LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE. 2i
en avait reçu le surnom de Fulminata (touchée par la foudre) \ On fit circuler aussi des lettres de l'empereur Marc-Aurèle, également falsifiées, bien entendu, confirmant la version chrétienne de l'événement, et auxquelles Tertullien déjà se réfère *.
Le platonicien Celse ^ dans son écrit dirigé contre le christianisme, met particulièrement en relief, parmi les miracles qu'il allègue comme preuves de Texistence des dieux, les oracles, ainsi que les présages et pronostics de toute espèce, au moyen desquels ils prédisent l'avenir, avertissent ou exhortent, et qui prouveraient ainsi aux croyants, non - seulement l'existence des dieux, mais encore toute leur sollicitude pour l'humanité. « Pourquoi, » dit-il, « énumérer de nouveau tout ce qu'ont prédit, dans les sanctuaires des oracles, soit des prophètes et des prophétesses, soit d'autres hommes et d'autres femmes remplis de l'inspiration et de la parole divines? Pourquoi dire quelles prédictions merveilleuses, parties de l'intérieur des sanctuaires, ont retenti au dehors? tout ce qui a été révélé à ceux qui interrogent la divinité par le moyen de sacrifices d'animaux et d'autres offrandes, ou révélé par d'autres signes miraculeux? Bien des gens ont même eu la chance d'être favorisés d'apparitions encore plus significatives. La vie entière est remplie de ces choses-là. Combien de villes ont prospéré par des oracles et ontété délivrées par ceux-ci d'épidémies et de la famine I combien ont péri misérablement pour les avoir négligés ou oubliés! Combien de colonies ont été
• Euscbe, Hist. codés. ^ Y, 5.
' Tertullien, Apol.,c. v ; Cf. ad scapulam, c. iv. 3 Origëne, C. Celsum, VIII, 45. — Voir aussi Minucius Félix, Octavins, cil. VII.
formées en pays étranger et ont fleuri, quand elles obéissaient au commandement! Combien de princes et de particuliers s'en sont bien ou mal trouvés! Combien, qui ne pouvaient avoir d'enfants, ont obtenu que leurs prières fussent exaucées ! combien ont échappé ainsi à la colère des dieux, ou ont été guéris d'infirmités corporelles I Combien, qui s'étaient rendus coupables de sacrilège, ont été atteints par le châtiment sur le coup, les uns frappés de délire, les autres obligés de confesser eux-mêmes leurs méfaits, portés à se suicider, ou atteints par des maladies incurables ! 11 en est même qu'une voix de tonnerre, retentissant du fond du sanctuaire, a voués à la destruction. »
La croyance à des signes miraculeux et à des prophéties dont, à cette époque encore, a la vie entière était remplie», a été, selon toute apparence, au moins dans les derniers temps de l'antiquité, la forme la plus répandue de la foi aux miracles. Aussi, une grande partie des philosophes et des personnes ayant reçu une éducation philosophique, la professaient-ils. Les Épicuriens, les Cyniques et les sectateurs d'Aristote, il est vrai, la rejetaient et les Académiciens la contestaient; mais les Platoniciens, les Pythagoriciens et les Stoïciens s'y rattachaient d'autant plus fermement, et cette croyance formait, notamment, une partie intégrante de la théologie de ces derniers. « La foi dans une sollicitude si extraordinaire de la divinité pour les hommes leur apparaissait comme beaucoup trop consolante pour qu'ils songeassent à y renoncer; ils ne prisaient pas seulement la divination comme la preuve manifeste de l'existence des dieux et de l'action de la providence, ils concluaient aussi en sens inverse, de la manière suivante: s'il y a des dieux, il faut qu'il y ait également