‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 105 sur 241 · LIVRE XI. — L^ SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — L^ SITUATION RELIGIEUSE

une divination, car la bonté même de ces dieux ne leur permettrait pas de refuser aux hommes un aussi inestimable présenta » Or cette foi, qui supposait en effet nécessairement la croyance aux dieux et à la providence, et qui se maintenait et tombait avec elle, était extrêmement répandue même parmi les gens instruits du monde d'alors.

Tite-Live, il est vrai, dit (XLIII, 13) que, précisément par suite de l'indifférence , dans laquelle il fallait chercher la cause de Tincrédulité générale de son temps, à l'égard des présages envoyés par les dieux, on négligeait de donner de la publicité aux prodiges et de les consigner dans les livres d'histoire. Mais cette indifférence ne peut avoir duré longtemps, car tous les historiens de l'empire, sans exception, ont enregistré de ces prodiges, qui sont même devenus avec le temps, pour les croyants, l'objet d'un intérêt tout particulier, auquel doit son origine un recueil de tous les prodiges et signes observés en Italie, d'après Tite-Live, d'un certain Jules Obséquent, qui vécut nous ne savons à quelle époque. Même Tacite, qui envisageait avec un esprit critique la croyance aux miracles et aux signes, et qui se défend expressément d'incliner à la superstition vulgaire, habituée à voir un présage dans tout ce qui arrive d'extraordinaire, s*est bien refusé, pour cette raison sans doute, à reconnaître nombre d'événements qualifiés de prodiges pour tels, mais ne doutait pas, en général, qu'il n'y eût de véritables prodiges, et il a ^îonsigné tous ceux qui arrivaient dans les livres postérieurs de la grande histoire de son temps, à partir de l'année 51 *.

* Zeller, Histoire de la philosophie, III, 1, 315.

* Nipperdey, Tacite^V, Inlroduclion,XV.

Il semblerait, d'après cela, que la foi à ces choses eût augmenté chez lui avec les années ; mais il l'eut probablement de tout temps. Déjà dans un des premiers livres de cette seconde série S il rapporte que, le jour de la bataille de Bedriacum, un oiseau d'une forme telle qu'on n'en avait jamais vu s'était abattu près de Regium Lepidum, d'oii il ne bougea pas, ne se laissant intimider ni par les hommes ni par les troupes d'oiseaux, qui s'étaient rassemblés en voltigeant autour de lui, jusqu^à ce qu'Othon se fût suicidé ; puis, l'oiseau avait disparu, et, quand on se mit à faire la computation du temps, on trouva, du commencement à la fin du prodige de cette apparition, une coïncidence parfaite avec la mort d'Othon. Tacite ajoute expressément que, tout en jugeant au-dessous de sa dignité d'orner de fables un ouvrage sérieux comme le sien, il ne pouvait cependant pas, dans ce cas, refuser créance à des rapports unanimes.

La mention régulière des présages^ de ceux notamment qui annonçaient soit à un particulier son avènement futur à la dignité impériale, soit la mort prochaine d'un empereur, dans Suétone, Dion Gassius, Hérodien et les biographes ultérieurs des empereurs, ne laisse aucun doute sur la persistance d'une foi que ces auteurs devaient certainement aussi supposer chez la grande majorité de leurs lecteurs ; et l'on voit assez souvent, par leurs narrations, jusqu'à quel point les hommes éminents de cette époque étaient captivés par cette foi. Auguste, dit Suétone, était attentif à certains augures, qui avaient pour lui un sens tout à fait^ certain. Quand il se trompait de pied le matin, en mettant ses chaussures, c'était mauvais signe; quand il tombait

• Hisior., II, 50.

Page 1