‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 94 sur 266 · LIVRE IF. — LA COUR · texte numérisé non relu

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démonstrations par trop servîtes ^ ; mais il paraît que Domi tien les exigea de nouveau. Pline l'Ancien rapporte que, vers le milieu du règne de Claude, une espèce de lèpre contagieuse de la face (mentagra) s'introduisit à Rome, où elle fit de tels progrès que l'on ne s'embrassait plus sans crainte, en haut lieu^. « Ce n'est pas vous, » dit Pline le Jeune à Trajan^, « qui auriez souffert qu'un citoyen vous baisât les pieds, ni rendu un baiser de la main. » Dans la suite, le premier empereur qui, au rapport des historiens, se fit adorer comme un roi des Perses, fut Héliogabale. Alexandre Sévère abolit encore une fois cette mode servile^*; mais après lui les hommages de cette sorte devinrent de plus en plus coutume, et le baiser de l'empereur, un très-grand et rare honneurs Néron manifesta sa haine contre le sénat aussi par ce fait qu'à son retour de Grèce, comme lors de son départ pour cette contrée, il n'embrassa aucun des sénateurs et ne répondit même pas à leurs salutations^. Ces violations de la coutume choquaient d'autant plus que cette courtoisie de l'empereur envers des membres du premier ordre avait alors moins d'importance et était devenue très commune. Ainsi, même dans la courte entrevue que Domitien, dont Pline le Jeune blâme la hauleur incivile, eut avec Agricola, après son retour de la Bretagne, l'empereur,

1 Dion Cassius, LX, 5.

2 II dit à ce sujet dans son Histoire naturelle (XXVI , 3) : Nec sensere id malum feminee aut servitia plebesque humilis aut média, sed proceres, veloci transitu oscnli maxume.

3 Panégyrique , chap. xxiv.

^ Vie de cet empereur, chap. xviii.

^ Vie de Maximin le Jeune, chap. ii, et (VAiirélien, chap. xiv. — - Goihofr., ad Cod. Theod., VI, 8, éd. Ritter, II, 836. *^ Suétone, Néron , chap. xxxvii.

bien qu'il lui fît le plus froid accueil et ne daignât même pas causer avec lui, crut devoir néanmoins lui donner l'accolade ^ .

C'était sans doute le rang des personnes qui décidait de l'ordre dans lequel elles recevaient l'accolade du prince. Marc-Aurèle, pour distinguer Junius Rusticus, avec lequel il était très lié et qu'il éleva deux fois au consulat, l'embrassa avant le gouverneur militaire de Rome, qui avait, à cette époque, le droit d'être généralement admis le premier à cet honneur*. Dion Cassius^ parle d'un accueil non moins gracieux fait à l'éparque Julien par Commode, qui l'appela son père.

Du reste, il devait y avoir impossibilité matérielle de faire participer à l'honneur du baiser impérial toutes les personnes admises à chaque réception. Fronton raconte que son auguste élève, L. Vérus, l'avait reçu le premier dans sa chambre à coucher, afin de pouvoir l'embrasser sans exciter de jalousie, et s'étend avec complaisance, à sa manière, sur le droit qu'il avait au baiser de celui que l'empereur l'avait chargé de former à l'élocution et au discours. Ce baiser, il le reçut comme un hommage dû par l'humanité à l'éloquence'*.

En général , les empereurs s'appliquaient à distinguer le premier ordre, dans les réceptions d'apparat, par des témoignages d'une grande courtoisie. Le dédain que certains d'entre eux affectèrent envers lui était d'autant plus vivement et profondément ressenti. César recevant assis le sénat , qui lui apportait en corps des décrets tendant à

^ Tacite, Me (VAgricola, chap. xl.

2 Vie de Marc-Antonin, chap. m.

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