DU TRADUCTEUR
L'histoire de l'empire romain, une des plus saisissantes comme des plus mémorables de l'antiquité, dont elle forme le dernier acte , se présente sous un double aspect qui attriste autant qu'il impose. C'est le grand miroir d'un état social voué à la décadence par la corruption , en même temps que celui du despotisme, de son influence avilissante et de ses conséquences extrêmes, éternel avertissement pour les princes et les peuples. Dans celle image lugubre de Rome dégénérée, dominant le monde, qu'elle enlraîne avec elle à sa ruine, tout apparaît marqué du sceau de la fatalité el, à cet égard, l'étude des mœurs et de la vie privée d'une société puissante encore, mais «'affaissant de plus en plus sur elle-même, n'excite pas un moindre intérêt que le spectacle des révolutions de palais, des révoltes et des guerres, dont on y voit se succéder les péripéties sanglantes et les agitations convulsives.
XVllj CONSIDERATIONS GENERALES.
Lci civilisation du monde ancien a péri surtout par deux causes, les défauts de sa morale et les vices non moins patents de sa constitution économique et sociale. Ces raisons majeures, étroitement liées entre elles, devaient tôt ou tard y amener la caducité, par cela même qu'elles formaient obstacle à la continuité du progrès.
Chez tous les peuples anciens, l'absence de l'esprit de charité, dont la prédication était réservée au christianisme, ne permettait guère à la vertu la plus décidée au sacrifice de s'élever au-dessus des considérations d'un patriotisme étroit. Dans le polythéisme des Grecs et des Romains, comme dans le monothéisme des Juifs, le sentiment religieux, dans sa plus haute expression même, ne se rapportait qu'à un amour exclusif de la cité ou de la patrie. En dehors de ce cercle, la philanthropie, les vues humanitaires, le respect de la liberté des autres peuples, que l'on confondait avec mépris sous la dénomination générale de barbares, étaient presque aussi étrangers à la morale des anciens que le droit des gens et l'idée moderne d'un équilibre, garantie mutuelle de l'indépendance des États, l'étaient à leur politique. Hors de la sphère de leur autonomie ou de leur domination présente, les républicoins d'Athènes, de Sparte et de Rome, comme les despotes de l'Asie, ne voyaient pas d'autre but à poursuivre que l'asservissement de l'étranger et l'oppression des vaincus. C'est ainsi que l'esclavage s'établit et devint partout une institution permanente, qui faussa complètement les tendances de la civilisation , contribua de plus en plus à l'affaiblissement moral et matériel des sociétés antiques, et ne permit à aucune d'elles de s'arrêter sur sa pente. Dans les anciennes républiques de la Grèce et de l'Italie, nous l'avons déjà dit et répété ailleurs, le tra-