‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 73 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

cet amour pour une esclave, qui menaçait de paralyser son influence ; tandis que les amis plus âgés de l'empereur voyaient cette inclination de bon œil, la regardant comme un moyen de le détourner sans péril d'autres penchants beaucoup plus funestes. Sa passion pour Acte fut telle qu'il songea même à l'épouser. Des consulaires offrirent d'affirmer sous serment qu'elle était du sang royal des Altales*. Mais cette flamme ne tarda pas à changer d'objet; d'autres supplantèrent la favorite, et Poppée finit par l'emporter sur elle. Cependant elle survécut à Néron et lui rendit môme les honneurs suprêmes, avec deux de ses anciennes gouvernantes^. Ses obsèques, dont elle était sans doute assez riche pour supporter les frais, coûtèrent 200,000 sesterces (environ 50,000 francs). Sur le mont Célius, dans les jardins de la villa Mattéi, on a trouvé des pierres sépulcrales de quelques-uns de ses esclaves et affranchis.

Ce fut par des qualités d'un autre genre que Cénide, sans avoir l'éclat de la jeunesse et de la beauté, sut conserver jusqu'à sa mort l'attachement de Vespasien. Elle avait été affranchie de la mère de Claude, Antonia, qui, tirant parti de sa mémoire extraordinaire et de ses talents, non moins remarquables que sa fidélité, l'avait employée à écnre des lettres importantes"*. Vespasien l'avait connue et aimée jeune. Il la reprit chez lui après le décès de sa femme Flavia Domitilla, morte dès avant son avènement au trône, et la traita presque comme une épouse légitime. Elle devait déjà avoir une quarantaine d'années à cette époque. Suétone rapporte, comme un trait de l'insolence que

1 Dion Cassius, LXl, 7. — Tacite, Annales, XIII, 12, etc. — Suétone, JSéron, chap. xxviii.

- Ibid., chap, l.

3 Dion Cassius, LXVI, 14. — Suétone, Vespasien, chap. m.

montra de bonne heure le jeune Domitien, que cette amie de son père ayant voulu l'embrasser au retour d'un voyage, selon son habitude , il lui lendit froidement sa main à baiser ^ .

L'influence qu'elle avait sur l'empereur lui procura les moyens d'acquérir d'immenses richesses. On prétend même que Vespasien se servit d'elle pour remplir ses coffres; car elle recevait do l'argent de tous les côtés, en vendant des emplois, des procurations, des commandements militaires, des dignités sacerdotales et même des décisions souveraines. Si Vespasien n'envoya jamais personne à la mort par cupidité, il fit cependant, pour de l'argent, remise à beaucoup de condamnés de leur peine. C'était Cénide, il est vrai, qui touchait cet argent, mais on soupçonnait fortement l'empereur de s'entendre avec elle. Cependant elle ne jouit pas longtemps du pouvoir, car elle mourut dès 71 après J. C, dans l'année qui suivit l'avènement de Vespasien au trône. Après sa mort, plusieurs maîtresses lui succédèrent dans la faveur de ce prince^. Sur Anlonin le Pieux aussi, une concubine parvint à exercer assez d'influence pour que la rumeur publique pût lui attribuer la nomination d'un préfet des gardes du corps. Cette femme, que le biographe de l'empereur ne nomme pas, paraît, d'après une inscription, avoir été une affranchie de sa femme Annia Galéria Faustine^

Une maîtresse de Lucius Vérus, la Smyrniote Pantliée, doit son renom auprès de la postérité suitout aux hommages enthousiastes que lui adressa Lucien^, le plus spirituel écrivain du temps, pendant un court séjour à Smyrne,

1 Suétone, Domitien, chap. xii.

2 Le même, Vespasien, chap. xxi.

3 Henzen, Orelli, 5466.

* Imagines.

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