LIVRE 11. — LA COUR
vers l'an 162. Sa beauté, dit-il dans un de ses écrits, qui lui fut dédié, ne peut se décrire qu'autant que l'on se représente toutes les perfections des premiers chefsd'œuvre du pinceau et du ciseau grecs, toutes réunies dans sa personne. Sa voix est la plus suave que l'on puisse entendre; dans l'art et la mélodie du chant elle surpasse le rossignol; Orphée et Amphion trouveraient leur bonheur à l'écouter et à suivre chacune de ses notes. Elle joue du luth avec la même perfection. Non seulement elle a pour la poésie le goût le plus vif, mais elle connaît aussi à fond les ouvrages des historiens, des orateurs et des philosophes. En expérience, en inteUigence politique, sagacité et promptitude de conception, elle ressemble à Aspasie, ou plutôt elle lui est aussi supérieure que l'empire romain à l'État athénien de Périclès. Son panégyriste la compare ensuite à Théano, femme de Pythagore, à Sappho et à Diotime. Il ne se lasse pas de vanter sa bonté et son affabilité, sa douceur et sa gracieuseté pour les solliciteurs, sa modestie et sa fidélité à son auguste amant. La fortune ne Ta pas rendue orgueilleuse; elle cause avec tous ceux qui l'approchent, sans contrainte et sur le pied d'égalité; son air aimable gagne d'autant plus les cœurs qu'il n'y a rien d'affecté, mais que tout, chez elle, dénote la femme supérieure. Toute sa tenue, d'ailleurs, était en harmonie avec la haute position qu'elle occupait. Une nombreuse et brillante domesticité, des femmes de chambre, des eunuques et des soldats l'entouraient. Cette belle femme, ayant trouvé l'éloge de l'écrivain un peu exagéré, lui fournit l'occasion de maintenir toutes ses louanges et d'ajouter encore l'éloge d'une rare modestie ^
1 Pro imaginibus.
Panthée paraît avoir longtemps fasciné Vérus et même lui avoir survécu longtemps. Marc-Aurèle^ fait mention d'elle dans une de ses considérations mélancoliques sur la vanité de toutes les choses humaines. « Panthée et Pergame, » dit-il, «sont-ils encore assis auprès du cercueil de leur maître? ou Chabrias et Diotime, auprès de celui d'Adrien? Mais cela ferait rire. Cela fiit-il d'ailleurs, les défunts en auraient-ils le moindre sentiment? et s'ils en avaient le sentiment, y trouveraient-ils du plaisir? et, s'ils y trouvaient du plaisir, seraient-ils bien des immortels? N'est-il pas dans la destinée de leurs compagnes et compagnons de vieillir aussi d'abord, pour mourir ensuite? Et les uns morts, qu'y peuvent les autres? Oui, tout n'est que vanité, pourriture et poussière. »
Dans le harem de Commode, qui ne renfermait pas moins de trois cents concubines avec un nombre égal de jeunes esclaves^, l'affranchie Marcie occupait la première place, à laquelle elle sut se maintenir neuf ans. Elle n'avait passé à l'empereur qu'après le supplice de Quadratus (en 183), dont elle avait été concubine jusque-là^ Commode aimant la voir en amazone , se faisait appeler lui-même Amazonius, et voulut absolument, pour l'amour d'elle, paraître dans l'arène en costume d'amazone ^ Elle jouit de tous les honneurs d'une femme légitime et même d'une impératrice, à cela près qu'on ne portait pas le feu devant elle^. Chrétienne, ou du moins inclinant au christianisme ,
1 M. Antonin, Comm., VIII, 37.
2 Vie de Commode, chap. v. — Hac igitur lege vivens ipse cum trecentis concubinis, quas ex matronarum meritricumque delectu ad formée speciem concilia verat , trecentisque aliis puberibus exoletis, etc.
3 Dion Cassius, LXXII, 4.
^ Vie de Commode, chap. xi.
5 Hérodien, I, 16, 4.