‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 86 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

leur tête, de la perdre même, avec la dignité d'hommes aussi haut placés que des amis de l'empereur. Même au bain et lorsqu'ils se livrent à des exercices du corps, leur esprit n'est jamais tranquille. Bref, peut-on être obtus et se faire illusion au point de ne pas maudire d'autant plus son sort , qu'on est plus engagé dans l'amitié de l'empereur? Est-il besoin d'ajouter que laquaUté d'ami entraînait pour tous les familiers de la cour l'obligation de se plier et de se conformer à tous les caprices, à toutes les lubies et à toutes les manies du souverain? Galien^ raconte que les courtisans de Marc-Aurèle portaient généralement les cheveux coupés ras, tandis qu'à la cour, différente à tous égards, de son collègue Lucius Vérus, qui trouvait plaisir à se moquer de cette coupe, on les portait très-longs.

En effet, la position des amis n'était pas seulement très-difficile; elle était le plus souvent pleine de périls. La chute soudaine et précipitée d'hommes naguère toutpuissants ne revenait que trop souvent témoigner de Tinconstance de la faveur des despotes. Un courtisan, auquel on demandait comment il avait fait pour atteindre, ce qui était le plus rare à la cour, un grand âge, répondit : c'est en empochant tous les affronts que j'y recevais et disant toujours merci-. Marcellus Eprius dit de l'amitié de Néron qu'il en avait aussi peur que d'autres de l'exiP.

Souvent l'empereur détestait au fond du cœur ceux

qu'on appelait ses amis; et la cour de Domitien ne fut

pas la seule où l'on vît pâlir les visages des grands devant

le sinistre augure de l'amitié d'un maître omnipotent , où,

comme dit JuvénaP :

1 Comm. in Hippocr. Epidem. VI, 9^ éd. K, XVII, B, 150. - Tacite, Annales, III, 30. — Sénèque, De Ira, II, 33. 2.

3 Tacite, Hist., IV, 8.

Vocantur

Ergo in consilium proceres. quos oderat ille; In quorum facie miseree magnifique sedebat Pallor amicitiee.

Le déplaisir et la méfiance du prince étaient facilement excilés, la calomnie et l'intrigue, continuellement à l'œuvre à la cour^ Suétone ^ vante la constance d'Auguste dans l'amitié, en faisant observer que, malgré le refroidissement de sa liaison avec quelques-uns de ses amis, aucun d'eux, à l'exception de Salvidien Rufus et de Cornélius Gallus, n'encourut une disgrâce complète, mais tous conservèrent ce qu'ils avaient de pouvoir et de richesse jusqu'à leur fin. Il n'aurait pas dû cependant oublier d'ajouter^ aux deux noms cités comme exemples du contraire, pour le moins celui de Fabius Maximus, sur lequel nous reviendrons tout à l'heure. Mais, de tous les conseillers et amis de Tibère , c'est à peine si deux ou trois parvinrent à se sauvegarder^. Caligula ne traita pas mieux ses parents et amis*. Lucain fut amené par la disgrâce de Néron à tremper dans la conspiration de Pison. Le grand Adrien lui-même ne fut rien moins que constant dans ses amitiés. Tantôt il comblait ses amis de bienfaits, tantôt il prêtait avidement l'oreille aux insinuations dirigées contre eux et avait dans leurs maisons des espions, qui l'informaient de toutes leurs paroles et actions. Ceux-là même qu'il avait élevés le plus haut, il les traita plus tard en ennemis, et plusieurs d'entre eux finirent dans les

1 Dion Cassius, LXVIII . 15.

- Octave, chap. lxvi.

^ Suétone, Tibère, chap. lv.

^ Le même, Caligula ^ chap. xxv : Levé ac frigidum sit his addere, quo propinquos amicosque pacto tractaverit.

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