‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 102 sur 241 · LIVKE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVKE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

tique et son compagnon non des envoyés de Dieu, mais des dieux, et se trouver aussitôt convaincus que ces dieux, s'étant faits semblables aux hommes, venaient de descendre au milieu d'eux ! Ils appelèrent ainsi Barnabe Jupiter et saint Paul Mercure, voyant qu'il avait toujours la parole. Le prêtre de Jupiter même, se trouvant dans la ville, amena aux portes de celle-ci des bœufs parés de guirlandes, pour offrir un sacrifice conjointement avec le peuple, que les apôtres eurent la plus grande peine à calmer et à dissuader du sacrifice \ Il y avait donc là encore, en ce temps-là, une foi vive et ferme comme le roc, non moins naïve, ni moins robuste que celle des anciens Athéniens, dont la simplicité sans exemple, quand ils avaient cru voir Minerve en personne, dans la belle femme armée en compagnie de laquelle était rentré Pisistrate, et l'avaient adorée, causa à Hérodote un étonnement dont il ne revenait pas *,

On peut admettre, il est vrai, et ce que Lucien ^ dit expressément de la Paphlagonie nous y autorise, que l'aveuglement de la foi et la propension des hommes à s'illusionner eux-mêmes, n'étaient peut-être nulle part aussi grands que précisément au fond de l'Asie mineure, comme en général, du reste, la fascination de la foi et la superstition ont été, sans contredit, de tout temps plus fortes en Orient qu'en Occident. Mais, la foi n'eût-elle même que rarement assez de force pour s'élever jusqu'à la contemplation de la divinité en chair et en os, elle n'en apercevait pas moins partout des miracles, opérés

' Actes des apôtres^ 14, U à 18< * Hérodote, I, 60.

» Alexandre, tt.

par celle-ci, et ne cessait de s'enflammer à ces \isions, à tel point que la sincérité et l'universalité de la croyance aux miracles entraînaient même des sceptiques. Les miracles qui eurent lieu en Tan 7i, à Alexandrie, et qui (( témoignaient de la faveur du ciel et d'une affection particulière des dieux pour Vespasien, ont été rapportés avec toute la sincérité d'un croyant par Tacite, non moins que par d'autres historiens*. » Un aveugle et un paralytique, suivant des inspirations qui leur avaient été données en songe par Sérapis, vinrent à Ve$pasien, le suppliant de les toucher et de leur faire recouvrer ainsi l'usage de leurs membres. Vespasien finit par se résoudre à faire sous les yeux mêmes du peuple, ce qu'on lui demandait. « Aussitôt on vit la main du perclus remuer pour reprendre son office, et les yeux de l'aveugle se rouvrir à la clarté du jour. Des témoins oculaires racontent ce ' double fait, encore aujourd'hui qu'il n'y a plus aucun profit à mentir.» Là-dessus, Vespasien, pour apprendre à connaître sa destinée future, se rendit seul dans le temple de Sérapis, où il aperçut un homme du nom de Basilide, bien qu'un alibi de bien des milles de distance, à ce moment, fût plus tard constaté pour le susdit. Dans le nom de celui-ci, Vespasien reconnut un présage de l'empire qui allait lui échoir. Quiconque croyait à ces miracles , ne . pouvait guère douter de la grandeur et de la puissance du dieu auquel la voix du peuple les attribuait.

Le miracle dont il vient d'être question est d'un temps où il n'y a certainement pas encore lieu de supposer que l'on ait eu, du côté païen, l'intention d'opposer aux mi-

1 Suétone, Vespasien, ch. vu. — Dion Gassius, LXVI, 8. — Tacite, Hist; IV, 81, etc.

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