‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 100 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

Orphée, Abraham et le Christ, les meilleurs des empereurs déifiés \ On comprend cependant que cette croyance à la déification réelle d'hommes répugnât même à une grande partie de ceux qui avaient, pour tout le reste, une foi robuste en matière de religion. Aussi Pausanias dit-il que, de son temps, les hommes n'étaient plus faits dieux comme l'avaient été jadis Hercule, les Dioscures, Amphiaraus, mais seulement en paroles et pour flatter le pouvoir \ Pausanias, en s'exprimant ainsi, pensait probablement à Fapothéose récente d'Antinous. Cependant, la croyance à la divinité du beau jeune homme qui avait péri par dévouement pour son impérial maître, doit avoir existé réellement, en Egypte du moins. Si le culte qu'on lui voua, sur l'ordre d'Adrien, ne s'était maintenu que par l'intérêt de flatter le pouvoir, il eût cessé après la mort d'Adrien ; or, le fait est qu'il existait encore cent ans après. Gelse avait comparé l'adoration du Christ à celle d'Antinous, et Origène, qui repousse cette comparaison comme tout à fait inconvenante, ne doutait pas qu'un démon ne se démenât sous le nom d'Antïnoiis, dans le temple de celui-ci ^ «Si, » dit-il, « on examinait la chose avec amour de la vérité et impartialité, on finirait bien par trouver, dans des sorcelleries et des mystères égyptiens, la cause de tout ce qu'Antinous accomplit, comme on prétend, encore après sa mort, à Antinoupolis. Ne raconte-t-on pas que, dans d'autres temples aussi, des sorciers égyptiens et autres avaient captivé des démons qui prophétisaient, guérissaient les malades et torturaient les transgresseurs de

* Vie d'AUxandre Sévère, ch. \xix.

^ Pausanias, VIII, ?., 2.

Origene, C. Celsum^ III, 3G, p. 132.

la défense de certains aliments, ou d'autres préceptes religieux? Tel est aussi celui que l'on honore, à l'égal d'un dieu, à Antinoupolis en Egypte, duquel bien des gens, ne prenant souci de rien, nient la puissance, tandis que d'autres, ou égarés par le démon captif du lieu, ou portés à s'accuser par la conscience de leurs fautes, croient subir un châtiment ordonné par le divin Antinous. De telle espèce sont leurs mystères et prétendues prophéties, dont diffèrent énormément les prédictions de Jésus. »

Généralement d'ailleurs, le culte des empereurs n'était pas autre chose que cette expression du plus absolu dévouement que le despotisme croyait pouvoir exiger des sujets, au moins dans la mesure oij il n'y avait rien de répugnant, pour le sentiment religieux' en lui-même, à reconnaître à une personnalité humaine la nature divine. Si Ton n'a jamais, à aucune époque chrétienne, poussé l'aberration jusqu'à adorer un souverain comme un dieu, cela ne tient pas à ce que la distance entre le souverain et les sujets y fût moindre, le sentiment de la dignité humaine plus élevé, ou la servilité moins ingénieuse en fait d'hommages dégradants, puisque nous trouvons plutôt le contraire dans l'empire byzantin ; mais cela tient à ce que le dogme, dans le christianisme, excluait cet écart, que favorisaient les croyances païennes, et à ce qu'il ne permettait devoir, dans le souverain, que le représentant de Dieu sur la terre. Le culte des empereurs romains était une forme sur la signification, essentiellement politique, de laquelle aucun homme pensant ne pouvait se méprendre, et dont l'accomplissement extérieur, ne touchant en rien à la vie religieuse proprement dite, n'était certes guère capable d'ébranler la foi ; car, pour le croyant, ce qui est sacré ne cesse point de l'être parce qu'une

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