LIVRE II. — LA COUR
sieurs fois citée de Slace* , qu'il composa sur la commande du jeune Claude Etruscus, pour la glorification de son père, après la mort de celui-ci, contient quelques indications sur l'importance de la sphère et l'étendue des attributions de cet office. D'autres renseignements que l'on a sur la manière de parvenir et la position des affranchis à la cour, peuvent servir à les compléter. S'il manquait au père Etruscus, dit le poète, un ancien lignage et un arbre généalogique, la fortune l'en avait amplement dédommagé. Jl ne fut obligé de subir les volontés d'aucun maître vulgaire, mais n'eut que des maîtres auxquels l'Orient et l'Occident rendent hommage. Il n'eut pas à en rougir, car, qu'est-ce qui pourrait subsister, sur la terre comme au ciel, sans la loi commune de l'obéissance? Le soleil, la lune et toutes les étoiles du firmament, n'obéissent-ils pas à des lois immuables? Hercule et Phébus eux-mêmes n'ont-ils pas servi? De Smyrne, Etruscus était venu à Rome, où il avait débuté, dès l'adolescence, à la cour de Tibère. Émancipé jeune par cet empereur, il avait conservé sa position sous Caligula et obtenu une place, modeste encore, dans sa suite, lors de son voyage dans les Gaules. Sous Claude avait commencé son avancement et, à l'avènement de Néron, il n'y eut, comme il paraît, aucun changement dans sa position. Il avait donc heureusement conduit sa barque dans toutes les eaux. Puis (probablement encore sous Néron), on lui confia le dépôt sacré des trésors impériaux, c'est-à-dire l'administration générale des finances de l'empire. Comme l'impérieux Pallas- .venait de résigner ces fonctions en l'an 56, il se peut que l'on
* Silves, III, 3, 8i.
2 Qui velut arbitrium regni agehat (Tacite, Annales, XIII, 14). — Il paraît avoir été un allranchi d'Antonia , mère de Claude.
fût bien aise de lui donner pour successeur un homme jusque-là peu important. Le produit des mines d'or de ribérie et de la Dalmatie (généralement comprises dans le domaine impérial), celui des moissons de l'Afrique et de l'Egypte, des bancs de perles des mers orientales, des troupeaux tarentins, des fabriques de cristaux transparents d'Alexandrie , des forêts de la Numidie et du marché d'ivoire de l'Inde, le recouvrement de tous ces tributs, poussés parles vents, de tous les points cardinaux, dans le port de Rome, est désormais commis exclusivement à son administration. L'allocation des fonds pour les dépenses lui incombe de même. Par ses mains passent, chaque jour, toutes les sommes nécessaires pour l'entretien des armées , les distributions de blé à Rome, les constructions de temples, d'aqueducs et de digues, l'embellissement des palais impériaux, l'érection de statues aux dieux, la monnaie, etc. Son sommeil et ses repas sont courts; il évite tous les festins, et son esprit, toujours au travail, n'est jamais au plaisir. On ne sait pas au juste combien de temps Etruscus occupa ce poste. Il paraît qu'il n'y était plus quand il tomba en disgrâce , sous Domitien , et fut relégué sur la côte de Campanie. On permit cependant à son fils de l'accompagner dans cet exil' , tandis que son adjoint ou secrétaire intime-, que l'on traita avec plus de rigueur, fut exilé outremer. Le vieil Etruscus ne tarda pas , d'ailleurs , à obtenir son pardon et, peu de temps après, il mourut plus qu'octogénaire. Son tombeau fut couvert de fleurs du parfum le plus exquis , et les essences les plus fines se mêlèrent à ses
< Martial, VI, 83.
2 Curarum socius, mots qui pourraient du reste aussi s'appliquer à quelque chef d'un autre département.