‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 41 sur 266 · LIVRE I. — LA VILLE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LA VILLE

Souvent ces convulsions du sol élaient accompagnées d'inondations, en tout temps fréquentes à Rome. Nulle part les débordements du Tibre ne s'étendaient aussi loin que dans la ville même. Il en est encore ainsi de nos jours. Quoi que l'on fît, pour se prémunir contre cette calamité, les eaux jaunâtres du fleuve, refoulées de son embouchure par les tempêtes de la mer, et gonflées par des pluies torrentielles, revenaient sans cesse, au printemps ou en automne, inonder les parties basses de Rome* Atteignant même quelquefois des quartiers plus élevés, elles emportaient nombre d'hommes et d'animaux, dans leur crue subite. C'est ainsi que fut détruit l'ancien pont en bois sur le Tibre. Des quartiers presque entièrement submergés par les flots on ne voyait plus, alors, à découvert que la partie supérieure des bâtiments les plus élevés; pendant des jours entiers on ne traversait les rues que dans des canots, servant à ravitailler les habitants, isolés par les eaux qui interceptaient toute autre communication. De grandes inondations eurent lieu en 27, 23 et 22 avant Jésus- Christ, ainsi que dans les années 5, 15, 36 et 69 de notre ère, et, plus tard, sous les règnes de Nerva, Trajan, Adrien, Antonin et Marc-Aurèle. Il est probable que les inondations déiruisirent souvent de grands approvisionnements de grains, les entrepôts et principaux magasins de céréales, voisins du Tibre, se trouvant plus particuhèrement exposés à ces ravages. Aussi, le fleuve une fois rentré dans son lit, l'écroulement des bâtiments minés par les eaux, des épidémies et la famine, ne tardaient pas à s'ensuivre.

Cependant la famine, dont Rome connut les horreurs, y fut souvent aussi produite par d'autres causes. La plus grande sollicitude des empereurs ne parvenait pas tou-

jours à prévenir les accidents et à détourner les hasards capables d'occasionner la disette et la cherté, dans une \ille dont l'immense population agglomérée n'avait que les récoltes des pays d'outre-mer pour assurer sa subsistance. 11 ne leur était pas plus facile de conjurer le danger des révoltes qui pouvaient en résulter. Pendant une disette, qui suivit le débordement du Tibre, et qui de Tan 6 se prolongea jusqu'à l'an 8 de notre ère, le blé atteignit des prix exorbitants. On expulsa une multitude d'esclaves et d'étrangers de la ville, pour y rendre la misère plus supportable, et il fallut, en outre, des efforts extraordinaires pour parer à l'imminence d'une révolte. Une autre disette de l'an 19, dont parle Tacite, faillit ramener une crise du même genre. Sous le règne de Claude, il y eut deux grandes disettes, dans les années 41 et 52. La première, occasionnée par l'emploi de beaucoup de navires aux travaux du pont de Caligula, de Puteoli (Pouzzoles) à Baies, en construction depuis l'an 39, détermina l'établissement du port d'Ostie. Lors de la seconde , causée par le manque des récoltes, il ne restait plus du blé que pour quinze jours; une émeute éclata et Claude n'échappa qu'avec peine à la fureur populaire. Heureusement, l'hiver fut doux et les grandes primes accordées par l'empereur à la navigation et au commerce des grains se montrèrent suffisamment efficaces. De nouvelles famines sont mentionnées en 69 en 138 sous Antonin le Pieux, en 166 sous Marc-Aurèle, et en 188 sous Commode. Ce retour fréquent des disettes à Rome, nous les montre comme un des fléaux infligés en quelque sorte fatalement à la cité reine du monde.

Les germes d'épidémies destructives y ont aussi de tout temps été comme inhérents au sol. L'insalubrité de la campagne de Rome est d'une notoriété proverbiale. Déjà

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