LIVRE II. — LA COUR
séances du sénat, accordée aux deux favoris de Claude \ Généralement, la présence d'affranchis y passait pour une irrégularité. Icèle^, Asiaticus% Hormus'^ et Claude Etruscus^ furent aussi promus au rang de chevaliers, les deux derniers par Vespasien; Crispin le fut par Néron; mais de ce que Juvénal^ l'a appelé princeps equitum, par ironie sans doute, on ne peut conclure, avec certains érudits, qu'il ait été préfet du prétoire. Il n'y a même pas d'exemple d'affranchis honorés du cheval de l'État {equus puhlicus], qu'un fils d'affranchi, Marc-Aurèle Ménophile, obtint cependant. Souvent l'élévation au rang de chevalier était accompagnée de l'attribution d'un nouveau nom. Icèle reçut ainsi le surnom de Marcien'. Il est possible que le fait de pareils changements de nom , qui se renouvela pour Aurélius Zoticus, favori d'Héliogabale^, ne fût pas rare, et c'est probablement ainsi que s'expliquent les noms romains de l'Égyptien Crispin et du Smyrniote Etruscus. Il se pourrait aussi que ce nom d'Etruscus eût été substitué à celui de Lydus, car on sait, par Suétone et Martial, que les affranchis aimaient assez à changer leurs noms grecs contre des noms italiens ou romains. Le changement dans la position sociale dut aussi parfois déterminer celui du nom. Claude, en conférant à tous ses procureurs une juridiction en matière fiscale, éleva légalement jusqu'à lui, comme le fait observer Tacites, les affranchis qu'il avait
1 Dion Cassius, XL, 16.
' Suétone, Ga/6a , chap. xiv. — Plutarque, Galba, chap. vu.
3 Le même, Vitellius, chap. xii.
i Tacite, Hist,, IV, 39.
^ Stace, Silves. , III, 3, l'i3-145.
7 Suétone , Galba , chap. xiv.
8 Dion Cassius, LXXIX , 16.
» Annales, XII, 60.
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préposés à l'administration de son domaine privé. Narcisse et Parlhénius, camérier de Domitien, portèrent même le glaive, insigne d'une haute juridiction criminelle ^ Le droit de se servir d'une litière, en ville, et celui d'offrir le divertissement de spectacles au peuple, accordés par Claude à son affranchi Harpocras, paraissent avoir été des privilèges de l'ordre sénatorial^. Des sacerdoces et même des distinctions militaires ont été exceptionnellement conférés à des affranchis de la maison de l'empereur. Claude Etruscus obtint de Vespasien la faveur d'une place dans le cortège, lors du triomphe de Judée % avec la couronne d'olivier, donnée à ceux qui , sans avoir pris part à la guerre, avaient pris soin d'organiser la cérémonie triomphale'*. Auréhus Nicomède fut gratifié du javelot, de la bannière et d'une couronne murale^, et, en outre ^ honoré de fonctions sacerdotales, ordinairement remplies par des chevaliers, telles que le sacerdotium Cœninense et le pontificat mineur.
Abstraction faite de quelques périodes de courte durée, les distinctions extérieures des serviteurs de la maison impériale étaient cependant fort modestes. Au dehors du moins, on s'appliquait à maintenir et à faire sauter aux yeux leur rang subalterne et l'infériorité de leur origine, vis-à-vis des dignitaires impériaux de haute naissance, relevés par l'éclat de noms sonores et toute espèce de pompes. Mais, dans la réalité, les rapports étaient tout
1 Zonaras, p. 563. —Dion Cassius , LXV1I, 15; LUI, 13.
2 Suétone, Claude, chap. xxviii.
3 Stace, Silves, III, 3^ 140.
^ Aulu-Gelle, V, 6, 4.
^ Hasta pura et vexillo et corona murali donatus. CeUe couronne se donnait à celui qui était monté le premier à l'assaut d'une ville assiégée.