‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 81 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

appela plus lard les amis de César [Cœsaris amicos). C. Gracchus et Livius Drusus passent pour avoir les premiers donné à la masse de leur parti une organisation fondée sur la distinction de ses membres en trois classes. Ceux de la première étaient reçus dans le cercle intime du chef et avaient leurs petites entrées chez lui; ceux de la deuxième étaient admis aux réunions plus nombreuses, ceux de la troisième ne l'étaient qu'en troupe aux grandes réceptions. Ils eurent ainsi, suivant l'ironique observation de Sénèque \ des amis de premier et de second ordre, sans jamais avoir de vrais amis. Cependant, la sentimentalité du philosophe nous paraît déplacée, puisqu'il s'agissait là d'une organisation toute politique, devant faire d'autant mieux l'affaire du chef d'un parti que celui-ci se trouvait être plus nombreux.

Sous l'empire, la valeur conventionnelle de ce nom d'amis, abstraction faite des amis dans Tacception propre et littérale du mot, se modifia dans ce sens qu'il servit désormais à désigner ceux qui étaient régulièrement invités par les empereurs à leurs délibérations en conseil et à leurs réunions de société; ce qui ne veut pas dire cependant la totalité des personnes reçues à la cour, où tout l'ordre sénatorial, et une grande partie de l'ordre équestre avaient accès de droit. Les empereurs traitaient peut-être leurs amis de très cher [car^issime) ; telle est du moins l'apostrophe qu'employait Trajan, écrivant à Pline le Jeune.

Il était assez naturel, sinon positivement de règle, que les amis, ceux de la première classe surtout {amîci primœ admissionis) , fussent en même temps conseillers du

1 De BeneficHs , VI , 34.

prince ' ; naais ils ne l'étaient pas nécessairement, de môme que tous les membres de son conseil privé ne figuraient pas parmi ses amis en titre, surtout après l'extension donnée par Adrien à ce conseil. IL y avait d'ailleurs des conseillers en service extraordinaire , qui n'étaient adjoints à ce dernier que pour un temps limité , ou dans certaines occasions, tandis que l'élévation d'une personne au rang d'ami de l'empereur lui procurait ce titre pour la vie, à moins de disgrâce. Pline le Jeune ne paraît avoir été qu'extraordinairement et temporairement admis à jouir des honneurs du conseil [honore consilii), suivant son expression ^. S'il en avait été membre ordinaire, un homme aussi vaniteux n'eût certes pas manqué de le faire sonner plus souvent et plus haut.

Dans une monarchie absolue, le bien et le mal dépendent en majeure partie de l'entourage du maître. Le choix des amis était ainsi toujours un acte important par luimême et par ses conséquences ^. Comme c'étaient eux, principalement, qui formaient la suite de l'empereur dans ses voyages et dans ses campagnes, on les appelait aussi ses compagnons [comités), et on leur appliquait coUective-

1 Suétone, Tibère, chap. lv : Super veteres amicos et familiares viginti sibi e numéro principum civitatis depoposcerat , velut consiliarios in negotiis publicis. — Titus, chap. vu : Amicos elegit , quibus etiam post eura principes , ut et sibi et reipublicee necessariis , acquieverunt prœcipueque sunt usi.

2 Lettres, IV, 22; VI, 22 et 31 : Evocatus in consilium a Cœsare nostro ad Centumcellas {aujourd'hui Civita-Vecchia).

^' Dans la Vie d'Alexandre Sévère, chap. lxv, on lit : Nolum est illud pietati Une, quod in Mario Maximo leglsti, meliorem esse rempublicam et prope lutiorem in qua princeps malus est ea in qua sunt aniici principis mali. — Et id quidem ab Homulo ipsi Trajano dictum est , quum ille diceret Domitianum pessimum fuisse, amicos autem bonos habulsse.

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