LIVRE I. — LA VILLE
cVune manière absolue, sans doute dans Tintérêt de la conservation du pavé, des égouts et des maisons, la construction de ces dernières laissant beaucoup à désirer, sous le rapport de la solidité, comme nous le verrons bientôt, l'entrée de Rome à toutes les voitures trop pesamment chargées.
En général, le mouvement de voitures indispensable pour l'approvisionnement, les besoins des constructions particulières et l'expédition des voyageurs, resta ainsi borné aux deux dernières heures du jour et à la nuit, jusqu'à l'aurore. La liberté de circulation, pour ces véhicules, ne paraît avoir été complète que hors des villes, près des portes desquelles devaient se trouver les stations des cochers de voitures de louage {cisiarii), qui transportaient aussi les voyageurs. On a retrouvé, par exemple, à Pompéji, sur la grande route, devant la porte d'Herculanum, les restes d'une écurie. Un édit de Claude rappela aux voyageurs, dans toutes les villes d'Italie, de ne les traverser qu'à pied^ en litière ou en chaise à porteurs. Cependant Sénèque se plaint, sous Néron, du roulement des voitures de passage à Baies, ce qui doit faire penser que la police, à cet égard, n'était pas observée partout aussi strictement qu'à Rome. Adrien et Antonin réitérèrent la défense de parcourir les villes en voiture et à cheval. Si Artémidor, qui paraît avoir écrit sous Commode, appelle l'usage du cheval, dans celles ci, un apanage des hommes hbres, il n'entend sans doute faire allusion, par ces mots, qu'aux cavalcades de cérémonie, d'autant plus que l'usage des voitures, d'après le môme passage, n'était permis qu'aux prêtresses. Bien plus lard même, Aurélien, avant qu'il fût empereur, n'osa pas lui-même, quoique souffrant d'une blessure, faire son entrée dans la
ville d'Antioche en voiture, mais la fit à cheval, pour ne pas choquer la coutume. Cependant on avait commencé à s'écarter des anciennes règles de police, à Rome, dès le troisième siècle, où l'usage des voitures, et particulièrement de voitures de luxe garnies d'argent, paraît avoir été un des privilèges attachés à la dignité des préfets du prétoire et d'autres grands officiers de l'empire, pour devenir hientôt aussi celui de tous les sénateurs et finalement commun aux particuliers même. Ammien Marcellin parle des grandes dimensions des carrosses de son temps, et du danger, pour les passants, de leurs courses à fond de train. D'autres périls constants et sérieux menaçaient, à Rome, les habitants des maisons en location, bâties pour la plupart avec une légèreté déplorable par des entrepreneurs. Cette spéculation avait un côté tentant, mais exposait aussi de l'autre à de grands risques. Ces maisons, quand tout allait bien, étaient d'un excellent rapport; seulement, avec la fréquence des incendies à Rome, on avait aussi à craindre d'y perdre tout son capital. Les entrepreneurs trouvaient ainsi leur intérêt à bâtir avec le moins de frais possible, de manière à pouvoir, même dans le cas d'un sinistre, retirer en quelques années du produit des loyers une somme excédant les frais de construction, ou du moins sauver le capital. Les étages supérieurs n'étaient qu'en bois et charpente, comme l'indiquent assez les mots tabulata, contignationes. Telle était de plus la négligence dans le mode de construction usité pour les maisons particulières, qu'on y voyait continuellement se produire aux murs des fissures et des crevasses, à une époque dont les construcfions publiques nous étonnent, encore aujourd'hui, par leur indestructible solidité. « Partie de nos angoisses, » dit Sénèque, « sont causées par nos toits. »