‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 93 sur 266 · LX · texte numérisé non relu

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Dans l'intérieur du palais, une section de la domesticité impériale veillait au maintien de l'ordre, annonçait les visitem's et les introduisait. On appelait cette espèce d'huissiers admissionales {ah admissione) K

Les formalités et difficultés de l'admission varièrent naturellement aussi beaucoup. Pline le Jeune fait ressortir, dans son panégyrique (chap. xlvii), le contraste de la réception chez Trajan avec les formes de celle-ci chez son prédécesseur. « Ici, :» dit-il, « point de verrous, pas de filière d'avanies à essuyer; il n'y a pas, quand on a déjà franchi le seuil de mille portes, au bout de celles-ci d'autres portes qui restent fermées, ou du moins résistent encore. Devant et derrière, mais surtout autour de vous silence profond; tout se fait sans bruit et avec tous les égards possibles, si bien qu'en rentrant dans son petit et modeste intérieur, on y rapporte du palais impérial l'impression d'un modèle de calme et de simplicité. » Même à l'époque où la pompe orientale envahit tout, Alexandre Sévère donnait encore audience comme un simple sénateur. Les portières du cabinet impérial étaient ouvertes; il n'y avait d'assistants que les domestiques de service à la porte, tandis qu'auparavant on était fort embarrassé de faire sa salutation à un empereur qu'on n'apercevait même pas ^.

L'empereur, aussi bien que les personnes venant lui rendre visite, paraissait en toge à la réception, et cet usage se maintint à Rome bien au delà des deux premiers siècles de notre ère ^ Marc-Antonin et Alexandre Sévère

1 Suétone, Vespasien , chap. xiy. Il est fait mention d'un magisier admissionum de Valérien , dans la Vie d'Aurélien, chap. xii. - Vie d'Alexandre Sévère, chap. iv.

•' Spartien, Vie d'Adrien, chap. m; Vie de Gallien^ II. chap. xvi.

portaient la toge, même lorsqu'ils séjournaient dans d'autres villes de l'Italie '. C'est tout au plus devant des amis que Tempereur pouvait, comme Antonin le Pieux -, se laisser voir en tunique , ce qui était réputé d'un grand négligé. Ce fut de la part de Néron une grossière violation de la coutume, que de recevoir les sénateurs vêtu d'une tunique à fleurs, avec un mouchoir de mousseline autour du cou. « Même dans ces choses-là, » dit Dion, « il se moquait de l'usage traditionnel, au point de paraître en public avec des tuniques flottantes sans ceinture, v Commode aussi reçut le sénat en simple tunique de soie blanche, brochée d'or et à manches ^. Caracalla fit distribuer par masses, au peuple, le vêtement (espèce de casaque longue à la gauloise) qui lui valut ce nom, et il se plaisait à voir défiler la plèbe devant lui dans ce costume ^. Il paraît que plus tard Macrin eut un moment l'idée de faire au peuple un présent pareil, au nom de son fils, afin de le rendre populaire ^.

Les amis de la première classe, sous la république, étaient souvent reçus individuellement, en audience particulière; mais nous ignorons ce qui se conserva de cet usage, sous Tempire. Les rapports du temps disent bien encore nettement que l'on abusait souvent des audiences particulières pour la propagation de fausses nouvelles. Aussi, Alexandre Sévère n'était-il visible sans témoins que pour son seul préfet, Ulpien, et recevait-il toujours collectivement les autres amis de sa maison ^.

1 Biographie du premier, chap. xxvii. et du second, chap. xl.

- Voir sa biographie, chap. vi, ainsi que Marc-Aurèle. Comment , I, 7.

•5 Dion Cassius, LXIII, 13; LXXII . 17.

^ Vie de Caracalla, chap. ix.

•'' Diadumène , cliap. ii.

<5 Vie d'Alexandre Sévère , chap. xxxi.

LIVHE H. — LA COUR. 161

Les amis, ceux de la première classe du moins, étaient reçus par l'empereur avec un baiser, forme de salutation ordinaire entre égaux, à Rome, depuis le commencement de l'empire du moins \ On interpréta comme une preuve de la morgue hautaine de Tibère qu'à son départ pour Rhodes il n'embrassa, en prenant congé des personnes qui l'accompagnaient, que très-peu d'entre elles.

Cet usage du baiser avait aussi son précédent dans les coutumes de la cour de Perse, où c'était un privilège de parents d'embrasser le roi ^, et il paraît s'être ensuite, comme tant d'autres, introduit par l'imitation d'Alexandre le Grand à la cour de Macédoine ^ Mais à la cour impériale de Rome on alla plus loin, en permettant également aux membres de l'ordre sénatorial de prétendre, comme pairs de l'empereur dans la hiérarchie sociale, à l'honneur du baiser. Dans la relation que nous a laissée Pline le Jeune de l'entrée de Trajan comme empereur à Rome, le panégyriste dit : « Ce fut un plaisir pour tout le monde de vous voir recevoir le sénat avec un baiser, de même que vous aviez pris congé de lui avec un baiser; un plaisir de vous voir distinguer ceux qui sont l'ornement de l'ordre équestre, en leur faisant l'honneur de les apostropher par leurs noms, sans avoir besoin de personne pour venir en aide à votre mémoire; un plaisir aussi de vous voir presque saluer le premier vos clients et y joindre des marques de familiarité '*. » Il y a cette nuance à saisir ici que ce qui était dû aux sénateurs, en vertu d'un privilège de leur ordre, ne revenait aussi de droit, en raison

1 Lipsius, Elect., 1,6. — Becker, Gallus, I, 76.

- Hérodien, I, 134. — Arrien, Anabasis, VII, YII, 11,

•"' Plularque, Alexandre, chap. liv, 2 (récit de Charès de Mitylène).

* Panégyrique de Trajan, chap. xxiii.

de leur dignité ou mérite personnel, qu'aux chevaliers investis des plus hautes fonctions, ou admis au nombre des amis de l'empereur. En général, il y a tout lieu de croire que les différences indiquées ci-dessus comme observées, en cette occasion, dans la manière de Tempereur de saluer les divers ordres, s'appliquaient aussi aux réceptions de cour, que concernait exclusivement l'édit par lequel Tibère abolit les baisers quotidiens ^ La manière dont un de ses plus servîtes adulateurs, Valère Maxime ^, s'efforce de justifier la décision de l'empereur touchant ce point du cérémonial, montre qu'elle avait fait une très mauvaise impression sur le public. Les lecteurs du temps devaient avoir encore bien moins de peine que nousmêmes, aujourd'hui, k se méprendre sur l'allusion contenue dans ce passage de l'auteur précité : « Les rois de Numidie non plus ne auraient être blâmés de n'avoir, fidèles à la coutume de leur pays, jamais donné de baiser à personne, quiconque se trouve placé au pinacle, dans une sphère auguste, devant être affranchi de pratiques basses et communes, afin de rester d'autant plus vénérable. » Caligula n'embrassait, lui, que très peu de personnes. A la plupart, même aux sénateurs, il se bornait à tendre la main ou le pied à baiser. Aussi, ceux qui recevaient de lui la faveur spéciale d'un baiser se croyaient-ils obligés, fussent-ils du sénat, de lui en rendre grâce, bien que tout le monde le vît journellement embrasser des pantomimes. L'habitude de ce fou était d'ailleurs de se faire non-seulement baiser les pieds, mais adorer et rendre hommage, à la mode orientale ^. Claude défendit ces

* Suétone, Tibère, chap. xxxiv.

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