‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 33 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

Mais, ne nous étendons pas davantage sur ces particularités; elles ne peuvent intéresser qu'autant qu'elles contribuent à faire saisir les travers de Tesprit du temps. Aux spectacles de ce genre, gratuitement offerts à la multitude par la munificence impériale, se joignait toutefois aussi l'attrait de jouissances d'un ordre plus élevé, pour les hommes studieux et tous ceux qui avaient conservé le goût de la littérature, des sciences et des arts. Les artistes de tous pays et de toute espèce, architectes, sculpteurs, peintres, musiciens, chanteurs, joueurs de flûte et de luth , voire même les athlètes de la Grèce et de l'Asie, accouraient à Rome pour déployer leur talent, exposer leurs œuvres ou briguer l'honneur d'une couronne dans les grands concours romains du genre de ceux d'Actium et du Capitole {Agon Actiacus et Capitolinus); avec eux, nombre de poètes, d'orateurs et de philosophes, de rhéteurs, de sophistes et de savants grecs, de Tarsus et d'Alexandrie notamment, pour se produire et se faire entendre en public; enfin, depuis le règne de Vespasien et la fondation de l'Athénée^ sous Adrien, surtout, aussi l'élite de la jeunesse studieuse des provinces, les jeunes gens les plus capables et les plus ambitieux, afin de participer à l'avantage des incomparables ressources que la capitale du monde offrait, pour l'achèvement des études, dans toutes les branches, non moins que pour tous les genres de plaisirs et de divertissements. Cette constante affluence de virtuoses et d'étudiants, à Rome, est attestée par un grand nombre d'inscriptions latines et grecques \ Dans les salles et les galeries des nombreuses bibliothèques (les région-

î M. Friediaender en cite plusieurs à la page 18 du tome I de son livre, en note. — Voir aussi Sénèque, Consolations ^ 6, 2.

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naires n'en mentionnaient pas moins de vingt-huit à Rome), Tami des sciences et de la littérature se procurait aisément et amplement toutes les satisfactions qu'il pouvait désirer, au milieu de ces précieuses collections de milliers de rouleaux de parchemin et de papyrus; et dans les cercles des savants, qui affectionnaient ces lieux de réunion, il trouvait toute espèce de secours et d'encouragement.

Les thermes, dont les divisions multiples, depuis le hassin de natation jusqu'aux étuves, offraient, en toute saison, des bains de toute espèce pour des milliers de baigneurs, avec des endroits réservés, d'une splendeur plus que royale, pour les exercices de gymnastique, la conversalion et les rafraîchissements, étaient aussi des établissements du style le plus grandiose et d'une incomparable magnificence, où le dernier du peuple pouvait aller se récréer et se divertir. 11 y en avait quatre à l'époque dont il s'agit ici. Les thermes de Néron paraissent avoir été les plus splendides alors, d'après Martial et Stace. Mais le plus merveilleux, dans cette ville d'enchantements, c'étaient les spectacles, les représentations, les jeux et les combats de la scène, du cirque et de l'arène. Là, toutes les fantaisies de l'imagination la plus délirante se transformaient en étourdissantes réalités.

Pour revenir une dernière fois sur le plus grand de tous les spectacles de Rome, le mouvement incessant de sa population même, les accidents provenant d'embarras causés par le trop d'empressement ou les mêlées de la foule, étaient fréquents. L'étroitesse des rues paraît avoir beaucoup contribué à les multiplier. Tacite et Suétone en citent maint exemple, et Sénèque ^ y fait allusion, non

1 De Clementia, 1,6,1.

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