. Il accumulait dans les magasins, les boutiques et les échoppes de celte ville les productions les plus rares et les plus précieuses des pays les plus lointains, comme les plus magnifiques et prodigieux ouvrages de l'industrie et de l'art de tous les peuples. A Rome, on pouvait examiner à loisir les marchandises du monde entier. Le Tibre est appelé, dans V Histoire naturelle de Pline, rerum in toto orbe nascentimn mercator placidissirhus^ , expression d'autant plus juste que le commerce de cette métropole du monde était malheureusement tout passif, et qu'elle engloutissait tout sans jamais rien rendre ni produire elle-même. Il y apportait la laine d'Espagne et la soie de Chine, du beau verre de couleur artistement travaillé, de la toile d'une extrême finesse d'Alexandrie, le vin et les huîtres des îles grecques, les poissons de la mer Noire et le fromage des Alpes, qui causa, dit-on, l'indigestion dont mourut Anfonin le Pieux 2. Il y avait à Rome des dépôts avec les assortiments les plus complets des herbes médicinales de la Sicile et de l'Afrique, des épiceries et de l'encens d'Arabie, de perles de la mer Rouge, ou plutôt des bancs du golfe Persique, ainsi que de diamants des mines de l'Inde, de marbres de couleur, extraits en blocs gigantesques des montagnes de l'Asie Mineure, et de planches magnifiquement veinées des bois d'ébénisterie les plus précieux de l'Atlas. On sait, par les écrits de Gafien, qu'il recevait des médicaments de toutes les provinces. Les plus belles boutiques, sous Domitien, se trouvaient dans le grand clos des Septa. C'est là qu'on allait se pourvoir de beaux esclaves,

1 m, 54; puis XI, 240, ainsi que Plutarque , De Fortuna Rom. 12. - Voir sa biographie, chap, xii.

Page 1