LIVRE II. — LA COUR
iiaires, attaché sans doute aux grandes dignités de l'Élat, comme celui de notre cousin, donné par les rois de France aux pairs, aux cardinaux, aux maréchaux. Des rois étrangers reçurent également ce titre d'amis. Agrippa, roi des Juifs, s'en prévaut lui-même dans Philon d'Alexandrie ^
La divison des amis çn trois classes, que Suétone mentionne expressément pour la première fois dans sa Vie de Tibère-, eut naturellement une signification autre que sous la république, à laquelle Sénèque en fait remonter l'origine. Les deux premières classes étaient formées d'hommes occupant de hautes positions, à raison de leur naissance, de leur fortune, ou de leur emploi. L'ordre hiérarchique y dépendait moins de k qualité de leurs membres que de la nature des relations personnelles de ceux-ci avec l'empereur.
Ceux de la première classe étaient appelés primi amici , cohors primœ admissionis , prima cohors, plus vaguement aussi intimi amici ^ potissimi amicorum , etc.^.
Elle comprenait les principaux sénateurs, les consuls et personnages consulaires surtout, mais aussi des hommes plus jeunes, débutant dans leur carrière, qui y trouvaient ainsi la perspective d'un brillant avenir, comme Lucain, à vingt-deux ans, et le futur empereur Othon , qui n'était guère plus âgé quand il fut, comme le poète que nous venons de nommer, admis dans le cercle des amis de Néron''; puis des parents et alliés de l'empereur, tels qu'Adrien à la cour de Trajan , ou Servien à celle d'Adrien ,
1 Legatio ad Caïum, 587.
' Au chap. XLVi.
•" Sénèque, De Beneficiis, VI , 34 ; De Clementia ,1, 10. — Quinle-Curce', VI, 26, 17. —Tacite, Annales, I, 71; XI, 31. ^ Tacite, Annales, XIII, 46. — Suétone, Olhon, chap. m.
dont il était le beau-frère, et des camarades de l'enfance ou de la jeunesse du souverain, comme les condisciples de Marc-Aurèle, Séjus Fuscien et Aufidius Victorin, Bébius Longus et Calénus, qui appartenaient, les deux premiers d Tordre sénatorial, les deux autres à Tordre équestre \ 11 n'est pas douteux qu'il y eût des membres de ce dernier admis dans la première classe , ainsi qu'on le sait positivement de plusieurs amis d'Auguste-, tels que Mécène, l'historien Salluste et Matius, puis de Séjan et de Curlius Atticus, sous Tibère, qu'ils accompagnèrent à Caprée^ Les empereurs continuèrent d'ailleurs à choisir une partie de leur entourage parmi les chevaliers, même à une époque où ils n'eurent plus de motif qui les poussât à relever leur conseil intime pour rabaisser le sénat. Il est plus que probable que tous les hauts préfels appartenant à cet ordre, notamment les gouverneurs civils et militaires de Rome et les vice-rois d'Egypte, étaient toujours amis de Tempereur : ainsi les préfets du prétoire Séjan, sous Tibère; Lusius Géta, sous Claude; Cornélius Fuscus, sous Domilien, etc.; le préfet de la ville, Pégase, sous le même règne; Turranius, le préfet des approvisionnements [annonce), sous Claude; le préfet d'Egypte, Planta, etc., tous expressément quahfiés d'amis de ces princes, ainsi qu'une multitude d'autres chevaliers, de sénateurs et de personnages consulaires, dont il serait trop long de compléter ici la liste.
Voilà pour les deux premières classes. Quant à la troisième, elle parait avoir été en totalité, ou du moins en majeure partie, formée de personnes que les empereurs te-
1 Vie de Marc Anionin, chap. xiii.
2 Sénèque, De Beiieficiis, I, 10.
3 Tacite, Annales, IV, 58.