LIVRE II. — LA COUR
voir, que l'on ne pouvait sans doute pas négliger impunément, sans l'excuse d'un empêchement majeur, quoique tous les empereurs ne fussent pas, on le comprend, de la même rigidité à cet égard. Fronton' se \antait de posséder l'affection de son élève, Marcus César, bien qu'il ne s'astreignît pas à paraître régulièrement à la cour, aux levers du matin.
On voyait souvent aussi les sénateurs se présenter au lever du souverain, soit individuellement, soit en corps, pour saluer, dans sa personne, le premier dignitaire de leur ordre. Ces visites étaient, sans aucun doute, de règle dans toutes les occasions de compliments ou de fête solennelle. Quand, en l'an 63, Poppée donna à Néron une fille à Antium, tout le sénat s'y rendit pour le féliciter. Thrasée seul, le chef de l'opposition, ne fut pas reçu; il supporta cet affront, précurseur de sa ruine préméditée, avec une parfaite égalité d'âme ^. Auguste, qui affectait encore le respect des anciennes formes républicaines, n'avait jamais souffert que le sénat vînt lui rendre visite les jours de séance, mais allait lui-même saluer les sénateurs dans la curie, où il les obligeait même de garder leurs places ^ Arrivé à un âge plus avancé, il les pria de lui épargner ces visites^. Tibère, au commencement de son règne, invita les sénateurs à lui rendre visite en corps, pour leur éviter les désagréments de se trouver pris isolément dans la fouler II paraît que les femmes et les enfants des familles sénatoriales étaient aussi quelquefois pré-
1 Epist. ad Marcum Cxsarem, I, 5, 8.
2 Tacite, Annales, XV, 23.
3 Suétone, Octave, chap. lui. — Dion Cassius, LVI, 41. * Ibid., 25.
•' Ibid., LVII, 11.
semés à l'empereur. On prétend qu'Auguste prédit au jeune Galba, dans une visite que lui lit ce dernier avec d'autres enfants de son âge, sa future élévation à l'empire ^ Parmi les personnes qui se présentaient aux réceptions de Claude, on mentionne aussi des femmes et des enfants des deux sexes ^.
Quelquefois les empereurs recevaient, après les membres du sénat, aussi les chevaliers; de temps à autre, même des personnes du troisième ordre. Dans ces occasions, on remettait nombre de placets^, et l'on voyait le souverain mettre plus ou moins d'application à se montrer gracieux. Néron, par exemple, au commencement de son règne, fit preuve d'une mémoire surprenante, en apostrophant par leurs noms des personnes de toutes les conditions \ Vespasien surtout fut extrêmement accessible. Pendant toute la journée, la porte du palais, dans les jardins de Salluste , où il demeurait habituellement, restait ouverte, et toute personne, du sénat ou d'autre condition, était admise auprès de lui^. La réception générale {publica, prorniscua salutatio) paraît avoir été ordinairement fixée aux jours de fête ^. L'anniversaire de l'avènement du souverain était probablement aussi fêté. On a du moins une lettre de Fronton dans laquelle il s'excuse, auprès d'Antonin le Pieux, d'avoir manqué de lui présenter sa congratulation ce jour-là ^. Le jour des calendes de janvier ou du nouvel an surtout, la réception était très solennelle. Le
1 Suétone , Galba , chap. iv.
2 Le même, Claude, chap. xxxv.
3 Dion Cassius, LVI, 26. — Suétone, Octave, chap. lui. * Suétone, Néron, chap. x.
s Dion Cassius, LXI, 10.
6 Jbid.. LVI. 41.
'' Epist. ad Avtoninum Pium, 5.