‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 58 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

nom d'Aurélius Zoticus, fils d'un cuisinier de Sniyrne, trafiquait, en faisant naître toute sorte d'espérances chimériques et leurrant avec la perspective d'immenses richesses, de tout ce que disait et faisait l'empereur. Menaçant les uns et promettant à d'autres, il trompait tout le monde. Sortait-il de chez l'empereur, il abordait tel ou tel en lui disant : Voilà ce que je viens de dire de vous , ce que je viens d'entendre sur votre compte, ou bien voilà ce qui vous arrivera, à la manière des gens de son espèce, qui, admis à ime grande familiarité avec des princes, bons ou mauvais, mais aveuglés, arrivent, en trafiquant de leurs noms et abusant de leur sottise ou de leur candeur, à s'engraisser par ces infâmes tromperies ^ Souvent aussi le prince s'apercevait du mal, sans pouvoir y remédier. Tel est, évidemment, le sens de ces paroles de Dioctétien : on vend l'empereur.

Possesseurs de si énormes richesses, les affranchis de la maison impériale éclipsaient tous les grands de Rome par leur luxe et leur magnificence. Leurs palais surpassaient le Capitole en splendeur^; la terre leur prodiguait tout ce qu'elle offre de plus rare et de plus précieux. Si Cornélius Balbus encore avait été tout fier de pouvoir montrer, dans son théâtre, quatre colonnettes d'onyx, Pline l'Ancien^ ne vit pas moins de trente colonnes de cette matière précieuse, ornant une salle à manger qu'avait fait construire Calliste. Pour Juvénal, c'est Licinus qui est le type de l'affranchi opulent. Le luxe que les hommes puissants de cette classe déployaient dans leurs bains, passait pour quelque chose

* Vied'Héliogabale, chap. x. — Dion Cassius, LXXIX, 16.

- Juvénal, XIV, 91.

■' Hist. nat., XXXVI , 60.

de fabuleux, même à Rome. Stace et Martial nous ont laissé la description d'une petite salle de bain [balneolum, thermulœ), que le fils de Claude Etruscus fit construire pendant le court exil de son père. On n'avait admis, pour la décorer, que les marbres les plus rares. Il paraît que les voûtes y étaient ornées de mosaïques en verre de couleurr^ diverses, représentant des sujets variés, comme nos vitraux d'église. De larges coupoles y répandaient un jour éclatant. L'eau ruisselait, par des conduits d'argent, dans des bassins du même métal. Une eau courante de la transparence la plus parfaite traversait le grand bassin, encadré de marbre, et la salle du jeu de paume était chauffée au moyen d'un calorifère souterraine Un autre bain [balneum) célèbre, celui d'Abascantus, dans un des premiers quartiers de Rome , pourrait bien avoir été construit par Faffranchi de ce nom, du temps de Domitien. Dans les serres de ces hommes opulents, que Martial, en parlant de celles d'Entelle, procureur des pétitions et requêtes (a libellis) sous le même empereur, compare aux jardins d'Alcinoils^, le raisin pourpre mûrissait en plein hiver^. Leurs parcs et leurs jardins étaient les plus vastes et les plus beaux de la capitale; leurs villas, les plus splendides des environs^. La renommée des jardins de Pallas et d'Épaphrodite est parvenue jusqu'à nous'*. Phlégon de Tralles^ fait aussi mention d'un prétoire de Pallas, dans le pays des Sabins. Ce fut un riche eunuque affranchi, admis sous Claude dans la maison de l'empereur, qui naturalisa

* Voyez Becker, Gallus , II, p. 206.

3 Pline, Bist.nat., XVIII, 7.

* Frontin, De Aquis , 25, 19.

5 Mirabilia, p. 92.

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