‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 30 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

de meubles de luxe, de toute sorte d'objets en bois fins, ivoire, écaille, bronze ou airain de Corinlhe, de statues grecques, de coupes anciennes artistement travaillées, de cristaux, de vaisselle et d'ustensiles de toute nature, ainsi que de l'espèce de poterie connue sous le nom de murra. La voie Sacrée était le centre de l'orfèvrerie et de la joaillerie. Les plus grands dépôts de marchandises de l'Egypte et de l'Arabie se trouvaient au forum de la Paix, le principal débit des soieries, des parfums et des épices, pour lesquelles Domitien fît construire ses greniers à poivre [horrea piperataria) , dans le faubourg Toscan (vicus Tuscus] et probablement aussi dans les galeries du grand cirque [circm maximus)\ « Chez vous, » dit avec emphase un panégyriste grec de la ville Rome^, vers le milieu du deuxième siècle, « affluent de toutes les contrées et de toutes les mers les produits de toutes les saisons et de toutes les zones, ceux des fleuves et des lacs, ainsi que ceux du labeur et de l'industrie des Hellènes et des barbares. Que celui qui tient à contempler tout cela, s'il ne veut parcourir en voyageur le monde entier, se hâte donc de faire un séjour dans cette ville, oii il y a, en tout temps, abondance de tout ce qui se produit et se fabrique chez tous les peuples. 11 y arrive, dans le cours de l'été et de l'automne, tant de navires chargés, de tous les pays, que l'on pourrait se croire dans un atelier universel. On y voit tant de cargaisons de l'Inde et de l'Arabie Heureuse ; que l'on pourrait s'imaginer les arbres de ces contrées à- tout jamais dépouillés de leurs fruits, et les populations qu'elles renferment obligées de venir redemander à Rome ce qui est nécessaire à leurs besoins de ces produits de leur pro-

1 Tacite, Annales, XV, 38,

- Aristide, Encomium Romœ, p. 200, 10, etc.

pre sol. Les étoffes de la Babylonie et les bijoux de la région barbare de l'Asie intérieure arrivent à Rome en bien plus grande quantité et bien plus facilement que tel produit d'une île de l'Archipel, à Athènes. En somme, tout ce que le commerce et la navigation procurent, l'agriculture et les mines produisent, l'industrie et les arts créent et fournissent, tout ce qui vient et croît sur la terre, tout cela conflue et se rencontre sur le marché de Rome. »

Tout indiquait dans cette ville le centre de la domination du monde, d'un empire universel, que l'on y embrassait en quelque sorte d'un coup d'œil, comme du haut d'un observatoire. Des limites les plus reculées de cette domination, les nouvelles arrivaient continuellement au siège de celle-ci, par toutes les voies, comme à tire-d'aile. Les empereurs, sans aucun doute , recevaient personnellement des rapports suivis, quotidiens même, de tous les points importants de l'empire; et, d'après Philon, le fou Caligula lui-même prenait le plus vif intérêt à la lecture de ceux qui lui étaient ainsi adressés d'Alexandrie, jour par jour. Y avait-il eu des pluies dans la haute Egypte, un tremblement de lerre dans l'Asie Mineure, une mutinerie dans les légions campées sur les bords du Rhin, ou bien, à la cour du roi des Parlhes, un changement d'attitude vis-à-vis de Rome, peu de jours après, tout le monde en parlait au forum et au Champ de Mars, on en causait à tous les festins et dans toutes les réunions de société ^

De même, tout ce que l'on découvrait de bien extraordinaire, en fait de curiosités naturelles ou aulres, quelque part que ce fûl, on s'empressait de l'envoyer à l'empereur et de le faire exposer publiquement à Rome.

1 Juvénal, VI, 398. —Martial, IX, 36.

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