‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 87 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

supplices ou par le suicide ^ La disgrâce de l'empereur avait quelque chose de foudroyant. Quiconque avait le malheur de l'encourir était exclu de la familiarité dont on usait auparavant à son égard, conformément à l'ancienne coutume romaine, suivant laquelle on défendait sa maison aux personnes, du moment où l'on rompait avec elles^. Une pareille interdiction était ressentie comme la sentence la plus rigoureuse; on la considérait comme un ordre de se dérober à la colère du prince par un exil volontaire ^.

En effet, ceux qu'elle frappait pouvaient autrement s'attendre au pire. Auguste ayant défendu à Gallus sa maison et le séjour de ses provinces, cette disgrâce fut immédiatement suivie de la défection de tous les adhérents de ce personnage; de nombreux accusateurs s'élevèrent contre lui et le Sénat s'empressa de le proscrire, ainsi que de prononcer la confiscation de ses biens. Gallus prévint l'exécution de l'arrêt par un suicide*. Le consulaire Fabius Maximus, un des plus intimes amis d'Auguste, révéla à sa femme un secret important, dont il avait seul la confidence; l'empereur, l'ayant appris, lui signifia sa disgrâce, et la rumeur publique qualifia de volontaire la mort subséquente du disgracié'. Sextus Vestilius, homme de rang prétorien, fort lié avec Drusus l'Ancien, avait été reçu ensuite, à ce titre, parmi les amis de Tibère. Quand l'empereur l'exclut de sa société, le vieillard essaya, d'une main tremblante, de se

1 Vie d'Adrien , chap. xi et xv.

- Tacite, Annales, VI, 29; II, 70. — Suétone, Caligula, chap. m.

■' Tacite, Annales, IIl, 24.

4 Suétone, Octave, chap. xxiv. — Dion Cassius, LUI, 24.

^ Tacite, Annales, 1,5. — Pline, Hist. nat., VII, 150.

donner la morl; puis, s'étant ravisé, il mit une ligature autour des veines qu'il s'était ouvertes et implora sa grâce par écrit; mais JDientôt le refus de Tibère lui fit arracher son bandage de désespoir ^ Vespasien, faisant partie de la suite de Néron, lors du voyage de ce prince en Grèce , s'attira sa disgrâce pour s'être, plusieurs l'ois, éloigné ou endormi pendant que Néron chantait. Il ne fut pas seulement éliminé de la maison de l'empereur, mais complètement exclu de la cour. Quand, tout éperdu, il s'écria : Que vais-je devenir, où dois-je aller? un des affranchis du palais , pour toute réponse , le poussa dehors avec une malédiction. Vespasien, redoutant le pire, s'empressa d'aller se cacher dans un petit endroit très retiré et réussit ainsi à se dérober à l'animadversion lûtérieure du tyran-. Plus tard, après qu'il fut devenu lui-même empereur, l'affranchi qui l'avait traité si mal vint lui en demander pardon, mais fut renvoyé comme il le méritait. Vespasien lui rendit sa malédiction^ Quelquefois, l'éloignement d'un courtisan avait lieu sous la forme d'un exil honorable. Ainsi Néron envoya en Lusitanie, comme gouverneur, Othon,leplus favorisé de ses amis, le même que l'on revit plus tard empereur, uniquement pour s'assurer la tranquille possession de Poppée, femme de ce dernier ^.

Cependant, malgré les expériences les plus amères, il y avait dans l'atmosphère de la cour, pour tous ceux qui y avaient déjà vécu, un attrait presque irrésistible. Épictète^ raconte avoir connu un homme âgé, investi des hau-

^ Tacite, Annales, VI, 9.

- Suétone, Vespasien. chap. iv et xiv.

3 Dion Cassius, LXVI, 11.

* Suétone, 0//ion, chap. m. — Tacite. Annales. XIII, 46.

^ Diss. I, 10.

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