‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 72 sur 266 · LIVRE H. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE H. — LA COUR

avait fait mettre aux fers et envoyés à l'empereur. Le mime Latinus, maître dans son art, et favori de Domitien, était fier d'être connu de toute la capitale pour le serviteur de son Jupiter, comme on le voit par ce distique de Martial* :

Vos me laurigeri parasitum dicite Plieebi Roma sui famulum dum sciât esse Jovis.

Il rapportait à l'empereur les nouvelles du jour, et ses dénonciations le faisaient craindre partout.

Dans l'armée des autres serviteurs de la cour, bornonsnous à mentionner, en passant, les pages et les mignons {delîcafi), sans soulever davantage le voile, qu'il vaut mieux laisser étendu sur ce côté des mœurs antiques. Il suffit, d'ailleurs, de nommer Antinous pour rappeler le degré d'influence auquel eux aussi parvenaient quelquefois. Antinoiis fut-il esclave, ou affranchi comme Earinus, l'échanson de Domitien-? Toute affirmation, sur ce point, paraît aussi hasardée dans un sens que dans l'autre.

Il est naturellement peu question de la domesticité féminine, attachée soit à titre d'affranchies {libertinœ), soit à celui d'esclaves, à la maison impériale. Cependant, on ne saurait passer sous silence quelques faits caractéristiques pour leur position. Ainsi la juive Acmé^, esclave de Livie, se laissa gagner, au moyen de fortes sommes, par le bâtard d'Hérode le Grand, Antipater, pour le seconder activement

' Slace, Silves, III, préface et ode 4.

3 En syriaque, Hacma, sage ou prudente, d'après Letronne, Recueil des inscriptions de l'Egypte, vol. II, p. 359.

Mi MOEURS ROMAINES.

dans une intrigue contre la sœur d'Hérode, Salomé. Une lettre de cette correspondance ayant été interceptée, Acmé, qui Tavait écrite, paya son imprudence de lavie^ Othon, qui devint plus tard empereur, était entré dans l'intimité de Néron par l'entremise d'une affranchie très influente, qu'il combla d'égards et dont il feignit même d*être épris, quoiqu'elle fût déjà d'un grand àge^.

On comprend que, de toutes les femmes du palais, les concubines des empereurs eussent le plus de chance d'acquérir de l'influence et du pouvoir. Narcisse se servit de deux concubines de Claude pour faire parvenir à l'oreille de ce prince ses délations contre Messaline^. Quelques-unes réussirent à exercer sur des empereurs une fascination durable. Cependant, il n'y eut jamais dans l'empire romain de règne de maîtresses. Ce chapitre est le seul sur lequel les amateurs de scandale risquent d'éprouver quelque désappointement. Cela tient à la différence essentielle entre les rapports des deux sexes dans l'antiquité et les temps modernes. Le premier empereur qui se prêta à une pareille liaison amoureuse fut Néron, pendant qu'il n'était encore qu'un jeune homme de dix-neuf ans; la belle dont il s'éprit, l'esclave Acte; la patrie de celle-ci, l'Asie Mineure; mais, cette liaison choquait tellement les idées du temps que le préfet de la garde de nuit, Annœus Sérénus, dut se prêter à passer ostensiblement pour l'amant d'Acte. L'impératrice mère se prit de rage quand elle eut connaissance de

1 Josèphe, A. J. XVII, 5, 7; B. J. I, 32 . 6, 7.

2 C'était une liberta aulica gratiosa, suivant l'expression de Suétone, Othon, chap. ii.

3 Tacite, Annales, XI, 29,' etc. — Narcissus duas pellices, quarura is Claudius ) corpori maxime insueverat, largitione ac promissis, et iixore dejecta plus potenliai ostendando, perpulit delationem (Messalinœ) subire.

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