‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 55 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

maison impériale. Cependant, le ton sur lequel Pline le Jeune vante les nouvelles maximes de gouvernement, permet de reconnaître qu'ils étaient encore assez puissants, ce La plupart des princes antérieurs, » dit-il, a étaient à la fois les maîtres des citoyens et les esclaves des affranchis, dont les conseils et les signes guidaient l'empereur, qui n'entendait que par leurs oreilles et ne parlait que par leur bouche. C'est par l'entremise des affranchis, ou plutôt directement auprès d'eux, qu'on sollicitait la préture, les dignités sacerdotales et le consulat. Vous rendez encore, il est vrai, seigneur, à vos affranchis, les honneurs qui leur sont dus, mais en les traitant comme des gens de leur classe, convaincu qu'une réputation d'honnêteté et d'intégrité doit parfaitement leur suffire; car, vous savez que l'air de grandeur des affranchis rapetisse le prince. D'ailleurs, vous n'en avez auprès de vous aucun qui ne vous soit cher, à vous, ou à votre père, et à tous les gens de bien. Puis, vous leur recommandez chaque jour de se tenir à leur place et de ne pas envisager leur. position comme la vôtre, mais avec toute réserve. Aussi sont-ils d'autant plus dignes de recevoir nos hommages, que nous ne sommes pas forcés de leur faire honneur^ » Avec tout cela, de l'aveu du même auteur 2, accuser un affranchi de la maison impériale, passait pour une affaire très scabreuse, même sous ce règne.

Il paraît qu'Adrien, pour assurer son adoption, ne dédaigna pas de gagner les affranchis de Trajan par des présents et par des attentions. Lui-même tenait, il est vrai, à ce que ceux de sa propre maison ne se répandissent pas

1 Panégyrique de Trajan , chap. lxxxviii.

2 Lettres, VI. 31.

dans le public, et n'était guère disposé à leur accorder de l'influence sur sa volonté. Sévère contre quiconque osait se vanter d'en avoir auprès de lui, il avait coutume de dire que les empereurs des premiers temps portaient justement la responsabilité des vices de leurs affranchis ^

Antonin le Pieux aussi était très- sévère à l'égard de ses affranchis. Il pensait, avec raison, que le plus , sûr moyen d'anéantir l'influence de la domesticité de cour et de l'empêcher de vendre ses communications, c'était de prendre directement ses informations sur toutes choses^. Mais Marc-Aurèle était trop placide, du moins vis-à-vis de l'influence des affranchis Géminas et Agaclyte, favorisés par son corégent, Lucius Yérus, pour chercher à la briser. 11 souffrit même que Vérus mariât le second avec la veuve de son cousin, Annius Libon, mort gouverneur de Syrie, en 465^ et assista lui-même à la noce, malgré sa répugnance pour ce mariage. Après la mort de Vérus cependant, il éloigna, sous d'honnêtes prétextes, tous les affranchis de son collègue, à l'exception d'Eclectus, qui devint plus tard le meurtrier de son fils*. Sous Commode, les affranchis déployèrent un arbitraire aussi effréné que du temps de Claude même, etCléandre, l'un d'eux, occupa réellement le poste de gouverneur militaire de Rome, le plus élevé en dignité après le trône. Pertinax s'attira la haine mortelle de la domesticité de cour par les mesures énergiques qu'il prit contre ses déportements, et cette haine ne fut

1 Vie d'Adrien , cliap. iv et xxi.

2 Vie d' Antonin le Pieux, chap. vi et xi.

3 Tillemont, II, p. 592.

i Vie de Lucius Vérus, chap. ix, et de Marc Antonin , chap, xv.

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