CONSIDERATIONS GENERALES. XIX
vail industriel, l'élément le plus important et le ressort le plus puissant de la vie économique et sociale, ce principe qui soutient la moralité des peuples en même temps qu'il les fait vivre et prospérer, n'était regardé que comme un levier subalterne de l'activité nationale, réputé au-dessous de la dignité de l'homme libre. Ne parlons pas de l'Orient barbare, qui était alors déjà ce qu'il est resté jusqu'à nos jours'. Mais les Grecs eux-mêmes, doués d'un génie si inventif et si fécond, sous l'inspiration duquel s'est épanouie la fleur de la civilisation antique, s'intéressaient à l'industrie moins dans un but conservateur des intérêts moraux et matériels de la société que par amour de l'art et de la science. Dans le bel âge des vertus républicaines, la politique absorbait les citoyens^ la guerre leur procurait ses grandes émotions, les professions libérales, le culte des sciences, des lettres et des. beaux-arts, occupaient les loisirs des esprits d'élite; mais le travail d'utilité matérielle, quelque avidement qu'on en recherchât les fruits, n'était guère en honneur pour luimême. Tant qu'il y avait, au dehors, des avantages à remporter pour l'État, des conquêtes à faire, de fortes rivalités à soutenir ou à combattre, quelque intérêt vital à défendre ou un grand but d'ambition à poursuivre, la passion, qui enflammait le courage ou stimulait l'activité des citoyens, leur communiquait aussi cette noble exaltation du patriotisme qui est l'âme des actions héroïques et des grandes entreprises. Mais le but atteint, ou l'impossibilité d'y arriver une fois reconnue, les citoyens, la
^ C'est-à-dire politiquement; car, sous le rapport des avantages matériels de la civilisation et des lumières mêmes, l'Orient, dans l'antiquité comme à l'époque du califat, était certainement beaucoup mieux partagé qu'il ne l'est de nos jours.