J.IVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
racles chrétiens de tout aussi convaincants. Mais plus tard, quand la lutte entre les deux religions qui se disputèrent l'empire de Thumanité fut engagée, la fureur des miracles ne pouvait manquer, plus cette lutte durait et devenait chaude, de devenir aussi de plus en plus ardente, des deux parts. La manie croissante, au deuxième siècle et au troisième, dans le sein du paganisme même, de rivaliser avec le christianisme, pour les miracles aussi, a eu notamment une influence décisive sur le roman à tendance Apollonius de Tyane^ de Philostrate, qui l'avait écrit dans le but d'opposer au fondateur de la religion chrétienne une figure également noble et vénérable, formant l'idéal païen ^
Mais, non-seulement le paganisme et le christianisme faisaient, à l'envi, pièce aux miracles par des miracles, les exemples de revendications, d'un même miracle, des deux parts, ne sauraient avoir été rares non plus, bien qu'il n'existe de rapport que pour un seul de ces cas. Dans la guerre de Marc-Aurèle avec les Quades, Tarmée romaine, accablée par l'ardeur d'un soleil brûlant, se vit une fois, en l'an 174, cernée par une masse d'ennemis supérieure et sous l'imminence d'une destruction complète, quand soudain de gros nuages s'amassèrent et vinrent se résoudre en une forte averse. Cette pluie sauva les Romains, et fit môme tourner la victoire de leur côté».
L'impression causée par cet événement fut immense : selon l'usage du temps, on s'appliqua à en perpétuer la mémoire par des images, et il fut généralement regardé
• Baur, Apollonius de Tyane et le Christ, 124, 132 et 141 (en allera.) ' Dion Gassius, LXXI, 9.
comme un miracle, dont on garda le souvenir jusque dans les derniers temps de l'antiquité, et que chrétiens et païens invoquaient, encore après des siècles, les uns et les autres également, comme une preuve de la vérité de leur foi respective. Encore aujourd'hui, nous voyons dans l'image de la bataille, telle qu'elle est représentée sur la colonne de Marc-Aurèle, comment le grand Jupiter, envoyant la pluie, la foudre h la main, les ailes déployées, avec sa longue barbe et ses longs cheveux tombants, verse à torrents, du ciel, l'eau que les soldats romains reçoivent avidement, dans le creux de leurs boucliers. Sur un tableau, qu'avait vu Thémistius, l'empereur lui-même était représenté élevant les mains vers Jupiter, pour implorer son secours*. Il paraît que c'est en effet à cette prière, adressée au maître de l'Olympe, que la plupart attribuaient ce salut miraculeux ^; tandis que d'autres prétendent qu'il'était dû à un magicien d'Egypte, Arnuphis, qui faisait partie de la suite de Marc-Aurèle, et qui avait su attirer l'averse par son adjuration des dieux, de Mercure notamment ^ Mais les auteurs chrétiens, de leur côté, croyaient devoir, « en amis de la vérité », comme dit Eusèbe de Césarée, rapporter que le miracle avait été un effet des prières chrétiennes, adressées au vrai Dieu. Ainsi le racontait déjà un contemporain, l'évêque Apollinaire d'Hiérapolis, en ajoutant, ce qui a toutefois été reconnu faux depuis longtemps, que la légion dont les soldats chrétiens avaient amené l'orage et la pluie parleurs prières,
* Clinton, Fasti Eomanï, vol. II, App., p. 23, etc. — Thémislius, Or., XY, p. 191 B.
2 Le même, Or.^ XXXIV, c. xxi. — Claudien, IV, Cons. Honor., 342. Vie de MarC'Antonin, ch. xxiv.
^ Dion Cassius, 1. c.