‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 57 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

très-peu de particuliers pouvaient rivaliser, à cet égard, avec cette classe de serviteurs de la maison impériale. Pallas possédait trois cents millions de sesterces ou environ soixante-quinze millions de francs^; Narcisse, Calliste, Doryphore, Épaphrodite- et d'autres, passaient pour avoir des richesses non moins colossales, et on verra plus loin qu'il y avait encore des affranchis énormément riches , dans des positions moins élevées. Claude se plaignant de ce que son trésor fût à sec , on entendait dire partout que ses coffres regorgeraient d'argent, si ses deux affranchis, Narcisse et Pallas, voulaient bien partager avec lui^. Épictète raconte qu'un de ces Crésus, auquel on avait fait rendre gorge, s'étant jeté aux genoux d'Épaphrodite en lui représentant son malheur d'être réduit à ne plus posséder que soixante millions de sesterces (environ quinze milUons de francs), ce dernier compatit profondément à une disgrâce dont il ne se serait jamais consolé lui-même'^.

Indépendamment de ce que leur rapportaient des postes lucratifs, les affranchis avaient, dans les provinces comme à Rome, dans les administrations fiscales comme au service particulier de l'empereur, mille occasions d'accroître leur fortune, en profitant habilement des circonstances, même sans précisément commettre des rapines et des exactions. Il va sans dire, d'après cela, que les affranchis employés au service de la cour se faisaient payer toute démarche,

* Tacite , Annales , XII , 53 , 3.

2 Successeur du précédent. Épictète avait été l'esclave de ce même Épaphrodite, qui aida Néron à se suicider et fut plus tard mis à mort par ordre de Domitien.

^ Suétone, Claude, chap. xxviii.

^ Dissertationes, I, 26 , 11. * Ces dissertations, qui forment tout un cours de morale et de philosophie , n'ont pas été rédigées par Épictète lui-même , mais par son disciple Arrien *.

réelle ou feinte, pour faire parvenir une requête à l'oreille du prince, ainsi que toute influence directement ou indirectement exercée sur ses résolutions. Il se faisait un trafic de nouvelles très-profitable avec tout ce qui pouvait intéresser dans les paroles, les intentions, les moindres velléités de l'empereur. Souvent ces renseignements, vendus à prix d'or, n'étaient que de la fumée [fumi), suivant l'expression du poëte Martial, représentant à l'honnête homme pauvre qu'il n'y a pas moyen de vivre à Rome pour qui ne sait se faire dénonciateur et abuser le monde,

Vendere nec vanos circum palatio fumos ^

Les mesures réitérées des empereurs contre ce trafic de faux bruits et de rapports fallacieux, montrent l'impossibilité d'empêcher le renouvellement de ce genre d'abus. On vante, dans V Histoire auguste , la rigueur avec laquelle Antonin le Pieux et Alexandre Sévère procédaient contre ceux qui s'étaient rendus coupables de pareils méfaits^. Ce dernier alla jusqu'à les livrer au supplice de la croix et n'hésita même pas à faire asphyxier au pilori, sur la place pubhque, Vetronius Turinus qui, étant de ses amis, avait fait métier de ce trafic. Pendant l'exécution, le héraut présent criait au peuple : ce Ainsi périsse par la fumée celui qui a vendu de la fumée. » Ce que l'auteur de la Vie d^Héliogahale raconte , sur le ton puéril des biographies d'empereurs de cette époque, de la conduite d'un favori de ce prince, s'apphque aussi à d'autres temps. Ce favori, du

2 Vie d' Antonin le Pieux, chap. xi. — Vie d'Alexandre Sévère, chap. XXIII et xxxvi.

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