‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 96 sur 266 · LIVRE M. — LA COUR · texte numérisé non relu

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mes, qui lui faisaient, disait-il, l'effet de la cohue à laquelle on donnait à manger au cirque ou au théâtre'. On n'invitait pas seulement des sénateurs et des chevaliers aux festins du palais, mais aussi des personnes du troisième ordre. Auguste, qui était très-difficile dans le choix des personnes et regardait heaucoup à la qualité de celles-ci, n'admit, à ce qu'il paraît, jamais à sa table d'autre affranchi que Menas, et celui-ci même seulement après que le droit d'ingénuité lui eut été conféré. Cependant, il reconnaît lui-même avoir une fois invité quelqu'un dont il habitait la maison de campagne, et qui avait servi chez lui comme ordonnance^. De ce que l'exclusion des affranchis de la table d'Auguste fut tellement remarquée, on peut conclure que les empereurs suivants furent moins rigides à cet égard, ce qui s'explique d'ailleurs en partie déjà par le continuel accroissement d'influence et de considération de cette classe. Les empereurs ne donnaient pas seulement à dîner aux sénateurs et aux chevaliers collectivement , mais traitaient souvent aussi les premiers à part. Chez Othon , dînèrent, dans les premiers jours de son règne, quatre-vingts sénateurs, dont quelques-uns avaient amené leurs femmes^. En général, les dames de cet ordre paraissent avoir souvent assisté à ces repas'*. Pertinax invita^ dès le jour de son avènement, les magistrats et les principaux [proceres) du sénat à sa table, usage que Commode avait laissé tomber en désuétude ^ Dans ces occasions aussi, les empereurs se montraient pleins de courtoisie pour le sénat,

1 Vie d'Alexandre Sévère, chap. xxxiv.

2 Suétone, Octave, chap. lxxiv.

3 Plutarque, Othon, chap. m.

i Dion Cassius, LX , 7; LVII, 12. — Tacile, Annales, XI, 2. ^ Vie de Pertinax , chap. vi.

mais surtout pour les consuls. Quand Tibère traitait ceuxci, il allait au-devant d'eux jusqu'à la porte, pour les recevoir, et leur donnait de même la conduite quand ils partaient ^ Leurs places ordinaires paraissent avoir été à droite et à gauche de l'empereur^. Adrien aussi recevait debout les sénateurs qui venaient dîner à sa table ^.

Les plus grands personnages tenaient naturellement à honneur d'être invités à la table impériale. Cependant Vespasien, le futur empereur, en adressant à Caligula, en plein sénat, ses actions de grâce pour une invitation pareille, poussa l'humilité bien au delà de ce que l'étiquette exigeait d'un homme de son rang*. Cette distinction était exaltée d'autant plus par les personnes de condition moindre. Ainsi, Martial^ déclare que s'il avait à opter entre des invitations à la table de Domitien et à celle de Jupiter, il n'hésiterait pas, même si le ciel était plus proche que le palais de l'empereur. Stace, dont la position sociale paraît avoir été plus modeste encore, dut probablement une invitation pareille à sa célébrité comme poète, ayant été antérieurement déjà couronné comme tel par Domitien. Aussi ne manqua-t-il pas d'exprimer, dans une de ses poésies les plus longues et -les plus emphatiques, sa reconnaissance de l'insigne honneur d'avoir été pour la première fois convié à Fauguste table ^. Il se croyait à la table de Jupiter; ce jour était le plus beau de sa vie, celui qui, pour ainsi dire, venait seulement de l'y faire entrer par la grande porte. Lui était-il bien réellement permis

1 Dion Cassius, LVII, 11.

■^ Suétone, Caligula, chap. xxii.

'■^ Biographie^de cet empereur, chap. xxir.

'* Suétone, Fespas/eîi, chap. ii.

'^ SilveSj IV, 2, et préface, iv.

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