LIVRE I. — LA VILLE
Même dans les salles de grands palais, ornées de peintures, tout le monde était dans l'épouvante et prêt à se sauver, au moindre craquement. Une grande partie de maisons en location, menaçant ruine, avaient besoin d'être étayées. On négligeait les réparations les plus nécessaires, ou on n*y pourvoyait qu'insuffisamment. Aussi, les écroulements de maisons figuraient-ils déjà dans les derniers temps de la république, avec les incendies, parmi les calamités dont Rome était plus particulièrement affligée. La mort du philosophe Athénée de Séleucie, par exemple, fut causée par l'écroulement de nuit de la maison qu'il habitait. Catulle prise ironiquement, comme un avantage de la condition du pauvre mendiant, de n'avoir à redouter aucun de ces deux malheurs. Strabon ne cesse pas de nous entretenir de ce double genre d'accidents. Telle était la peur qu'on en avait, que cela suffisait presque pour dégoûter du séjour de Rome les personnes craintives, et il n'est guère probable que ces dangers aient diminué dans les siècles suivants.
Les incendies, si rares dans la Rome moderne, presque enfièrement bâtie en pierre et en brique, n'étaient pas seulement très fréquents dans l'ancienne, mais y avaient un caractère triplement funeste, par suite des défauts déjà signalés du mode de construction, de la hauteur des maisons et du manque de largeur des rues. Le grand nombre de bâtisses accessoires et d'échoppes en bois adossés aux maisons, alimentaient surtout le feu et propageaient les flammes avec une effrayante rapidité par toute la ville. Il en fut notamment ainsi dans l'incendie de 237, dont parle Hérodien^ L'histoire de cette ville, sans
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parler des petits incendies qui s'y renouvelaient sans cesse, en mentionne une série de beaucoup plus terribles, dont les ruines et les décombres amoncelés contribuèrent beaucoup à Texliaussement graduel de collines. Sous Tibère, il y eut deux grands incendies : en l'an 27 de notre ère ce fut le Célius, en 37 l'Aventin, qui brûla avec la partie contiguë du grand cirque. Dans ces deux circonstances, Tibère fit son possible pour réparer le dommage. Pour le second, l'indemnité accordée fut de 100 millions de sesterces, ou plus de 27 millions de francs. Caligula aussi accorda des indemnités dans des cas semblables. Les traces de ces ravages étaient encore visibles du temps de Vespasien. A l'incendie néronien en succéda, sous Titus, un trèscalamiteux aussi, qui sévit pendant trois jours et trois nuits au Champ de Mars. Un autre, sous Antonin le Pieux, anéantit 340 maisons d'habitation. Le plus grand après l'incendie de Néron fut celui qui éclata, sous Commode, dans le voisinage du temple de la Paix; il commença par détruire des magasins remplis de marchandises d'Egypte et d'Arabie, puis gagna le mont Palatin. Tous les efforts pour l'arrêter furent vains; il ne s'éteignit qu'après avoir brûlé jusqu'à terre une grande partie de la ville, consumé, entre autres édifices, le temple de Vesta et dévoré d'immenses richesses, quand il ne trouva plus d'aliment.
Rome était aussi extrêmement sujette aux ravages d'autres fléaux naturels, revenant à des intervalles plus ou moins courts. Les tremblements de terre n'y étaient pas rares. Il y en eut un en l'an 5 de notre ère; d'autres en 15, 51 et 59 (le 30 avril). En 191, sous Commode, l'incendie déjà mentionné fut précédé d'un tremblement de terre, et en 297 un autre, dont parle Dion Cassius, impressionna vivement la superstition populaire.