‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 34 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

sans exagérer quelque peu. Caligula ayant eu la fantaisie de jeter des pièces de monnaie à la foule, devant la basilique julienne, il y eut 247 femmes, 32 hommes et im eunuque d'écrasés \ et lorsqu'il fit bâtonner la multitude, pour l'avoir dérangé dans son sommeil, pendant qu'elle courait la nuit au cirque, cette bagarre aussi coiita la vie à nombre de gens. Une vingtaine de chevaliers romains et non moins de femmes y périrent, entre autres victimes ^.

Plus Rome devenait le centre du monde, plus elle devenait aussi le rendez-vous de toutes les nations. Déjà Cicéron l'appelait une cité universelle (civitas ex naiionwn conventu constituta). Mais la grande immigration des provinces, par masses, n'y commença qu'après la chute de la république; elle ne discontinua pas ensuite d'inonder la ville, plus ou moins, avec une tendance progressive, qui persista probablement jusqu'à Constantin. Rome prit ainsi, véritablement, le caractère d'une cité commune à tous les peuples, de leur centre de réunion ^, d'un abrégé (epitomé) du ' monde, suivant l'expression du rhéteur Polémon, un de ses panégyristes grecs '*. Ce qui ajoutait encore à la bigarrure, c'était la passage d'innombrables étrangers, dont l'affluence, toujours grande dans cette ville, qui, suivant l'expression de Sénèque, payait les vertus comme les vices à leur plus haut prix, atteignait dans les occasions extraordinaires, lors des grands spectacles notamment, des proportions tout à fait exceptionnelles.

1 Chronographe de 354.

2 Suétone, Caligula, chap. xxvi.

3 In illo orbis terrarum conciliabido ,lii-on dans un fragment du rhéteur Annius Florus.

i Cité par Galien , vol. V, p. 585 , 57 , éd. de Bâle.

Nempe ab utroque mari juvenes, utroque puellâe Venere, atque ingens orbis in urbe fuit,

dit Ovide, dans l'Art d'aimer, en parlant des naumachies du règne d'Auguste, et, s'écrie l'auteur du livre des Spectacles :

Quee tam seposita est, quse gens tam barbara, Caesar, Ex qua spectator non sit in urbe tua?

Rome, plus qu'aucune autre ville de l'antiquité, eut ainsi le privilège d'exercer une irrésistible attraction sur les plus vifs penchants comme sur les plus fortes passions de l'humanité contemporaine. Cent langues y bourdonnaient aux oreilles du passant, les particularités du type et de la couleur de toutes les races, les costumes de tous les peuples, y apparaissaient pêle-mêle. Là, des éléphants de la ménagerie impériale étaient conduils par des esclaves noirs, ou galopait un escadron de blonds Germains de la garde impériale, couverts d'armures étincelantes. Là, des Égyptiens à têtes rasées et en longues robes

de toile portaient processionnellement leur grande déesse Isis ^ Derrière tel savant grec marchait un jeune Hindou, le bras chargé de rouleaux de livres. Dès l'an 73o de Rome (19 avant J.-C), était arrivée, suivant Dion Cassius^, une ambassade de l'Inde, qui amena en Europe les premiers tigres. Le parasite de ce même Favorinus qui légua sa maison de Rome à Hérode, était Hindou ^ et cet

1 Appien, IV, 47.

^ LTV, 9.

2 Philoslrale, Vies. des sophistes, I, 8. p. 490, 20.

Page 1