‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 32 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

niaphrodites, étaient recherchés à Rome par certains amateurs de grande maison, qui s'en délectaient, dans leur intérieur, avec un raffinement mille fois plus pervers que Ja grossièreté barbare des seigneurs féodaux, chez lesquels on retrouve des goûts semblables, au moyen âge. Il y eut môme à Rome un marché d'avortons. Auguste fit voir publiquement un jeune garçon, nommé Lucius, qui n'avait pas deux pieds de haut et ne pesait que 17 livres, mais était, par un bizarre contraste, doué d'une voix de stentor ^ Parmi les cadeaux qu'Artaban fit à Tibère figurait un juif long de 7 coudées, du nom d'Éléazar, et, sous le règne de Claude, on montra un géant d'Arabie de la taille de 9 f pieds romains, probablement le môme que celui dont parle ColumellC; qui le donne pour juif. On allait jusqu'à pourvoir soigneusement à la conservation des restes de ces prodiges, après leur mort. Phne raconte avoir vu des cadavres de nains enfermés dans des vases, et, dans les jardins de Salluste, on montrait un caveau avec les dépouilles mortelles du couple géant de Posion et Secundilla, qui vivaient au temps d'Auguste. En 61, on envoya à Néron un enfant ayant quatre têtes et tous les autres membres d'une structure conforme^. On cite enfin,, sous le même règne, ainsi que plus tard, sous ceux d'Alexandre Sévère et d'Aurélien, des gloutons qui régalèrent la ville et la cour du spectacle de leur voracité sans pareille. De tels sujets de divertissement ne répondaient que trop bien à l'extravagance des princes de la famille adoptive d'Auguste. Il est juste de faire observer, cependant, que des empereurs tels que Trajan et Adrien surent

1 Suétone, Octave, chap, xliii,

2 Phlégon de Tralles, Mirahilia, éd. de Bâle, J568, p. 75 et 84.

mettre plus de sens et de discernement dans la recherche des curiosités signalées, par leur exemple, à l'attention publique. Tous les deux avaient à cœur d'arrêter les progrès alarmants du célibat volontaire et la dissolution des mœurs de leur époque. C'est ce qui décida sans doute le second à faire venir d'Alexandrie à Rome une femme , du nom de Sérapias, qui, suivant Ulpien ou Gaïus, avait mis au monde quatre ou cinq enfants d'une seule couche. C'était probablement la même dont son prédécesseur, pour encourager la fécondité, avait fait élever les enfants à ses frais, d'après Phlégon de Traites, qui fait aussi mention d'un vieillard de d36 ans, distingué par l'empereur Adrien. A Rome, comme dans nos foires, l'exploitation de la sottise et de la crédulité vulgaires eut naturellement aussi une large part dans le choix des appâts qu'on offrait à la badauderie. L'homme sauvage et des monstres vrais ou supposés, dans lesquels la superstition du temps se complaisait à reconnaître des êtres fabuleux de la mythologie, n'y manquaient pas. A Tibère on manda d'Ohsippo (Lisbonne) y avoir constaté, au bord de la mer, la présence d'un triton et l'agonie d'une néréide. Pausanias assure même avoir vu, à Rome, de ses propres yeux, un triton à poils verts, couvert d'écaillés, la bouche garnie d'énormes dents, et dont le corps se terminait en queue de poisson. Sous Claude, enfin, un hippocentaure fut pris, dit-on, sur une montagne en Arabie, d'où on l'envoya au préfet d'Egypte. N'ayant pu le garder vivant, on l'enduisit de miel et l'expédia ainsi à Rome, où il fut montré au public dans le palais impérial. Au témoignage de Phlégon il faut ajouter celui de Pline, dont \ Histoire naturelle contient aussi la mention de presque toutes ces curiosités phénoménales.

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