‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 35 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

Hydaspe au teint basané {fuscus Hydaspes), dont parle Horace, dans une de ses satires \ très probablement aussi. On voyait des tils de princes orientaux coiffés de bonnets élevés, comme ceux des Persans de nos jours, et couverts d'amples vêtements d'étoffes bariolées, traverser gravement et en silence, avec les personnes de leur suite, la foule qui se pressait autour d'eux. Quelques épitaphes de princes d'Orient, qui moururent à Rome, sont parvenues jusqu'à nous. Parfois aussi on rencontrait des sauvages tatoués de l'île de Bretagne , regardant avec ébahissement les merveilles d'un monde nouveau pour eux, qui les environnaient de toutes parts. Le même Dion Cassius rapporte qu'à l'aspect de toutes les magnificences de Rome, le chef breton Caractacus, qui y fut amené comme prisonnier, puis gracié par Claude, s'écria : « Comment vous, Romains, qui possédez de si grandes et de si belles choses , pouvez-vous convoiter nos pauvres huttes! »

On n'a, sur le chiffre de la population de Rome, que des évaluations approximatives et plus ou moins hypothétiques. Bien que toujours sujette à de grandes fluctuations, elle paraît avoir été généralement en progrès depuis Auguste jusqu'à Trajan, à l'exception des années d'épidémie ou de guerre intestine, sans diminution sensible avant les grandes pestes qui eurent lieu sous Marc-Aurèle et Commode. On peut admettre, avec assez de vraisemblance, qu'elle varia le plus souvent entre un million et un miUion et demi, dans cette période, et dépassa peut-être même parfois ce dernier chiffre; mais il n'est guère probable qu'elle l'ait jamais excédé de beaucoup ^, quoique des savants distin-

2 Voilà du moins ce qui résulte de la revision soigneuse à laquelle

gués, comme Bunsen, Zumpt, Hoeck et Marquardt, soient arrivés dans leurs calculs à environ deux millions , chiffre possible pour l'époque de Trajan, mais certainement beaucoup trop fort pour le quatrième siècle, la dépopulation ayant antérieurement déjà commencé. La consommation de blé de la ville de Rome s'élevait, d'après Aurélius Victor et Josèphe, au temps de ce dernier, à soixante millions de mesures (modii). En admettant soixante mesures ^ par tête pour la moyenne annuelle de la consommation d'un homme fait, on aurait un million d'habitants; mais, comme les femmes, les enfants et toutes les personnes de qualité en consommaient certainement beaucoup moins, cela porte à conclure à un chiffre bien plus élevé.

Gibbon toutefois, prenant le nombre des maisons pour base de son calcul, n'admet que 1,200,000 âmes, efc Bureau de la Malle s'est même arrêté au chiffre de 550,000 âmes dans le sien, considérant que l'espace compris dans l'enceinte du mur d'Aurélien ne représente qu'environ les deux cinquièmes de la superficie de Paris (avant l'annexion de la banlieue). Mais déjà Zumpt a fait observer qu'avec une densité comme celle des quartiers qui formaient naguère le quatrième arrondissement de la ville de Paris, la population de Rome, dans les limites de ce mur, devait atteindre 1,153,000 habitants. Or les logements des anciens, comme on a pu le reconnaître depuis à Pompéji, étaient beaucoup plus restreints que ceux des modernes. En outre, le mur d'Aurélien, il importe de le faire remar-

E. de Wietersheim , dans son Histoire de la migration des peuples (tome I, p. 265), publiée en 1859, a soumis toutes les évaluations antérieurement faites à ce sujet.

' * Le modiuSj de 16 sextarii , était d'un peu plus de 8 litres et demi. *

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