‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 54 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

Néron, peut-être le même que l'eunuque prégustateur dans l'empoisonnement de Claude, ne fut pas seulement épargné, mais obtint même de Galba une charge de procureur des plus lucratives ^ Le plus puissant toutefois, sous ce règne, fut un favori personnel de l'empereur, Icèle, homme d'antécédents infâmes-, mais qui avait fait preuve de dévouement pour son maître ^ Il fut promu à l'ordre équestre, par la remise de l'anneau d'or, et môme désigné pour candidat au gouvernement militaire de Rome, autrement dit à l'office de préfet du prétoire \ Lui aussi abusa de son pouvoir pour se livrer aux rapines les plus scandaleuses^. Othon le fit exécuter^, mais il réintégra en même temps dans leurs places les affranchis et les procureurs de Néron, ce qui répandit partout l'inquiétude^.

A la cour de Vitellius on vit Asiaticus, affranchi du nouvel empereur, s'élever, d'une condition non moins abjecte que celle d'Icèle, à un pouvoir égal. Fatigué de son maître, qui avait abusé de sa personne, il s'était sauvé à Puteoli (Pouzzoles), où il gagnait sa vie comme débitant d'une boisson consommée par les gens de la plus basse classe. Arrêté et rentré en faveur, il irrita de nouveau Vitellius à tel point que celui-ci, dans sa colère, le vendit au chef d'une troupe de gladiateurs qui courait les foires et marchés; mais l'ayant repris, malgré ces antécédents, une

^ Ampli ssima procuration suivant l'expression de Suétone, Galba, chap. XV.

'^ E veleribus concubinis. Suétone, Galba, chap. xxii. 3 Plutarque , Galba , chap. vu. — Suétone, Néron, chap. xlix. ^ Tacite, Hist. 1 , 13. — Suétone, Galba, chap. xiv. '^ Tacite, Hist. I, 37; II, 95.

*^ Ibid., I, 46.

" Suétone, Othon, chap. vu. — Dion Cassius, LXIV , 8.

seconde fois dans sa maison, il lînit par l'affranchir.

Dès le jour de l'avènement du nouvel empereur, Asiaticus fut promu chevalier et, en moins de quatre mois, il avait tout fait pour égaler les affranchis les plus décriés des cours précédentes. Il périt avec son maître, probablement à la croix*.

On a peu de données sur les affranchis des deux premiers Flaviens. Cependant, même sous Vespasien, Hormus, homme très mal famé de cette classe, qui avait pris une part active à la guerre civile, et auquel on imputa la destruction de Crémone, fut élevé au rang de chevalier-. De plus, Suétone rapporte que Vespasien aimait assez donner les emplois lucratifs aux plus rapaces de ses procureurs, afin de se ménager l'occasion de les faire condamner plus tôt et de profiter alors du fruit de leurs rapines^, conduite qui fait paraître sous un mauvais jour l'avarice connue de cet empereur. Il est certain que, sous Domitien, les affranchis regagnèrent des offices importants et un grand pouvoir \ Les camériers Parthénius et Sigère furent de puissants personnages à cette cour, et l'empereur, en conférant au premier la juridiction criminelle sur les troupes, le rendit presque l'égal du gouverneur civil et militaire de Rome'^.

Les règnes de Nerva et de Trajan amenèrent un changement considérable dans la position des affranchis de la

^ Servilï'supplicio. Tacite, Hisi., IV, 11; II, 57 et 95. — Suétone, Vitellius, chap. xii.

2 Tacite, Hist, III , 12 et 28; IV, 39.

3 Creditur etiam procuratorum rapacissimum quemque ad ampliora officia ex industria solitus promovere, quo locupletiores mox condemnaret. Vie de Vespasien , chap. xvi.

■' Suétone, Vie de Domitien, chap. vu.

'-> DionCassius, LXVII . 15.

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