LIVRE II. — LA COUR
comme plusieurs des affranchis de cette cour, Prosénès et Carpophore entre autres, elle avait des intelligences avec l'évêque de Rome, Victor ^ Il suffît d'un mot de sa bouche pour faire remettre en liberté les chrétiens condamnés au travail des mines en Sardaigne. On croit avoir retrouvé son portrait sur des monnaies, offrant, à côté de l'effigie de Commode, une tête de femme accompagnée d'un bouclier d'amazone. Il se pourrait, d'après une inscription^, qu'elle eût contribué à la restauration des thermes d'Anagni, avec l'affranchi impérial Euhode, natif de cet endroit. Sentant sa vie menacée, elle conspira la mort de l'empereur avec Létus et Eclectus, qui passe pour avoir été son amante Mais bientôt la Némésis l'atteignit elle-même et Didius Julianus la fit périr ^.
Même les esclaves de la maison impériale comptaient encore comme gens d'importance. Ils étaient souvent fort riches; on sollicitait leur faveur et on avait à subir leur arrogance. Adrien, voyant un de ses esclaves marcher entre deux sénateurs, lui fit donner un soufflet, avec l'admonestation de ne plus se permettre de ces famiharités avec des hommes qui pourraient être ses maîtres^.
1 Hippolyte, Réf. Haeres. IX, 2.
- Henzen, 7190.
3 Hérodien, I, 17. — Dion Cassius, LXXIi, 22. — Vie de Commode chap. XVII.
* Dion Cassius, LXXllI , 16.
^ Vie d'Adrien, chap. xxi.
Mais ces exemples de sévérité des empereurs pour leurs esclaves paraissent avoir été des exceptions, autrement les historiens du temps n'auraient pas cru devoir les signaler, comme Suétone' l'a fait pour Auguste et Dion pour Claude 2.
ce Comment se fait-il , » demande Epictète^, « qu'un homme acquière soudain de l'esprit, pour peu qu'on le nomme ne fût-ce qu'inspecteur des latrines {sic) au palais? Qu'est-ce qui nous fait dire aussitôt : Félicion m'a parlé avec tant de raison? Je voudrais, moi, qu'on le fît déguerpir de ses latrines, pour qu'il reparût un sot. Epaphrodile avait un cordonnier qu'il vendit, ne le trouvant bon à rien. Plus tard le même esclave, par un heureux hasard, fut acheté par une personne du palais et devint ainsi cordonnier de l'empereur. C'est alors qu'il fallait voir comme Epaphrodite l'honorait. Que fait le brave Félicion? demandait-il sans cesse; ou bien, rencontrant son ancien serviteur, il ne manquait pas de lui dire : Tu ne saurais croire, mon ami, quel cas je fais de toi. De même, quelqu'un de nous s'avisait-il de demander des nouvelles d'Epaphrodite, on répondait invariablement : Il est allé prendre conseil de Féhcion... « Je ne voudrais pas vivre, » s'écrie le philosophe dans un autre passage, ce si ce devait être par la grâce de Félicion; si j'étais condamné à subir les traits de son orgueil et de son insolence de valets » Mais peu de gens pensaient comme Épiclète. On baisait les mains d'un Numérius, d'un Symphore; on passait la moitié de la nuit à faire antichambre à leur porte, en attendant leur lever, et
1 Vie d'Octave, chap. lxvii. • - Dion Cassius, LX, 12.
3 Diss. I, 19, 16.
4 Ibid., IV, 1, 149.