LIVRE II. — LA COUR
cendres, dans Turne qui les renfermait. Peintres et sculpteurs se mirent à l'œuvre, pour immortaliser de leur pinceau, ou fixer en relief, sur les matériaux les plus précieux, les traits du ci-devant esclave, et les deux poëtes les plus célèbres du temps, Stace et Martial *, le chantèrent dans des élégies, qui ont transmis son nom et son histoire à la postérité ^.
L'office ou département des pétitions et requêtes était administré, sous le règne de Claude, par Polybe, déjà mentionné plusieurs fois et auquel Sénèque adressa, de son propre exil en Corse, à l'occasion de la mort d'un frère cadet du ministre, des consolations dont le tonlaudatif n'est rien moins que digne d'un philosophe. Il trouve, entre autres, un motif de consolation, pour le frère du défunt, dans la nature et l'importance de son office, qui lui fait un devoir de ne pas s'abandonner à sa douleur. Les yeux de tous ne sont-ils pas fixés sur lui? aucune faiblesse ne lui est permise, le monde lui demande et attend de lui de grandes choses. « Vous avez, » lui dit-il, «tant de milliers de solliciteurs à entendre, tant de milliers de requêtes à classer. Pour qu'une telle masse d'affaires, qui vous arrivent de tous les coins du monde, puissent être soumises avec l'ordre nécessaire à la décision du souverain , il faut que vous
2 M. Friedleender a consacré, dans le tome premier (pages 152-174) de son livre, à la hiérarchie du personnel et aux titulaires des trois départements à i^ationibus, à libellis ei ab epistolis , ainsi qu'au mode d'avancement des aftranchis en particulier, dans les deux premiers siècles de l'empire , une notice chronologique plus étendue , dont les éléments lui ont été fournis non seulement par les auteurs , mais surtout par les inscriptions du temps. Quelque intérêt qu'elle offre pour l'étude des détails de l'histoire de cette période, nous avons cru devoir nous borner à n'en utiliser, dans notre texte, que les données les plus saillantes, et renvoyons, pour le reste . à l'original allemand.
y» MOEURS ROMAINES.
remontiez votre propre esprit. Il ne sied pas de pleurer à qui est obligé d'écouter tant de gens qui pleurent. Pour sécher les larmes de tant d'hommes en périls qui désirent obtenir grâce et miséricorde de l'empereur, il faut que vous commenciez par sécher les vôtres \ » Polybe joignait d'ailleurs encore d'autres fonctions à cet office principal; il était aussi conseiller d'études (a studiis) de l'empereur^, emploi qui paraît avoir également formé un office de cour régulier ^ Il avait, entre autres écrits, composé des paraphrases de Virgile et d'Homère, et, dit à ce sujet Sénèque, « tant que la langue latine conservera son empire et la grecque .son charme, le nom de Polybe vivra, avec ces grands génies. Polybe est le seul des hommes puissants à la cour qu'il y ait non-seulement intérêt, mais plaisir à avoir pour ami. Avec toutes les faciUtés qu'il a pour s'enrichir, il n'en tire pas d'autre parti que l'avantage moral du mépris des richesses. Personne ne porte envie à sa fortune, tant il est estimé. » Tout l'écrit du philosophe est sur ce ton.
Polybe, qui avait succédé dans cet office à Calliste, dont la faveur datait du règne de Caligula, y fut remplacé successivement, sous Néron, par Doryphore et par Épaphrodite, puis, sous Domitien, par Entelle, derniers affranchis investis de la direction de ce département, à la tête duquel on ne voit plus figurer dans la suite que des chevaliers.
Avant l'organisation du secrétariat ou département des dépêches et lettres, Auguste avait écrit à Mécène pour le prier de lui céder Horace, qu'il aurait voulu s'attacher
1 Consolations à Polybe y chap. vi.
- Suétone, Claude, chap. xxviii.
•^ Orell'u 719, 2,958, 6,356.