LIVRE ir. — LA COUR
lui faire lionneur, Tordre entier regarda ce procédé comme un outrage, auquel il répondit en vouant au dictateur une haine implacable'. Auguste et Tibère se montrèrent plus polis; ce dernier poussa môme la civilité jusqu'aux formes les plus respectueuses-. Les seuls empereurs, dans les deux premiers siècles, qui manifestèrent leur aversion pour le sénat jusque dans lem' attitude extérieure envers lui^, furent peut-être, après Galigula et Néron, Domitien et Commode.
Voici du moins comment Pline le Jeune décrit le contraste entre la manière de recevoir de Domitien et celle de Trajan. « Chez le premier, » dit-il, « on se présentait plein de crainte et d'hésitation, comme si on allait jouer sa vie, et les salutations étaient suivies d'un sauve-qui-peut général et d'une solitude complète. L'eftroi et des menaces planaient sur la grande porte ; les personnes reçues n'avaient pas moins d'inquiétude que les personnes exclues. L'empereur lui-même était d'aspect terrifiant; on n'osait l'approcher ni l'apostropher. Trajan, au contraire, recevait tout le monde avec bonté, attendait les visiteurs, passait avec eux une grande partie de son temps, quoiqu'il en fût si peu le maître. Ils se présentaient devant lui sans souci, pleins de sérénité, et quand cela leur convenait. S'il arrivait parfois que l'on fût retenu chez soi par quelque chose d'urgent les jours où recevait l'empereur, on était dispensé de toute excuse^. » Cette affabilité avait cependant son mauvais côté, en ce qu'elle prolongeait extrêmenient les réceptions. L'habitude d'Antonin le Pieux, dans sa vieillesse, était de se fortifier par une bouchée de pain pour cette
1 Suétone, César, chap. lxxviii, etc. — Appien , B. C, II, 107. - Le même, Tibère, chap. xxix. — Dion Cassius , LVII, 11. 3 Pline le Jeune, Panégyrique de Trajan, chap. xlviii.
épreuve de patience i. On vante l'abord non moins facile et poli de Pertinax^. Alexandre Sévère invitait toujours les sénateurs à s'asseoira Caracalla au contraire, dans ses quartiers d'hiver de Nicomédie, fit quelquefois attendre le sénat toute la journée devant son palais, sans même daigner le recevoir dans la soirée^'. On trouva très inconvenant de la part d'Héliogabale de le recevoir au lit\
Indépendamment des audiences publiques et des grands banquets offerts au peuple entier au cirque, au théâtre ou ailleurs, les empereurs donnaient aussi, et même fréquemment, chez eux, des festins publics (cœnœ pub licœ , convivia publica), auxquels participaient nombre de convives. Jules César, Auguste, Claude, Vespasien, Domitien, faisaient souvent banqueter ainsi dans leurs palais. Chez Claude, qui aimait à tenir grande table, ces festins réunissaient le plus souvent jusqu'à six cents personnes®; mais Alexandre Sévère se souciait peu de ces banquets énor-
1 Vie d'Antonin le Pieux , chap. xiii. — Aurélius Victor, Epitome , 15.
2 Vie de Pertinax, chap. ix : Civilem se salutantibus et inlerpellantibus semper exhibiiit.
^ Vie d'Alexandre Sévère, chap. xvii : Salutatus consessum obtulit omnibus senatoribus.
4 Dion Cassius, LXXVII, 17.
^ Ihid., LXXIX, 14. ■
6 Suétone, Claude, chap. xxxiv. — Sénèque [De Ira, II, 33. 4) dit d'un invité à la table impériale , Pastor, chevalier romain dont Caligula avait fait périr le iû&.jacehat conviva centesimus.