LIVRE II. — LA COUR
des de l'empire, est un des signes les plus certains de raccomplissement de cette transformation de l'étiquette, à la cour des empereurs romains. Non seulement les Eusèbe et les Eutrope gouvernaient à Byzance et à Ravenne , en maîtres plus absolus que ne l'avaient jadis été les Narcisse et les Pallas, à Rome; ils étaient de plus, même légalement , assimilés en rang aux plus hauts fonctionnaires de l'empire. Un décret du Code Théodosien, de l'an 422, traile les grands camériers d'égaux des préfets du prétoire et de ia ville. C'est sur ce grand office de chambellan que se modela plus tard celui des majordomes ou maires du palais francs. Mais , avant d'entrer dans plus de détails sur les attributions de tous ces fonctionnaires, il importe de bien considérer la position des affranchis impériaux , abstraction faite de leurs états de service, et de jeter un coup d'œil sur la suite des modifications qu'elle subit, sous les règnes des deux premiers siècles.
C'est dans les contrées de l'Orient, ces foyers primitifs de la civilisation antique, la Grèce, l'Asie Mineure, la Syrie et l'Egypte, que se recrutait presque exclusivement, à cette époque, la domesticité du palais impérial, ainsi que celle des autres grandes maisons de Rome. .Tandis que le Nord et l'Occident fournissaient surtout les gardes du corps, auxquels les empereurs confiaient la défense de leur personne, ce furent des Grecs et des Orientaux qu'ils choisissaient de préférence pour leur service particulier et la gestion de leurs affaires. On vit ainsi continuellement repa-
raître au faîte du pouvoir des hommes sortis du sein des nations que l'orgueil romain méprisait le plus profondément, entre toutes. C'est que les Orientaux, comme un des leurs, Hérodien', s'est complu à le faire sonner, avaient le plus de sagacité. Dans une des fameuses satires du temps, le Grec, à Rome, apparaît comme un homme doué d'un esprit vif et prompt, d'une étourdissante volubilité de langage , capable de se faire à tout, passé maître dans l'art de flatter et de dissimuler, né comédien , d'une effronterie sans exemple, sans scrupule et sans vergogne dans le choix des moyens, pour arriver à ses fins^. Tacite a très bien jugé de l'imagination des Grecs , facile à exciter, ainsi que portée à la nouveauté et au merveilleux , en disant que ce qu'ils feignaient, ils le croyaient aussi^ Le portrait de Juvénal est peut-être trop chargé de couleurs. Il oublie trop les qualités qui brillaient encore chez ce peuple, jusque dans sa décadence, l'instruction plus haute des Grecs, le tour plus fm de leur esprit et l'élégance de leurs manières, ce qu'il y avait chez eux d'ingénieux, leur grande habileté en affaires surtout, par laquelle ils s'étaient anciennement déjà rendus , à la cour de Suse et de PersépoUs^, aussi indispensables que plus tard à Rome.
Les Syriens passaient pour être des hommes prudents , très forts sur la plaisanterie, moqueurs, frivoles et amis du changement, mais aussi perfides que rusés ^
Le caractère national des Égyptiens présentait, au jugement des Grecs et des Romains, un bizarre amalgame de
- Juvénal, III, 57-114.
3 Annales, V, 10,
* Grote, Hisiory of Greece ,\o\. IV, p. 35!
5 Hérodien,III, tl, 8.