‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 59 sur 266 · LIVRE. II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE. II. — LA COUR

le premier en Italie, dans sa villa de la banlieue, le platane de l'espèce toujours verte'. Les affranchis, dans l'intérêt de leur popularité , embellirient Rome et d'autres villes de l'empire de somptueux édifices et de constructions d'utilité publique. Cléandre, le camérier de Domitien, se distingua surtout sous ce rapport, en faisant construire, entre autres, les thermes auxquels fut attaché plus tard le nom de Commode-. Les inventions du luxe le plus raffiné portaient le nom d'affranchis : telles les cuves de bains appelées Bajœ Posidianœ, d'après Posidès, affranchi de Claude. Elles étaient chauffées au moyen d'un jet d'eau thermale de Baïes ^.

Les obsèques des affranchis se faisaient avec une pompe tout orientale. Stace, dans ses Silves, décrit celles de Priscille, épouse d'Abascantus, ainsi que celles de Claude Etruscus. Des monuments de dimensions colossales, à l'ornement desquels tous les arts contribuaient à l'envi , comme le mausolée de Pallas , près de la voie Tiburline, et celui de L. Auréhus Nicomède, s'élevaient audessus du dépôt de leurs cendres, et d'ambitieuses épitaphes proclamaient les mérites des défunts à la postérité. Sur le premier on lisait :

HVIC SeNATVS OB FIDEM PIETATEMQVE ERGÂ PATRONOS ORNAMENTA PRETORIA DECREVIT ET SESTERTIVM QVINGVAGIES CVJVS HONORE CONTENTVS FVIT^.

La plus haute aristocratie de Rome rivalisait d'hommages et d'obséquiosité envers les serviteurs tout- puissants de l'empereur, quelque* profond mépris que ces descendants

^ Pline, Hist. nat., XII , 12.

2 Dion Cassius, LXXII, 12.

3 Pline, Hist. nat., XXXI, 5.

* Pline le Jeune, Lettres, VII, 29.

de familles antiques et glorieuses eussent, intérieurement, pour des hommes stigmatisés, à leurs yeux, par la tache indélébile de la servitude , et qui se trouvaient d'ailleurs encore, à maint égard, placés légalement au-dessous du mendiant de naissance libre; car, les affranchis de la maison impériale n'avaient guère, par cela seul, plus de droits que les autres membres de leur classe. L'élévation de quelques-uns d'entre eux en particulier, promus par les empereurs et le sénat à un rang supérieur, les autorisait tout au plus à prétendre aux droits de la deuxième classe, c'est-à-dire de l'ordre équestre, bien que certaines distinctions extérieures de la première y fussent, parfois, exceptionnellement jointes. Les promotions les plus fréquentes furent , dès le premier siècle de l'empire celles à l'ordre équestre, par la remise de l'anneau d'or. Cependant les empereurs paraissent avoir été, dans ce siècle du moins, sobres de la dispensation de cet honneur. Comme il ne fut précisément conféré qu'aux plus méritants ou aux plus choyés de ces favoris , il faut croire qu'il n'avait pas encore alors, à force d'être prodigué, perdu son relief, malgré l'affirmation contraire de Pline l'Ancien. On connaît l'élévation de Pallas à l'ordre équestre par le sénat. Peutêtre Narcisse avait-il aussi reçu l'anneau d'or. Si cet affranchi, de môme qu'un chevalier, du nom de Lacon, reçut du sénat les insignes de la questure' et Pallas même ceux delà préture^, comme Séjan, le premier chevalier qui en fut honoré, et plus tard aussi Macron^, on ne saurait y voir qu'une des anomalies du régime des affranchis de l'époque, ainsi que dans la permission d'assister aux

^ Tacite, Annales, XII, 53.

2 Pline le Jeune, Lettres, VlII, 6.

3 Dion Cassius, LVII, 19, et LVIII, 12.

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