‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 88 sur 266 · LIVRE II. — LA COUR · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA COUR

tes fonctions de préfet des approvisionnements de céréales, auquel il était précédemment arrivé de subir un bannissement. En revenant de son exil, il protesta de sa ferme résolution de passer dans la retraite le peu de jours qu'il avait encore à vivre; et, comme Épictète lui prédit qu'il changerait d'idée dès qu'il aurait commencé à respirer de nouveau l'air de Rome, il répondit qu'il voulait être honni si on le voyait jamais remettre les pieds à la cour. Mais à peine fut-il de retour dans la capitale, qu'un billet de la main de l'empereur lui fit aussitôt oublier toutes ses résolutions et le replongea de plus belle dans les soucis de la carrière des emplois.

Il s'en fallait de beaucoup que ces amis attitrés perdissent toujours leur position avec la mort de l'empereur; il est plus probable qu'ils la conservaient ordinairement à la nouvelle cour, à moins que leurs rapports avec le défunt n'eussent eu le caractère d'une liaison tout à fait intime, ou qu'il ne s'opérât un changement radical dans les principes et dans le personnel du gouvernement. Autrement, le respect humain et mille considérations portaient le nouveau souverain à traiter le plus honorablement possible les amis de son prédécesseur, et l'on regarda comme une atteinte flagrante à cette piété les procédés de Domitien et de Commode, éloignant de la cour et persécutant, celui-ci les amis de son père, l'autre à la fois ceux de son père et ceux de son frère ^ Nerva et Trajan eurent pourJes amis de Titus plus d'égards que n'en avait eu son propre frère. Des révolutions opérées par la violence entraînaient, il est vrai, la chute des amis avec d'autant plus de certitude qu'ils avaient été plus étroitement liés avec le dernier empereur;

' Dion Cassius, LXVIl, 2 , et LXXII, 4. — Vie de Commode, chap. m

mais, dans ce cas même, il y a des exemples de leur réintégration sous le nouveau règne. Un des plus fidèles partisans de Galba, le consul désigné Marins Celse, fut admis parmi les plus intimes confidents d'Othon, auquel ce pas bien calculé ne fit pas seulement un ami sûr et dévoué d'un de ses adversaires, mais gagna toute l'aristocratie ^ Nerva, en tolérant à sa cour les amis de Domitien qui s'étaient le plus fait détester, prêtait toutefois au reproche d'un excès de mansuétude. Un jour, à table, en présence de l'un d'eux, Fabricius Véjenton, dont parle aussi JuvénaP, la conversation étant tombée sur uuiiutre personnage décrié du temps de Domitien, l'empereur s'avisa de demander lui-même : Que lui ad viendrait- il s'il vivait aujourd'hui? — Eh! il dînerait avec nous, répondit un des convives^.

Nous avons déjà mentionné le fait que les amis avaient été quelquefois camarades d'enfance des empereurs. Cela tenait en partie à l'habitude de faire élever à la cour impériale les enfants des grandes familles, ainsi que des princes étrangers; c'était même, on peut l'admettre, l'usage ordinaire, comme à l'ancienne cour de Perse'', et il avait certainement du bon. Auguste, comme nous l'avons déjà fait remarquer, accueillit dans son palais le grammairien Verrius Flaccus, avec toute son école. Il fit aussi élever et instruire avec ses petits-fils un grand nombre d'enfants de rois étrangers^ : ainsi Agrippa, le petit-fils d'Hérode le Grand, avec le fils de Tibère; DrususS comme plus tard

1 Tacite, Hist., I, 71. — Plutarque, Othon, chap. i.

3 Pline le Jeune , Lettres, IV , 22.

^ Xénophon , Retraite des dix mille, I.

^ Suétone, Octave, chap. xlviii.

6 Josèphe, A. J. XVIII, 6, 1 ; G , G. ,

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