‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 56 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

pas ce qui contribua le moins à précipiter sa chute'. Enfin, parmi les empereurs de l'âge suivant, qui sortent déjà du cadre de cette période, il faut encore mentionner Septime Sévère comme rigide à l'égard des affranchis, qui se rattrapèrent par un ascendant d'autant plus grand sur son fils Caracalla , dont ils partagèrent la destinée (2). Mais bientôt, sous Héliogabale, les saturnales revinrent pour eux^

En général , à chaque changement de règne , la domesticité de la maison impériale passait tout entière de la cour de l'empereur défunt à celle de son successeur. Cela permettait à la plupart de ses membres d'acquérir une expérience qui leur apprenait l'art de conduire leur barque dans toutes les eaux^. Claude dit Etruscus^ qui mourut octogénaire, vers 93, sous Domitien, était arrivé presque enfant à la cour, sous Tibère, et servit dix empereurs, sans encourir, comme il paraît, plus d'une seule fois dans sa vie une courte disgrâce^. Six de ces princes avaient péri de mort violente; mainte ancienne famille avait disparu, dans le cours de tant de règnes sanglants, de terribles commotions avaient bouleversé le monde. Cela n'empêcha pas le vieil affranchi de marcher tranquillement, en pleine jouissance de la considération qu'il avait obtenue et

1 Vie de Periinax^ chap. xiv et xii. — Dion Cassius, LXXIII, 8-10.

2 Ihid., LXXVI, 6, LXXVU, 18 et 21 , LXXVIII , 10.

3 Vie d' Héliogabale, chap. xi.

* Tacite, Annales, XIII, 47.

^ Stace, Silves, III, 3.

de ses immenses richesses, aune fin paisible. Ainsi grandirent et parvinrent, dans les palais des empereurs, des centaines d'affranchis, qui surent se plier successivement aux volontés de tous leurs maîtres et survécurent à tous. Qui aurait pu raconter tout ce qu'ils savaient? La sécurité de leur position allait, il est vrai, en diminuant, à mesure qu'ils s'élevaient davantage. Comme on a pu le voir par ce qui précède, en ajoutant aux exemples de Calliste et de Pallas celui de Doryphore, un des plus puissants affranchis de Néron, qui le fil, dit-on, empoisonner en 62, pour avoir voulu empêcher son mariage avec Poppée, beaucoup d'entre eux marchaient à leur ruine, du moment où leurs richesses commençaient à exciter la convoitise de l'empereur', quand le maître ou d'autres favoris prenaient ombrage de leur pouvoir, ou que, dans les révolutions de palais, fréquentes à cette époque, et dans les conjurations qui se faisaient autour du trône, ils se trouvaient parmi les chefs du parti vaincu; toutes les fois, enfin, que les conséquences de leur participation à des actes graves, ou de fatales circonstances, venaient se retourner contre eux-mêmes. Ces dangers, pour eux, étaient d'autant plus à craindre qu'il ne leur arriva que trop souvent d'exercer une influence décisive dans les conspirations contre les empereurs, le choix de leurs épouses ou l'adoption de leurs successeurs.

Les richesses qui affluaient dans leurs mains, par suite de leur position privilégiée, étaient une des principales sources de leur pouvoir. Il est certain qu'à cette époque, où l'opulence des affranchis était devenue proverbiale.

1 Josèphe, A. J. XIX, 1, 10. — Suétone, Néron, chap, xxxv : Libertos divites et senes — veneno — inlercepit. — Tacite, Annales ,\i\ , 65.

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